[Vivre à la Duranne] Jean-Marc Perrin, le maire de quartier qui veut succéder à Joissains

Reportage
Coralie Bonnefoy
1 Mai 2019 6

Adjoint notamment délégué au développement de la Duranne, conseiller départemental, le maire de la Duranne ne cache pas – ou si peu – ses ambitions politiques futures. Sans surprise, elles dépassent les frontières du nouveau quartier.

Photo Emilio Guzman

Photo Emilio Guzman

Jean-Marc Perrin est un mouvement pendulaire à lui tout seul. Tant il partage sa vie entre les augustes salons de l’Hôtel de Ville aixois et le bureau de sa mairie de quartier, « provisoire », précise-t-il. Élu depuis le 16 mars 2008, il est le 9e adjoint de la maire Les Républicains d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains. Sa délégation recouvre le champ de l’archéologie mais aussi, et surtout, celui de la relation avec les habitants, du suivi et du développement de la Duranne. Un fauteuil de « maire de quartier » dans lequel il se cale avec gourmandise. Sans faire mystère que ses appétits politiques pourraient bien, un jour ou l’autre, le conduire sous les ors et les faux airs de palais italien de la mairie centrale. « Je ne dirai jamais ‘fontaine, je ne boirai pas de ton eau’« , lâche-t-il d’emblée dans le local municipal de la Duranne.

En attendant d’étancher sa soif, l’élu défend « la politique de proximité » comme socle de son action. Dans son petit bureau de la Duranne, où s’alignent aux murs photos de Martine Vassal, de pompiers et drapeaux tricolores, il fait de la croissance du quartier éclos depuis le début des années 2000, une allégorie de son engagement politique. « C’est bon d’être un élu local, vous avez le pouvoir de réaliser des routes, des ponts, des écoles, des crèches… », s’enthousiasme-t-il avec sincérité. Ancien ingénieur dans la pétrochimie de 59 ans, l’homme à la carrure imposante se dessine un autoportrait de bâtisseur : « Je ne suis pas un philosophe, pas un intello, moi ; mais un « doer », un faiseur, un besogneux. »

Zorro de carnaval

Avec bonhomie, Jean-Marc Perrin creuse chaque jour ce sillon « du bon sens en action. » Il se balade quotidiennement avec sa chienne Millia (qui possède sa page Facebook) sur le plateau de l’Arbois. Participe au carnaval – en Zorro l’an passé, en personnage de la série La casa de papel cette année. Déboule en short et baskets pour barboter aux jeux d’eau de l’aire pour enfants. « J’aime vivre ici ! » clame l’habitant autant que le politique. Même à gauche, un militant reconnaît que « son côté rugby, sauciflard, pinard passe plutôt bien. »

Jean-Marc Perrin et sa chienne Millia. Photo : Emilio Guzman

Retraité de la Shell, biberonné au sein de l’UDF, tendance Démocratie libérale, adhérent de l’UMP puis des Républicains, il a tenté une première fois sa chance sur la liste RPR-UDF emmenée par Jean-Bernard Raimond en 1995 face au socialiste Jean-François Picheral. Dès 2001, Alain Joissains l’approche pour qu’il intègre la liste de Maryse aux municipales. En « mec du centre droit, républicain, social, démocrate et libéral » revendiqué Jean-Marc Perrin entre finalement en politique par la voie associative. Il s’installe à la Duranne en 2002 ; y crée le Comité d’intérêt de quartier (CIQ) l’année qui suit. « Jean-Marc a mis beaucoup d’énergie dans cette association, convient Magali Blain, actuelle présidente de la structure. Il a été repéré par Maryse Joissains parce qu’il était revendicatif. »

Le CIQ, rampe de lancement

Ce CIQ devient sa rampe de lancement politique jusqu’en 2008, date à laquelle il en quitte la présidence en vue des municipales. Certains habitants s’en agacent encore : « J’ai été membre du comité à sa création. Et puis, c’est devenu trop politique, je suis parti », glisse Marcel, un retraité. « C’est vrai que le CIQ et le quartier ont été son tremplin, poursuit Magali Blain. Mais au fond c’est un peu gagnant-gagnant. Parce qu’il utilise autant la Duranne pour sa propre ascension que le quartier bénéficie, en retour, de son action politique. »

Également porteur de la casquette de délégué au patrimoine et président de la commission d’appel d’offres du conseil départemental 13, l’intéressé s’en frotte les mains : « Être conseiller départemental facilite bien les choses, notamment pour ce qui a trait à la réalisation des routes. »

Proche de Martine Vassal, membre du bureau politique de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, soutien d’Alain Juppé aux primaires de la droite en 2017, Jean-Marc Perrin peaufine son sens de la stratégie politique en assumant la tâche de directeur des campagnes du député Christian Kert pour les législatives 2012 (gagnées) et 2017 (perdues), comme de celle de Maryse Joissains aux municipales de 2014. Ancien député de la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône, Christian Kert loue « son extrême dynamisme ». « C’est un bosseur, d’une grande loyauté », décrit-il.

