À Aix, Anne-Laurence Petel bat le pavé contre le « clan Joissains »

Reportage
le 18 Juin 2020
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La principale concurrente de la maire sortante veut croire en ses chances. Sur le marché d’Encagnane, la députée de la République en Marche déroule sa vision de la ville. Des propositions écoutées, mais pas toujours entendues.

Photo : CB

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Sitôt collées, sitôt recouvertes. Ce vendredi matin, malgré un mistral tempétueux, Anne-Laurence Petel, députée de La République en Marche candidate à la mairie d’Aix, débarque en force avec ses troupes. Devant le supermarché qui jouxte la place du marché d’Encagnane, il y a un vélo surmonté d’un kakemono à l’effigie de la candidate, une camionnette à ses couleurs, et une petite armée de sympathisants et colistiers, tracts en main. Au bout de l’esplanade, ses supporters ont placardé ses affiches. Elles ne tiennent que quelques minutes. Bien vite recouvertes par le visage de Maryse Joissains.

C’est sur les contours et les pratiques du « clan Joissains » que l’équipe de la candidate centriste se concentre. Arrivée en deuxième position avec 20,4% des suffrages, derrière la sortante Les Républicains, Maryse Joissains (30,2%) et devant la liste d’union de la gauche Aix en partage menée par Marc Pena (15,8%), la marcheuse n’ignore pas que la triangulaire qui se profile le 28 juin ne lui est pas favorable. Elle a accueilli sur sa liste neuf colistiers du dissident de droite Jean-Marc Perrin (qui a jeté l’éponge) et veut croire en ses chances. “Les gens ne nous connaissent pas toujours bien, on n’est pas des politiques de la politique depuis 25 ans, nous !”, glisse-t-elle. “Mais il y a un regain d’intérêt, c’est une évidence. Parce que nous défendons une vision écologiste et progressiste de cette ville.”

Du sang neuf

Dans les effluves d’olives et de poulet rôti, une sympathisante particulièrement motivée slalome entre les étals et harangue le chaland. “On en a marre des ripoux et des pistons ! On veut du sang neuf”, lâche une femme, jupe sombre et cheveux longs, plaquettes de campagne LREM à la main. L’accueil est plutôt bienveillant. Un homme à la carrure imposante se poste devant Anne-Laurence Petel dans son ensemble noir et ses baskets blanches. “J’habite le Jas et je vais voter pour vous avec plaisir, mais il faudra aider nos quartiers, parce qu’on cumule beaucoup de problèmes”, prévient-il. Il a la quarantaine, s’appelle Laurent et est agent territorial.

Père de famille, il détaille avec un rien de fatalisme la situation de la cité aixoise. “Il y a de l’insécurité, certains logements sont insalubres, et puis il faut se pencher sur la façon dont les logements sociaux sont distribués”, soupire-t-il. La députée-candidate se défend de prôner “la répression à tout crin”, mais promet de “remettre un poste de police 24 heures sur 24”, et de “favoriser les actions éducatives et les animations pour les jeunes” des quartiers populaires. Laurent opine. “Aix est une ville de droite. Je suis sur cette ligne-là. En 2014, j’ai voté pour Maryse Joissains. Mais là, ça suffit, 20 ans de ce clan, c’est trop. Ils ne font plus rien et dans les quartiers, on ne les voit jamais. Il nous faut du changement”, assure-t-il.

Abstention record

La petite troupe de militants, dûment masquée de vert et bleu, s’égaille dans les travées. Un forain repousse un tract : “Moi, je suis pas d’ici.” Dans ce quartier populaire aixois, l’abstention d’ordinaire déjà importante, a été gonflée par l’apparition du Covid-19 lors du premier tour des élections municipales. À l’école Paul-Arène, toute proche du marché, seules 278 personnes sur les 868 inscrites ont pris part au vote le 15 mars dernier. La participation, est encore plus faible dans les trois bureaux du Gymnase Coulange sur le boulevard Schweitzer où elle dépasse à peine les 27%.

La sortante Maryse Joissains (Les Républicains) y arrive en tête, entre 25 et 30%. Marc Pena (Aix en Partage) réalise là ses meilleurs scores autour de 25%. Anne-Laurence Petel oscille entre 9 et 12%. Deux femmes passent en faisant non de la tête. Elles ne votent pas et refusent de discuter avec les militants.

