100 000 euros, la facture très salée des vœux de Stéphane Ravier

Enquête
le 17 Oct 2019
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En 2016, le show au Dôme du sénateur, entre discours de politique générale et hard-rock, a représenté 4 % des dépenses annuelles de la mairie des 13e et 14e arrondissements.

Photo V. V.

Photo V. V.

L'enjeu

Alors que Stéphane Ravier présente la gestion de la mairie des 13-14 comme un atout dans sa campagne pour devenir maire de Marseille, révélations sur la facture colossale de ses vœux à la population.

Le contexte

Un conseiller municipal d'opposition et ancien adjoint de Stéphane Ravier a obtenu l'ensemble des factures réglées par la mairie de secteur. Marsactu a pu, en partenariat avec Libé, les éplucher.

De l’aveu même de Stéphane Ravier, c’est sa « deuxième jambe » et elle se veut solide. Pour accompagner son traditionnel discours sur l’insécurité et l’immigration, le sénateur, candidat à la mairie de Marseille, mise sur l’exemple de la mandature Rassemblement national à la mairie des 13e et 14e arrondissements. Ce tableau qu’il voudrait idyllique a de quoi être assombri par les factures que Marsactu et Libération ont épluché (voir « les coulisses » en pied d’article) après que le conseiller municipal et ancien adjoint de Ravier Antoine Maggio les a compilées.

Elles concernent l’événement le plus visible de la gestion Ravier (2014-2017) : ses vœux de nouvelle année au Dôme, théâtre d’un véritable show annuel du sénateur entre discours de politique générale et hard-rock. La note en 2016, rare année sans élection, que nous avons examinée en détails, est salée et avoisine les 100 000 euros. Pour une mairie d’arrondissements où le budget est particulièrement réduit, cela représente 4 % des dépenses annuelles qui s’élèvent cette année-là à 2,5 millions d’euros !

Pour la première fois, est ainsi exposé le coût réel de cette cérémonie. L’élu d’opposition LREM Stéphane Mari était à notre connaissance le seul à s’être risqué à une estimation : « 30 000 euros », disait-il au Ravi. C’était en réalité trois fois plus et rien, dans les comptes de la mairie de secteur ne laissait transparaître cette importante dépense. Cette même année 2016, au budget « fêtes et cérémonie », la mairie de secteur a inscrit un peu moins de 2000 euros de dépenses. C’était sans compter sur deux lignes budgétaires baptisées « divers » qui renfermaient la réalité des dépenses.

Stéphane Ravier : « J’assume toutes les dépenses »

Dans l’entretien qu’il a accordé à Marsactu et Libération, Stéphane Ravier ne conteste aucunement ce montant de 100 000 euros que nous avons établi : « J’assume tous les choix qui ont été les miens ». Mais il tente de justifier le montant : « Ce que j’ai souhaité, c’est que les Marseillaises et les Marseillais des 13e et 14e arrondissements bénéficient au moins une fois dans l’année d’une cérémonie qui leur soit dédiée. Ce n’est pas une soirée du maire, c’est une soirée à la population. » Il ajoute : « J’ai mutualisé les moyens. En une cérémonie, j’en ai fait au moins deux. Au même moment, on décerne aussi des Phocéens d’or à la population et il y a aussi une soirée dansante. »

Dans le détail, Stéphane Ravier apporte un soin particulier pour cette soirée. La lumière, la décoration sont dignes d’importants meetings électoraux. 10 290 euros rien que pour le son et la lumière, 6840 euros pour assurer une diffusion en direct vidéo. La société prestataire estime à 8700 euros le simple « teaser » – la vidéo introductive –  dans laquelle on voyait notamment le visage de Stéphane Ravier s’inscruster sur le mur de la Corniche qui a longtemps offert aux Marseillais celui de Zinédine Zidane.

Ce coup de com’ « réussi » aux dires de l’intéressé vient souligner une soirée qui tourne beaucoup autour de la personnalité de Stéphane Ravier qui n’hésite pas à faire le show pendant plusieurs heures. « C’est une soirée qui présente le bilan et les projets de l’année suivante. Il est logique que le maire soit là pour les présenter. Après j’ai mon kif avec des blagues et je chante, c’est vrai. C’est une soirée festive, pas une soirée politique ou administrative », développe-t-il.

32 750 euros de buffet

Ces soirées ont une autre caractéristique : on y mange bien. En 2016, année vraisemblablement la plus faste pour ces vœux, la mairie des 13e et 14e arrondissements a dépensé 32 750 euros dans le buffet soit un budget de 16,40 euros par personne si l’on se base sur les 2000 convives annoncés. À titre de comparaison, pour 1200 euros de plus, la mairie des 6e et 8e arrondissements pilotée par Yves Moraine (LR), dont nous avons aussi pu consulter des factures, a organisé en 2018 ses vœux au théâtre Nono. La prestation buffet pour 1000 personnes revenait à 9500 euros, soit 9,50 euros par personne, bien loin donc des choix de Stéphane Ravier.

On ajoutera encore la décoration, particulièrement soignée. Le 6 avril 2016, la mairie des 13e et 14e arrondissements reçoit la note de son prestataire. On y dénombre par exemple neuf « lampadaires de rue », quatre « mannequins assis blancs », 42 « cheminements moquette » et 20 « éclairages sur buffet ». 3 pages de détails plus tard, la facture s’alourdit encore : 11 082,40 euros pour habiller le Dôme.

La liste des dépenses est complétée par les frais liés à la location du Dôme, à la sécurité. S’ajoutent ceux de la communication et de l’organisation qui, mis bout à bout, aboutissent bien à près de 100 000 euros. Ce pourrait être davantage selon les calculs d’Antoine Maggio, le conseiller d’opposition qui le premier s’est lancé dans la quête de ses factures.

