[À la com’] Le magazine Accents, communication départementale ou propagande de Vassal ?

Enquête
le 27 Sep 2019
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Toute campagne électorale est aussi une bataille de communication. Marsactu inaugure une série d'articles baptisée "à la com'". À la fin août, le département a fait retirer en catastrophe le numéro de son magazine Accents de Provence de peur qu'il soit considéré comme de la propagande électorale imputable à sa présidente et candidate à la mairie Martine Vassal.

Martine Vassal lors d'une réunion publique le 12 septembre.

Martine Vassal lors d'une réunion publique le 12 septembre.

Fin août, un vent de panique s’est emparé du département. Des agents de la collectivité ont été dépêchés aux quatre coins des Bouches-du-Rhône pour retirer les numéros d’été de la revue Accents de Provence, la gazette officielle du département délivrée à 950 000 exemplaires par mois. Soit une publication dix fois plus diffusée qu’une édition quotidienne de La Provence. « Un après-midi, j’ai vu arriver un agent du département avec une liste de lieux où est diffusé le journal. Il a récupéré tous les exemplaires qu’il trouvait », témoigne un fonctionnaire d’une mairie des Bouches-du-Rhône.

La raison de cet élan soudain est à trouver dans une note de service datée du 27 août et tombée dans le bec de Marsactu. Signée du directeur général des services, la note intime aux chefs de service « de bien vouloir retirer de tous les présentoirs l’édition de juillet-août du magazine Accents et d’interrompre sa diffusion au public ».

 

La justification donnée aux fonctionnaires est on ne peut plus limpide. Il s’agit de se conformer aux « dispositions prévues par la loi relative à la communication en période électorale ». Derrière ses aspects vertueux, cette note signe un aveu. En effet, rien interdit de continuer à diffuser une publication de collectivité à l’approche d’une élection. Il faut alors simplement respecter plusieurs principes dont la neutralité de l’expression. Par prudence vraisemblablement, le département a donc craint que son numéro d’été ne puisse être regardé comme « neutre ». Le 1er septembre, ouverture de la période électorale, s’il avait été jugé partial, il aurait alors pu être considéré comme de la propagande électorale par la commission des comptes de campagne et son coût aurait fortement grevé le budget de la candidate à la mairie de Marseille.

Un numéro centré sur la présidente

La lecture de ce fameux numéro a de quoi accréditer les craintes de l’entourage de la présidente LR. Dès la une, Martine Vassal est mise en scène embrassant un enfant. Au même moment, elle parsemait ses discours de candidate – elle ne l’était alors qu’à la métropole – de référence à son petit-fils. Au Silo le 4 juillet elle déclare pour appuyer son discours sur son attachement à l’amélioration de la qualité de l’air : « Je le dois à mon petit-fils qui aura 33 ans en 2050 ».

Au cours du magazine, la présidente apparaît en photo à douze reprises sur 48 pages dont deux pages d’interview sur « l’agenda environnemental » de l’institution. La comparaison avec le numéro de septembre-octobre, qui lui entre pleinement dans la période de comptabilisation des comptes de campagne, est éloquente : une seule photo de la présidente, modeste, accompagne l’habituel édito de page 3 et une seule citation dans la totalité du fascicule.

Martine Vassal n’est bien sûr pas la première à utiliser les moyens de son institution pour promouvoir son image. Le concours, régulièrement alimenté, de « ma trombine partout » du Canard enchaîné en atteste. « Sortir des trucs hyper propagande deux mois avant la période de restriction de la campagne électorale, tout le monde l’a déjà fait », explique une professionnelle de la communication des collectivités territoriales. Mais dans une élection où Martine Vassal est la seule candidate à la tête d’une institution locale d’envergure, la question prend encore davantage d’importance.

