À Aix-en-Provence, l’impossible front “anti-Joissains”

Actualité
le 28 Mai 2020
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Les challengeurs de la maire sortante Maryse Joissains (LR), arrivée en tête avec 30% des suffrages, peinent à se fédérer. Entre l’abandon in extremis de son ancien adjoint Jean-Marc Perrin, le maintien de la marcheuse Anne-Laurence Petel et de la liste d’union de la gauche Aix-en-partage, le scénario d’une triangulaire semble le plus plausible.

La permanence de Maryse Joissains au soir du premier tour le 15 mars 2020. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

La permanence de Maryse Joissains au soir du premier tour le 15 mars 2020. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

L'enjeu

Le candidat EELV, Dominique Sassoon et le dissident à droite, Jean-Marc Perrin, ne composeront pas une alliance - envisagée au soir du premier tour - avec la candidate d'En Marche Anne-Laurence Petel.

Le contexte

Avec le maire sortante LR Maryse Joissains arrivée en tête le 15 mars, le deuxième tour des municipales à Aix s'annonce sous forme de triangulaire.

“On a jusqu’au 2 juin. On est en discussion.” Jusqu’au dépôt des listes, Anne-Laurence Petel veut y croire. Celle qui ambitionne de ravir son fauteuil à Maryse Joissains, maire LR d’Aix-en-Provence, sait pourtant que la partie va être serrée. Très serrée.

Arrivée en deuxième position avec un score de 20,46%, la députée LREM pointe dix points derrière la sortante (30,28%), bien installée dans le beffroi aixois depuis 2001. Première des challengeurs, Anne-Laurence Petel devance de presque cinq points la liste d’union de la gauche Aix-en-Partage menée par Marc Pena (15,88%). Une position suffisamment forte pour qu’elle en appelle, la date du second tour enfin fixée, à un ralliement sous sa bannière. “Il ne s’agit pas d’une coalition contre Maryse Joissains mais d’un rassemblement autour d’un projet, progressiste et écologiste, pour les Aixois”, cadre-t-elle.

Les résultats du 1er tour à Aix le 15 mars 2020.

“Hache de guerre”

Anne-Laurence Petel se pose en fédératrice autour “d’une alternative crédible et cohérente” et trouve, soudain, bien des qualités à la démarche d’Aix-en-Partage. “C’est une liste très diverse, qui n’est pas constituée que d’extrêmes”, estime-t-elle. Idem à propos de son rival Dominique Sassoon – qui n’est autre que son suppléant à l’Assemblée nationale, parti sous les couleurs d’Europe-Ecologie les Verts (EELV) : “il n’y a jamais eu de hache de guerre déterrée entre nous…” Sur l’air, maintes fois entonné dans les entre-deux-tours, d’une union “autour de ce qui nous rassemble”, la candidate assure que tous portent “à travers de grosses convergences, les mêmes aspirations pour la ville.”

Le problème, ce n’est pas la personne d’Anne-Laurence Petel mais la politique menée par le gouvernement dont elle est l’un des porte-voix

Marc Pena, candidat du rassemblement de gauche Aix-en-partage

 

Voilà donc les fondations d’un sérieux front anti-Joissains jetées ? Pas sûr. D’abord parce que la fédération de forces de gauche autour de Marc Pena ne semble pas disposée à accepter l’offre de la centriste. “Nous ne ferons aucune fusion avec elle. Le problème, ce n’est pas la personne d’Anne-Laurence Petel mais la politique menée par le gouvernement dont elle est l’un des porte-voix et qu’elle devra assumer, aussi, au plan local”, détaille Marc Pena. En sa qualité de membre du bureau exécutif de LREM, la marcheuse aixoise est une proche du gouvernement. “Vous imaginez ce revirement curieux qui nous ferait nous rapprocher ? Il faut être honnête intellectuellement…”, se démarque le candidat de gauche.

Lire notre portrait de Marc Pena, le candidat du rassemblement de gauche à Aix.

En route pour une triangulaire

L’universitaire annonce donc que la liste d’Aix en Partage se maintiendra. En route pour une triangulaire, donc. Quitte à faire le lit de la sortante ? “Nous sommes opposés à la politique menée ici depuis des années. Nous voyons bien que beaucoup de gens attendent la fin de l’ère Joissains. Nous allons continuer à exprimer ce courant en étant présents au second tour”, reprend le professeur de droit.

“Au premier, nous avons rassemblé la gauche : eh bien… ça fait 16% ! Si on veut être efficaces, il faut rassembler au-delà.” À son tour, il lorgne vers les 9,28% (2912 voix) de Dominique Sassoon, l’ancien marcheur devenu Vert après ne pas avoir été retenu par la commission d’investiture de LREM. “EELV, ce sont nos alliés naturels”, glisse Marc Pena qui compte sur ces électeurs. “Même si cette tête de liste-là est un peu… funambule.”

Dominique Sassoon, lui, renvoie chacun dans ses buts. “D’abord ces élections ne sont ni justes, ni sincères. Elles ne reflètent pas la démocratie”, détaille le chirurgien orthopédiste. Sur fond de Covid, la participation du 15 mars dernier s’établit à 35,6% à Aix (lire notre reportage sur la soirée électorale du premier tour). Ensuite, l’homme s’avoue “un peu embêté” puisqu’il ne se reconnait “ni dans Mme Joissains, ni dans Mme Petel, ni dans M. Pena”. “Je n’adhère pas à l’écologie trop impactée par l’idéologie de la France insoumise [l’une des composantes d’Aix-en-Partage], je ne me retrouve pas dans la politique du gouvernement et j’ai indiqué que je ne m’associerai pas à une personne condamnée“. La maire d’Aix-en-Provence a en effet vu sa condamnation pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics a été rendue définitive juste avant le premier tour, la question de son inéligibilité devant être évaluée à nouveau.

