[Petites histoires de résidences fermées] Les beaux quartiers fermés de la colline Périer

Interview
le 23 Août 2017
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Certaines copropriétés choisissent un matin de fermer un accès, puis un autre, quand d'autres sont vendues sur plan avec barrières et portails dernier cri. Mais ces choix, privés, ne sont pas sans conséquences pour l'espace public. Pour ce cinquième épisode, nous attardons sur l'histoire de la colline Périer avec l'interview d'Elisabeth Dorier et Julien Dario, géographes, spécialistes de Marseille.

Photo : Flickr Marcovdz
Photo : Flickr Marcovdz

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Depuis quelques semaines, les résidences fermées de la colline Périer sont sous le feu de l'actualité. D'abord, parce que Marsactu a choisi d'en faire une de ses séries de l'été. Et ensuite, parce que le chef de l'état, Emmanuel Macron est supposé avoir passer ses vacances dans la plus célèbres d'entre elles, le parc Talabot, première des résidences à amorcer sa fermeture, dès les années 1960. La géographe Elisabeth Dorier travaille depuis dix ans sur les résidences fermées à Marseille. Pour Marsactu, elle revient sur le cas particulier de la colline Périer qu'elle a particulièrement explorée avec Julien Dario, doctorant au LPED.

Les résidences de la colline Périer sont-elles le prototype des résidences fermées à Marseille ou relèvent-elles d'une histoire particulière ?

Elisabeth Dorier et Julien Dario : C'est une histoire particulière. L'un des principaux enseignements de notre travail entamé voici dix ans est justement de démontrer que le phénomène est massif sur l'ensemble de la ville même s'il répond de logiques différentes selon les contextes sociaux. Or, la colline Périer est un cas particulier notamment en raison de l'aisance économique de ses résidents. C'est la colline dorée de la ville, ses beaux quartiers avec tout le kit en termes de services, écoles privées, clubs de tennis privés etc. Ces quartiers embrassent tout le secteur, y compris la partie non fermée des hauts de Périer qui est peut-être même plus privilégiée encore que les résidences fermées. On y trouve la grande bourgeoisie de Marseille, discrète, non fermée, "plus classe".

Historiquement, comment s'urbanise la colline ?

Au départ, il s'agit de grandes propriétés qui entourent de petits châteaux, les bastides, que se construisent les notables marseillais à partir du XIXe siècle et qui leur servent de résidences secondaires comme c'est le cas pour la famille de Paulin Talabot. À la mort de Paulin Talabot en 1885, le parc et le château furent vendus aux enchères et finalement acquis par la société immobilière de Berre, qui a obtenu de la Ville l’autorisation d’en lotir une partie, en respectant le parc arboré. Il y a donc là un seul bâtiment, d'immenses parcs avec des canaux d'irrigation. Certains de ces bâtiments n'ont pas été démolis et . . .

Benoît Gilles
Journaliste

Commentaires

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5 commentaires


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  1. LaPlaine _

    Sujet toujours très riche d’enseignements et d’histoire urbaine. On est assez effaré à la vue « sur plan » de ces espaces privatisés à Marseille. Quelque chose est-il comparable dans une autre métropole française?

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  2. picto13

    Merci pour ces articles instructifs… Je me pose deux questions :
    -sur quelle base légale peut-on s’approprier un espace public ? A quelles conditions (paiement d’une taxe, renoncement aux équipements et services fournis par la collectivité ?) Il paraît ahurissant par exemple que le tracé du tramway doive prendre en compte les décisions d’une copropriété.
    -a-t-on des chiffres sur la réduction de la délinquance dans ces résidences fortifiées ? Il semble que même enfermés derrière de hauts murs, avec caméras et vigiles, certains propriétaires se plaignent de ne pas être assez en sécurité.
    Bravo pour ces enquêtes en tout cas.

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  3. Tarama

    Je n’ai jamais entendu parler de ce coin comme « colline de Perrier » mais comme « Roucas Blanc » (nom plus connu et évocateur).

    Talabot est effectivement le précurseur des résidences bunkérisées, et là personne ou presque ne s’en plaint comme si les (super) riches avaient un droit légitime à faire ce que l’on reproche (à juste titre) aux autres. Alors qu’ils se sont approprié tout simplement le plus beau coin de la ville, avec les plus belles vues et protégé du Mistral.

    A noter, et c’est évoqué dans l’article » que la Ville possédait un « espace boisé-classé » au Roucas Blanc, qui aurait offert à la population un superbe balcon sur la mer (un Parc Valmer en plus haut) et pourquoi pas un « parc Güell » à la marseillaise ? (pour les élus qui n’ont que la référence de Barcelone à la bouche).

    Propos de Gaudin et accolytes : « Nous dépensons de l’argent pour débroussailler chaque année un bois qui n’est pas accessible aux marseillais [car enclavé dans un quartier fermé] ».
    Réaction logique : « et bien ouvrez l’accès à ce parc aux marseillais »
    Réaction de Gaudin and Co : « nous allons déclasser la parcelle protégée et la vendre à un promoteur pour y construire des immeubles ».

    Et au prix qu’ils payent, les habitant du quartier tiennent à leur tranquillité (et leur entre-soi) : https://twitter.com/XavierGiocanti/status/896450661373628419
    Ce twittos est Monsieur Christine Lagarde à la ville.

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  4. Tarama

    Par contre je ne suis pas d’accord avec les tracés des cartes, pas concernant Talabot, Roucas et compagnie, mais pour d’autres plus au Sud, entre « Roucas Plage » et Prado par exemple.

    Cela apparaît comme des résidences fermées alors que ce n’est pas le cas pour certaines (autour de la place Amiral Muselier par exemple, tout en bas de la carte), d’une parce qu’on peut les traverser à pied, de deux parce qu’elles ne contiennent pas de voirie traversante. Ça change quand même un peu la donne. Les voies, s’il y en a, desservent les parkings en surface ou couverts des immeubles, la présence d’un portail à l’entrée ne gruge personne.

    Il faudrait faire le distinguo.

    Enfin je pense que jamais personne ne s’est garé à la Cadenelle pour aller à la plage, c’est trop loin, donc l’argument n’est pas recevable.

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    • Julien_D83

      Merci pour vos commentaires très pertinents, j’apporte quelques précisions.
      Le fait que les résidences au sud de roucas plage apparaissent comme fermées est lié à la simplification de la carte (on ne fait apparaître que le périmètre ici), dans notre relevé nous avons choisi de comprendre même les résidences laissant passer les piétons (on peut être ouverts aux piétons et fermés aux voitures) ceci afin d’englober tous les cas de figure. Après effectivement un complément pourrait être apporté pour ne pas les mettre toutes sur un pied d’égalité, les impacts ne sont pas les mêmes sur les circulations et les pratiques.
      Pour Cadenelle le souci n’est pas tellement le parking de toute manière trop lointain pour aller aux plages. En revanche la voie en projet dans les années 60 partant de flotte, cadenelle et roucas plage aurait pu jouer un rôle véritable et c’est davantage ce sur quoi nous insistons.

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