Peu connue à son arrivée à la tête du département – elle n’était alors qu’adjointe aux emplacements à la Ville de Marseille et cheffe de l’opposition à Jean-Noël Guérini (ex-PS) au département – Martine Vassal a multiplié les opérations de communication : bâche publicitaire sur l’hôtel du département, boites à pizzas, étuis de baguettes à son nom, mais aussi une tournée-bilan (lire notre article d’avril 2018 « Martine Vassal entre en campagne »), Martine Vassal a imprimé partout sa marque. Le magazine Accents et sa force de frappe colossale symbolise cette offensive sur fonds publics.

Le département n’a pas souhaité répondre à Marsactu sur son budget communication et son utilisation. Celui-ci, dans son volet général, a baissé depuis 2015, passant de six millions cette année-là – Martine Vassal avait alors assumé de conserver l’enveloppe provisionnée par son prédécesseur Jean-Noël Guérini – à cinq millions en 2019. Mais c’est sans compter la communication événementielle qui est intégrée au budget propre de la manifestation, comme c’est le cas pour Marseille Provence gastronomie 2019.

Citée à 500 reprises dans Accents en quatre ans et demi

Un lecteur scrupuleux a transmis à Marsactu une étude précise de la presse de collectivités dont nous avons pu vérifier la pertinence. Comparée aux autres grands départements de France, l’élue est archi présente dans ses propres colonnes d’Accents de Provence. Depuis son élection en mars 2015, Martine Vassal a été citée à plus de 500 reprises en 21 numéros, apparaissant sept fois en une, soit sur un tiers des numéros. Dans un numéro de 44 pages, Martine Vassal peut être mentionnée jusqu’à 35 fois.

Trois unes d’Accents (janvier-février 2018 ; mai-juin 2019 et novembre-décembre 2015). Montage Marsactu.

En parallèle, la maire de Paris (ville qui est aussi un département) Anne Hidalgo apparaissait à la même époque 74 fois dans son magazine « à Paris » sans jamais s’afficher en première page. Les Lyonnais Gérard Collomb et David Kimelfeld qui se sont succédé à la tête de la métropole, sont apparus trois fois, étant cités cinq fois moins que Martine Vassal. Sur l’ensemble des dix départements les plus peuplés, Martine Vassal remporte la palme de la présence. Derrière elle, Stéphane Troussel, président du département de Seine-Saint-Denis, est assez loin derrière. Il est cité un peu plus de 300 fois au fil des 42 numéros publiés depuis le printemps 2015 pour quatre unes.

« C’est la stratégie 118-218 [du nom d’un service d’annuaire téléphonique, ndlr]. Il s’agit de répéter la même chose tout le temps et au bout d’un moment, les gens retiennent », compare la professionnelle de la communication territoriale déjà citée. Une stratégie bien intégrée qui se décline également depuis un an à la métropole et qui a donné un sacré coup de pouce à celle qui vise désormais l’hôtel de ville.

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Commentaires

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  1. marseillais marseillais

    Un élément de comparaison serait d’examiner Accent version Guérini et Accent version Vassal.
    A mon avis, ils doivent se tirer la bourre, démontrant une continuité dans l’utilisation des finances départementales dans le seul intérêt du président qui la gouverne.
    Et Vassal fait trés fort dans ce domaine.

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    • Input-Output Input-Output

      Bonne remarque. Et les pubs pour la sécurité dans le métro, ça compte aussi comme propagande ou pas ?

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Poser la question est y répondre

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Une question que j’aurais bien posée aux spécialistes de la communication publicitaire : saturer le paysage de photos et de messages à la gloire d’un·e élu·e n’entraîne-t-il pas un phénomène nauséeux chez l’électeur-contribuable soucieux de la bonne gestion du produit de ses impôts ?

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  4. switch switch

    La stratégie 118-218, est grossièrement appliquée sur les pages Facebook de certains élus, par exemple : « L’opération Coup de Poing Voirie Propreté de la rue Sylvabelle, réalisée par les Services de la Métropole présidée par Martine Vassal , se termine ce matin. »

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    • Brallaisse Brallaisse

      Les toilettes de la gare de noailles ont aussi été débouchées sous la présidence de Martine Vassal. Elle est forte cette Martine.