Dans le viseur des Joissains

Alors qu’approche le jugement du procès en appel de Maryse Joissains (le 28 mai à Montpellier), l’harmonie entre les élus de la majorité municipale aixoise se fendille toujours un peu plus. Jean-Marc Perrin a d’ailleurs été le premier à prendre une forme de distance. En première instance, le 18 juillet 2018, l’édile aixoise écope d’une peine d’un an de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêt (lire notre article). Le lendemain, elle convoque une conférence de presse à l’Hôtel de Ville. Elle y apparaît entourée de ses adjoints et conseillers municipaux, lesquels ont tous signé une lettre de soutien. Jean-Marc Perrin, lui, est absent de la photo et sa signature fait défaut au bas de la missive. « Je suis libre », revendique-t-il. « À ce moment-là, à la différence des autres, il s’est surtout situé dans le moyen et le long terme », commente un cadre de la droite départementale.

L’épisode a laissé des traces. « Des tensions existaient déjà, mais là, il a pris le clan Joissains de front et maintenant ils l’ont dans le viseur », note un fin connaisseur des arcanes aixoises. Un élu du pays d’Aix abonde : « Maryse ne le considère plus comme un des siens. » Sans nommer la source de l’attaque, Jean-Marc Perrin dit voir « les rumeurs » récurrentes sur ses liens ou ceux de sa femme (dont il est séparé) avec les affaires d’urbanisme en cours, comme une tentative de le déstabiliser. « Je sais bien que je suis devenu le vilain petit canard », confie-t-il. « Je dérange parce que, comme Maryse, j’ai de la personnalité, je ne prête pas allégeance à tout et n’importe quoi, je sais rester loyal et droit. Je l’agace sans doute… autant qu’elle-même – et son entourage encore plus – m’agacent aussi. »

Isolé et clivant

Mais le meilleur ennemi de Jean-Marc Perrin n’est-il pas Jean-Marc Perrin lui-même ? À son endroit, outre « sa camaraderie facile », on pointe volontiers « son côté clivant », « sa communication à l’emporte-pièce sur les réseaux sociaux », « sa réputation colérique », « ses difficultés à fédérer. » Ce qu’un politique local résume ainsi : « Il croit que l’on peut cheminer tout seul. Or en politique ça n’est pas possible. Il s’est créé pas mal d’inimitiés au sein du conseil municipal d’Aix. » Malgré son caractère avenant, le maire de la Duranne est peut-être plus isolé qu’il n’y paraît.

Pourtant, « il veut la mairie, c’est une évidence », souffle un membre de la majorité. Pas de quoi réjouir Gaëlle Lenfant, élue d’opposition socialiste au conseil municipal d’Aix : « La Duranne n’est quand même pas le quartier le plus exemplaire de la ville ! Quand j’entends Jean-Marc Perrin dire que tout y est magnifique, je me dis que s’il devient maire d’Aix ça risque d’être inquiétant pour notre ville. D’un maire on attend une vision. Et je ne crois pas qu’il l’ait. » Jean-Marc Perrin, futur maire d’Aix ? Christian Kert fait preuve d’un peu plus de rondeur confraternelle. Mais prévient : « Il a fait un excellent travail à la Duranne. Evidemment, s’il voulait viser plus haut, il doit réaliser qu’une ville de 150 000 habitants à forte connotation culturelle, c’est un autre enjeu, quelque chose de plus grand. »

Empêche-moi !

Dans un paysage politique aixois fragilisé et mouvant, « il apparaît comme une des personnes qui pourraient tirer leur épingle du jeu. Si Maryse devait dégager du tableau après une condamnation, toutes les cartes seraient rebattues », analyse un sympathisant de droite. Un cadre de la majorité va plus loin : « Avec les ennuis judiciaires d’Alexandre Gallese [adjoint à l’urbanisme, lire notre article, ndlr], Jean-Marc fait désormais partie des mieux placés… »

En outsider, le bientôt sexagénaire attend sagement son heure : « Après dix ans de mandat local où il me semble ne pas avoir failli, alors que je suis libéré professionnellement, ce serait hypocrite de vous dire que je n’y pense pas. Et croyez-moi, je ne suis pas le seul ! » Il enfonce le clou et se définit clairement comme l’un de ceux pouvant « assurer la relève » : « Mais si je suis candidat, la première prévenue sera Maryse Joissains », promet-il. Sa large carrure mange l’espace de son étroit bureau de la Duranne. Trop petit pour lui, désormais ? Il sourit : « Si Maryse est empêchée, je ne vois pas ce qui m’empêche. »

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