Dès lors, pour Dominique Sassoon, la marge de manœuvre semble bien étroite pour fusionner avec qui que ce soit. “Je vais consulter mes colistiers, mais je doute d’obtenir un avis unanime. Car certains sont proches du PS, d’autres de LREM…”, réfléchit le praticien.

“Ne pas vendre son âme”

S’il convient que réflexions, discussions et tractations ont cours, Dominique Sassoon assure ne pas vouloir “vendre [s]on âme pour une place.” Il poursuit : “si Pena et Petel arrivent à se mettre d’accord, je réfléchirais de manière positive. Mais s’allier pour perdre, je ne vois pas l’intérêt. Siéger dans l’opposition n’est pas un but enviable.”

Jean-Marc Perrin en sait quelque chose. Lui qui, ancien adjoint de Maryse Joissains, élu depuis 2008 dans ses rangs, a connu une sèche mise au ban de la majorité à l’annonce de son départ en campagne municipale et de son entrée en dissidence. Au premier tour, l’élu qui n’avait pas décroché l’investiture LR, affichait un score honorable de 9,09%. Pas suffisant pour se maintenir, mais assez pour manger 2853 précieuses voix à son ancienne patronne. Celle-ci réalise son plus faible score au premier tour depuis 2008.

Avant le scrutin, Jean-Marc Perrin et Anne-Laurence Petel avaient pris contact, laissant l’un comme l’autre la porte ouverte à une association future. Lundi 25 mai, le candidat de droite dissident fait machine arrière. Non seulement il ne fusionnera pas sa liste, mais il ne donnera aucune consigne de vote. Il jette l’éponge. “C’est une décision qui peut surprendre parce qu’elle est très différente de tout ce que j’ai engagé avant et au soir du premier tour”, admet l’ancien adjoint de Maryse Joissains.

Une rencontre avec Martine Vassal

Que s’est-il donc passé ? Le confinement, répond l’élu très implanté à la Duranne : “ces deux mois et demi m’ont permis de réfléchir. J’ai décidé en mon âme et conscience d’arrêter là. Pourtant j’ai été courtisé, très courtisé. Il faut dire que 9% ça attire quelques appels du pied. J’ai échangé avec beaucoup, sauf avec l’équipe Joissains”, lâche-t-il. La nouvelle de son renoncement n’a pas plu à certains de ses colistiers qui, escomptant une fusion avec la liste En Marche, s’imaginaient déjà élus. Et Jean-Marc Perrin s’était vu offrir une place de numéro deux, fléchée vers la Métropole.

Ce qu’il a donc refusé. “J’ai un mandat de conseiller départemental qui me plaît bien. J’ai mesuré combien cette institution était importante…”, embraye le dissident. D’ailleurs, c’est sans doute pour le lui rappeler que Martine Vassal – présidente (LR) du conseil départemental, d’Aix Marseille Métropole et candidate à la succession de Jean-Claude Gaudin – a reçu Jean-Marc Perrin à l’Hôtel du département lundi dernier. “Nous y avons discuté de ma décision. Je la lui ai annoncée et elle a respecté mon choix”, résume l’élu départemental sans sourciller, avant d’assurer qu’il n’a reçu aucune pression de la part de Martine Vassal. Laquelle, en cas d’échec à la mairie de Marseille, devra compter notamment sur ses amis aixois pour espérer rester à la tête de la Métropole.

“Je n’ai subi aucune intimidation, je vous le garantis. Mais je ne peux pas empêcher ceux qui veulent le penser de le penser”, s’agace Jean-Marc Perrin. “L’homme libre” qu’il est désormais ne dit pas pour qui il votera le 28 juin. Sans doute pas pour Maryse Joissains. Mais la sortante qui fêtera ses 78 ans le 15 août prochain voit dans cette défection, aussi soudaine qu’inattendue, un réservoir de voix providentiel et un obstacle de moins sur la route d’un quatrième mandat.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    On oppose volontiers Aix à Marseille ou Marseille à Aix , mais sur le plan des acteurs au sens premier du terme :”Artiste dont la profession est de jouer un rôle à la scène ou à l’écran” , les politiques locaux qu’ils soient Marseillais ou Aixois ne sont pas si différents que cela .

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  2. Regard Neutre Regard Neutre

    La salade aixoise est une spécialité de la politique provençale. Elle se manigance, en secret, dans les arcanes urbains et se répand dans les campagnes, comme plat principal. Ses ingrédients multiples et variés —certains antinomiques—se touillent dans de grands saladiers opaques. L’huile d’olive y prédomine, ses vertus évitent, aux électeurs, les remontées d’acidité voire des problèmes hémorroïdaires. Parfois elle s’élabore dans plusieurs casseroles.

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  3. Tarama Tarama

    Quel panier de crabes…
    Les verts ont encore choisi une tête de liste n’importe comment, quand à droite, les flingues sont sortis, mais toujours avec les silencieux.
    Voie royale pour Maryse.

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  4. Manipulite Manipulite

    En attendant que la cour d’appel de Montpellier fixe la peine de Joissains à l’issue de sa condamnation devenue définitive. Inéligibilité ?
    D’ici le 28 juin le clientélisme, le népotisme feront leur oeuvre comme depuis les 19 ans de règne du clan au pouvoir.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Et dire qu’Aix est le siège de nombreux tribunaux et la ville où est enseigné le Droit. Comme quoi les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés

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    • Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

      Comment parlez-vous d’une avocate exemplaire !

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  6. ANGIE13 ANGIE13

    Joissains / Balkany même histoire ??

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