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  5. Zumbi Zumbi

    En français la sa stratégie 118 218 s’appelle le matraquage publicitaire.

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    • gabeloupasfou gabeloupasfou

      Je dirais même plus, un effet Juvamine!

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  6. Marc Barbault Marc Barbault

    Non, vous croyez ? AH bah ça alors…

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  7. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Carton rouge pour le directeur de la communication du CD 13!!!!!

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    • Forza Forza

      Ses tweets sont protégés mais n’engagent que lui…
      « En même temps », comme dirait l’autre, ça doit pas être marrant tous les jours 😉
      https://twitter.com/kp2m?lang=fr

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  8. Happy Happy

    Et la prolongation inédite de la navette maritime vers l’Estaque, « pour six mois » (comme les élections), ce sera compté dans les dépenses électorales ? Parce que vu le rapport entre coût de fonctionnement et vente de billets, ça viderait ses caisses et obligerait Martine à dessiner elle-même sur les étuis des baguettes de pain !

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      « Une annonce faite par Martine Vassal »… (https://madeinmarseille.net/54075-prolongation-navette-maritime-estaque/). En 2019, il n’y a plus d’annonce faite à Marie, mais des annonces faites par Martine.

      C’est curieux, je croyais qu’il y avait un vice-président aux transports à la métropole. Martine serait-elle désormais souveraine absolue disposant de toutes les délégations ?

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Martine un conseil, à ce stade ‘du culte de la personnalité faut aller consulter.

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    • LN LN

      C’est dingue…. Du temps où elle bossait avec son père elle était assez simple et sympa. Puis fermeture de la boutique 1995.
      Fille adoptive de Jean-Clôôôôde (vieil ami du paternel) depuis le dernier biberon, il l’a faite renter à la Ville (classique) et depuis…
      Auto-proclamée Reine Martine De Provence, plus rien ne l’arrête.

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  10. MarsKaa MarsKaa

    Etty voila comment on a construit une candidate motivée, impliquée, dynamique, volontariste, compétente… uniquement avec des encarts publicitaires partout… Martine c est comme la lessive, un produit…

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  11. Olivier.h Olivier.h

    Vous avez entièrement raison: il n’y a rien à lire dans son magazine en papier glacé…direct bac jaune…!
    D.H.

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  12. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    « Accents » est un torchon de luxe qui exalte surtout le culte de la personnalité de Vassal et accessoirement des activités de ses organisations-croupions!

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  13. Raymond Dayet Raymond Dayet

    Franchement, tout ce gâchis avec l’argent public, c’est à vomir. Et pendant ce temps là, la ville de Marseille croule sous les dettes, les immeubles tombent, les écoles sont dans un état lamentables, les piscines fuient, les routes et les trottoirs sont défoncés… et Madame veut être maire de Marseille? on en peut plus du clientélisme et de tout cet argent dilapidé. c’est un manque de respect pour tous ceux qui souffrent et qui n’arrivent pas à s’en sortir. Révoltant

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  14. Raymond Dayet Raymond Dayet

    D’ailleurs, merci Marsactu pour vos investigations qui permettent au moins d’être informé et de révéler au grand public toute cette débauche d’argent public et de nos impôts locaux. Heureusement que vous êtes là pour dénoncer les choses. On aurait pu au moins attendre cela de l’opposition à Martine Vassal au Conseil départemental. Pourquoi les Benoit Payan, Robirola et tous les autres n’ont jamais rien dit? Pourquoi n’ont-ils pas dénoncé depuis 3 ans toutes ces horreurs? Pourquoi ce silence assourdissant? A priori, tout semble aller dans le meilleur des mondes au conseil départemental….Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

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  15. claquette claquette

    Merci Marsactu! C’est exactement ce que nous avons pensé à la lecture du numéro d’été. Un ami de passage a même stabiloté son nom à chaque citation, tellement il était choqué.