Anne-Laurence Petel farfouille sur le stand d’épices de Mohammed Ramram. “Vous avez de l’ambre ?”, interroge-t-elle. La députée connaît bien cette figure du marché d’Encagnane, par ailleurs chercheur en géo-sciences. Entre deux phrases sur les vertus de l’huile de moutarde, il explique : “En 2014, je n’ai pas voté. Personne ne me plaisait. Et personne n’a voté dans ma famille, non plus.” Cette fois, il se dit convaincu par la marcheuse. “Je pense qu’elle a le profil, elle est compétitive. Et puis, elle, elle vient nous voir.”

Détruire « Les Facultés »

Un jeune homme passe dans un tee-shirt frappé d’un crocodile XXL. Il jette un coup d’œil dédaigneux aux tracts et lâche : “Macron, dégage !” Sous sa casquette bleu marine, il égrène “les gilets jaunes, les violences des flics, les baisse des APL…” Puis ajoute : « “Si je votais ce serait certainement pas pour elle.” La carte de visite La République en marche n’est pas forcément la meilleure pour aborder les quartiers les plus défavorisés d’Aix. Un membre du staff de la marcheuse souffle : “Ces quartiers ne nous sont pas très favorables, on le sait bien. Mais raison de plus…”

Anne-Laurence Petel croise Sabine Senta-Loys. La jeune femme vivait jusqu’à il y a quelques mois aux Facultés, juste à côté. Depuis des années, cette résidence très dégradée de 529 studios attend un hypothétique plan de sauvegarde. Si elle a quitté les lieux, épuisée “par leur violence constante”, Sabine n’a pas baissé les bras et continue de se battre pour les résidents, “totalement abandonnés depuis des années”, dit-elle. La candidate LREM abonde : “La mairie joue le pourrissement. Elle a préempté des logements et ne fait rien. Moi je préconise de détruire cette résidence en accord avec ses habitants, en leur garantissant un relogement dans des conditions décentes.” La représentante des locataires est d’accord, “il n’y a plus rien d’autre à faire de toute façon.”

La mosquée en question

Une femme, voilée de gris, se plante devant à Anne-Laurence Petel : “Si vous faites une mosquée, je fais voter pour vous.” Ici les musulmans prient dans une cave de la résidence des Facultés, justement. “Je ne fais pas de la politique comme ça, moi”, rétorque la députée sèchement. “Je ne fais pas comme Pena qui promet la mosquée ou Joissains qui distribue emplois et logements. D’abord, c’est prendre les gens pour des imbéciles. Ensuite je pense que – si chacun a besoin évidemment d’un lieu de culte décent – les priorités sont ailleurs pour ces quartiers : les conditions de vie, l’éducation, l’emploi. C’est là-dessus que je veux travailler.”

L’opération de tractage tire sur sa fin. “Changez les choses, votez !”, résume Philippe Klein. Numéro deux sur la liste de la marcheuse, l’ancien bâtonnier d’Aix cherche à convaincre une femme qui file avec son chariot de courses dans le vent. Anne-Laurence Petel rejoint une réunion avec la députée Alexandra Louis sur l’égalité homme-femme à sa permanence de campagne. Seuls restent sur le marché quelques militants portant les tee-shirts bleu roi siglés “Aix au cœur”, son slogan de campagne.

« Les macronistes, on les déteste ! »

Des membres de l’équipe d’Aix en Partage distribuent à leur tour, devant des habitants, mi amusés mi blasés. “Ah, ça, si on était payés pour chaque promesse qu’on entend, on serait riches !”, rigole une dame âgée. Soudain, un accrochage éclate entre deux femmes. D’un côté la colistière de Marc Pena, Denise Tardy (membre du PC) et de l’autre une sympathisante de la députée En Marche. “Petel, elle avance masquée, elle se défausse, mais elle va mener une politique de droite comme Macron !”, s’échauffe la communiste. “Vous mélangez tout, on vote pour élire un maire là, pas un gouvernement, ça n’a rien à voir !”, s’irrite celle qui lui fait face. Le ton monte bien vite – sans doute un dommage collatéral de ce mistral têtu. “Les macronistes, on les déteste !”, hurle soudain, à gorge déployée, la colistière de gauche. On n’est pas loin d’en venir aux mains, les noms d’oiseaux volettent dans les rafales.

Il faut qu’une commerçante contourne son étal de produits de beauté et crie à son tour : “Ça suffit maintenant. Arrêtez de gueuler, vous emmerdez tout le monde ! Allez distribuer vos trucs ailleurs. On en a marre, de vos conneries. Faut qu’on bosse nous !” La scène est cocasse, sinon grotesque. Elle rappelle qu’une campagne électorale est dure. Et pas seulement pour ceux qui la mènent.

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