« Il reprend les codes du vieux monde marseillais »

Il a dû faire appel à la Commission d’accès aux documents administratifs pour obtenir enfin ces documents publics entassés sans classement dans des cartons. « La mairie des 13-14 est devenue un véritable comité des fêtes, pour reprendre l’expression de l’opposition socialiste, dénonce-t-il. Stéphane Ravier a fait campagne en 2014 sur la mauvaise utilisation de l’argent public et se plaint à longueur de temps de ne pas avoir assez de budget pour les équipements sportifs de son secteur. Il reprend en fait les codes du vieux monde marseillais qu’il passe son temps à dénoncer. Il fait la même chose qu’eux, sauf que lui ne gère qu’une mairie de secteur. »

Ces accusations, il les développera ce jeudi en conseil d’arrondissements. Stéphane Ravier a promis d’être présent. Auprès de Marsactu et Libération, ce dernier a fini par esquisser un mea culpa : « On peut toujours faire des économies pour toujours investir davantage dans les équipements qui sont les nôtres. La somme a largement décru au fil des années. On a pu constater qu’on pouvait faire aussi bien voire mieux en réduisant les dépenses ». Mais il n’a pu s’empêcher de finir sur une pirouette : « Si on gagne la mairie de Marseille, on invitera tout le monde au stade Vélodrome ! Après tout les Marseillais y sont encore un peu chez eux ! »

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Les coulisses de Marsactu
Pour cette enquête, Marsactu et Libération ont pu consulter ensemble les documents obtenus par l'élu d'opposition ex Rassemblement national, Antoine Maggio. Avec Stéphanie Harounyan, la correspondante marseillaise du quotidien, nous avons mis en commun les informations que nous y trouvions pour publier chacun un article qui paraît ce matin sur notre site et sur tous les supports de Libé.
Jean-Marie Leforestier
Journaliste

Commentaires

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  1. Input-Output Input-Output

    Totalement anormal. Ceci dit, pour être tout à fait équitable, il faut bien dire que le RN est très loin d’être le seul parti à utiliser l’argent des contribuables pour faire leur propre « promotion » : http://bit.ly/31o4UKM. Il y a des années de cela, le député Pierre Morel-À-L’Huissier avait fait une proposition de loi visant à limiter les dépenses en communication des collectivités à 2% de leur budget total (ce qui est déjà pas mal pour de la « com' »). Bizarrement, ses autres amis élus n’ont pas souhaité faire voter cette loi…Rouleraient-ils avant tout pour leur propres intérêts ?

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    • Input-Output Input-Output

      A défaut, ce serait aussi une bonne chose si les collectivités (et l’état) étaient obligées de publier en open-data la totalité de leur budget. Cette transparence, doublée du travail des médias et de la vigilance des citoyens, permettrait à coup sûr de mettre fin à ces pratiques purement électoralistes financées à grand renfort d’argent public…Car pour rappel, les patrons ce sont ceux qui payent leurs employés, même si le travail des seconds est de représenter les premiers…

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Il suffit de faire sur Twitter une recherche de quelques secondes sur les mots « @stephane_ravier argent public » pour voir à quel point notre sénateur – dictateur nord-phocéen est attaché à la transparence quand il s’agit d’utilisation de l’argent public, et a l’obsession d’éviter tout gaspillage de celui-ci… chez les autres.

    Plus que jamais, le RN en général et cet individu en particulier sont des spécialistes du mensonge et du pillage des fonds publics.

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  3. P38 P38

    (Sans vouloir défendre ce méprisable personnage), a-t-on une idée des budgets des événements organisés par les autres maires de secteur à cette occasion (les voeux) ?

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  4. Raymond Dayet Raymond Dayet

    Et dire que ce Monsieur se pose en donneur de leçons! Quelle honte, un tel gaspillage. Le secteur du 13/14 est un des secteurs qui concentre le plus de difficultés et le maire dépense plus de 30 000 euros en petits fours… Mais quand est ce que les habitants vont se réveiller?

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  5. gastor13 gastor13

    Il est bien de chiffre le budget de cette promotion de S Ravier, mais il serait aussi sain de se pencher sur la campagne de pub qui dure depuis des mois et des mois pour une candidate à la mairie, à coup de cartons, à pizza, poster géant, affiche, publications dans un mag départemental. Pour elle seulement l’évocation des ces dérives mais aucune analyse chifrée.. les contribuables pourraient être effarés devant les sommes sûrement très importantes ainsi utilisées au détriment du bien public, mais pour le bien d’une seule

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    • Pascal L Pascal L

      C’est n’est pas faux : Ravier semble être un petit joueur comparé à M. Vassal : je ne sais pas sur quelle ligne budgétaire est financé la diffusion de son-sa (visage, figure, frimousse, trogne, … rayez les mentions qui vous semblent inutiles) sur de très nombreux supports imprimés et pixelisés, mais ce n’est certainement pas gratuit.

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    • Raymond Dayet Raymond Dayet

      Il se dit aussi de plus en plus que de très nombreux contrats d’embauche précaires sont distribués aux quatre coins de la ville. C’est bizarre, il parait que beaucoup s’arrêtent fin mars… Il semblerait d’ailleurs que la grogne monte au Conseil départemental face à ces pratiques.

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  6. petitvelo petitvelo

    J’assume tout mais je cache l’info jusqu’à ce que la commission d’accès aux documents administratifs fasse son office !?

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  7. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    « Il reprend les codes du vieux monde marseillais » Otez moi d’un doute ! Comment peut-il toujours cumuler les mandats de sénateur et de maire !

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    • LN LN

      Les faits remontent à 2016 et il n’est plus maire depuis septembre 2017. Il a passé le flambeau à sa nièce S. D’angio…

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