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  16. Alfonse Alfonse

    Je me demandais, jusqu’à la lecture de cet article, si c’était moi qui faisait une fixette… Depuis des mois j’hallucine sur les dépenses de com du département ET de la métropole à l’effigie de Martine.
    J’ai notamment trouvé dans ma boîte aux lettres un fascicule de la métropole intitulé « Martine Vassal, métropole Marseille Provence » où le mot métropole était écrit en blanc, ce qui le rendait presque illisible sur fond blanc, et donnait au final « Martine Vassal Marseille Provence ». Trop fort !
    Et est-ce qu’on compte tout ce que le Département finance pour la Ville de Marseille depuis un an ?
    Et le financement des manifestations des Dimanches de la Canebière par le Département à la gloire de Sabine Bernasconi, soutien de Martine Vassal ?
    En tout cas, Martine sait s’entourer de professionnels, et est bien conseillée ! On peut lui reconnaître cette qualité.

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  17. Brallaisse Brallaisse

    VAssal la lessive anti opposition !

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  18. Michel Bourdon Michel Bourdon

    Ah en fait Accents de Provence, c’est pas un tractage pour la droite ? Nan parce qu’avant votre article, je le croyais sincèrement…

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  19. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    La Com de Vassal ça coute « un pognon de dingue » qui serait mieux utilisé pour retaper certains collèges ou encore délocaliser le collége Versailles pendant les travaux

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  20. Alain Dex Alain Dex

    Le fait que les exemplaires ait été retirés suffit-il à annuler l’abus commis ?

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  21. LN LN

    Avez-vous remarqué ?
    Sur la dernière revue du Département (novembre/décembre), et à l’inverse du précédent, j’ai eu beau chercher….
    1) pas une seule photo de Martine
    2) Pas une fois son nom est cité
    3) Pas de rabâchage du mot « Provence » ; il n’est uniquement question du Département
    Que se passe-t-il donc ? Le service com lit Marsactu ? D’autres ont râlé dans la chaumière ?
    Mais ca reste tout de même un « torchon » traditionaliste inintéressant au possible.
    Au fait, a-t-on idée de combien d’exemplaires sont imprimés à chaque fois ? Et combien ca (nous) coûte ?

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Il ne faut y voir rien d’autre que l’application du Code électoral qui interdit, dans les six mois qui précèdent l’élection municipale, aux collectivités territoriales de contribuer au financement de la campagne électorale d’un candidat.

      Mais dans les six mois qui précèdent, seulement. D’où la débauche de com dans les boîtes aux lettres durant l’été 2019 : une revue « Accents de Vassal » avec la photo de Madame en « une », un tract du Département « qui agit pour Marseille » avec la photo de Madame en « une », un tract de la Métropole « qui agit pour Marseille » avec la photo de Madame en « une ».

      Tout ça est interdit depuis le 1er septembre. Mais patience, ça va revenir…

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  22. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Notre système libéral-totalitaire sous des apparences pseudo-démocratique fonctionne ainsi : « un seul chef », « ein Führer“ dont on doit voir l’image partout.

    Avant c’était Gaudin à Marseille et maintenant qu’elle est déjà Présidente du Conseil général et de la Métropole et qu’elle vise la mairie de Marseille, c’est Mme Vassal dont on doit voir l’image partout. Mme Vassal se prend sans doute pour la petite mère des peuples de Marseille ! Et en plus comme tous les politiques aujourd’hui elle doit afficher un sourire qui n’est qu’un affreux rictus.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Voilà, un rictus : je cherchais le mot 😉

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  23. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    . Il est urgent de serrer la vis à cette propagande électorale (oh pardon : « communication ») peu respectueuse de l’empreinte CO2. Combien d’arbres seront sacrifiés, pour permettre aux élus d’’afficher leur binette partout en quadrichromie. Il faut absolument cantonner les affiches électorales sur les panneaux ad hoc et limiter la campagne d’affichage aux quatre semaines précédant les élections Alors que les élections municipales sont dans quatre mois, il y en a ras-le-bol de voir la binette de Vassal partout. Surtout quand on sait que même si  » ça coûte un pognon dingue  » elle s’en fout , car elle fait tout ça avec l’argent des autres : le nôtre !

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