Le Mondial La Marseillaise, pétanque pour tous ou business de quelques-uns ?

Info Marsactu
Julien Vinzent_
20 Nov 2017 4

Le fils de Michel Montana, figure du Mondial La Marseillaise à pétanque, réclame près de 200 000 euros de dommages et intérêts à l'association organisatrice. Avec un associé discret mais présent de longue date, Jean-Pierre Abehassera, sa société était chargée de la prospection des partenaires et de l'événementiel autour du tournoi. Un aspect rarement évoqué qui, derrière le faste des soirées et les personnalités présentes, constituait une grosse machine économique.

Vincent et Michel Montana, le soir de la présentation du documentaire sur le second, à la Villa Méditerranée. Photo : Robert Poulain.

Vincent et Michel Montana, le soir de la présentation du documentaire sur le second, à la Villa Méditerranée. Photo : Robert Poulain.

Un Mondial à pétanque 2017 sans Montana. Au pluriel. En avril, c’est Michel Montana, la figure historique, qui était évincé du “Roland-Garros des boules”. Directeur commercial du journal, il est l’inventeur du concours, vitrine estivale et sportive du quotidien. Son éviction est une conséquence immédiate de l’inclusion de l’association organisatrice dans le redressement judiciaire du journal La Marseillaise au nom des liens inextricables entre les deux structures (lire notre article).

Le 1er juin, beaucoup plus discrètement, son fils Vincent était lui aussi prié de suivre la compétition sur France 3 par le juge-commissaire en charge du dossier au tribunal de commerce. Ce dernier a en effet résilié le contrat qui liait l’association à la société Trevans, dont il est directeur général. En 2016, le Mondial lui avait assuré 495 000 euros de chiffre d’affaires.

Le 15 juin, deux jours après la standing ovation reçue à la Villa Méditerranée par Michel Montana lors de la projection d’un documentaire sur sa vie, son fils Vincent Montana déposait une requête lourde de sens contre le Mondial. Il réclamait 198 000 euros de dommages et intérêts ainsi que 10 000 euros au titre des frais de justice. De quoi plomber la dette du journal, puisque la société éditrice et l’association sont désormais liées par la même procédure de redressement judiciaire.

Le journal, “je m’en fous un peu”

“La problématique du journal en tant que tel, à titre personnel je m’en fous un peu. Quand quelqu’un vous fait des misères, ce n’est pas parce qu’il est éclopé qu’il ne faut pas se défendre”, balaie Vincent Montana. Quand on lui fait remarquer que son père y a travaillé pendant plus de 50 ans, jusqu’à en être actionnaire et directeur du développement, il nuance : “En ce qui me concerne, il était en charge du Mondial à pétanque.”

Débouté par le tribunal de commerce le 25 octobre, il persiste et annonce à Marsactu qu’il a fait appel. “Quand vous travaillez pendant un an pour concrétiser des contrats, des gros contrats surtout pour de la pétanque, qu’on vous arrête dans votre élan et qu’on repasse par derrière pour récupérer les partenaires, sur un plan entrepreneurial, ce n’est pas acceptable !”, justifie-t-il. Le tribunal de commerce n’a pas été du même avis :

La société Trevans, dans le cadre de son contrat de régie, n’a fait que reconduire certains contrats des partenaires historiques de l’association Mondial La Marseillaise à pétanque, qu’ainsi la valeur ajoutée d’un tel partenariat n’est pas démontrée (…) L’aide d’une société tiers et sans expérience dans le domaine n’est pas nécessaire.

“Il n’y a que les juges, l’administrateur judiciaire et éventuellement l’association pour croire ça (…) J’ai l’impression que les gens découvrent que j’existe alors que je suis là depuis 15 ans”, s’étonne Vincent Montana.

Le discret Jean-Pierre Abehassera

Son associé, président de la société Trevans, est aussi un acteur de l’ombre du Mondial à Pétanque. Jean-Pierre Abehassera ne décolère pas d’avoir été évincé par la même décision de justice. “Cela fait 40 ans que je porte cet événement. Pernod-Ricard, Carrefour, Auchan, Casino, Total, Veolia, Vinci, Nexity : cette clientèle, c’est moi qui l’ai procurée au Mondial La Marseillaise à pétanque”, revendique ce dernier, qui assure agir “dans le domaine public” même s’il n’est jamais apparu comme un organisateur de l’évènement. Cette activité de régie était auparavant assurée par sa société Image in action, “transférée à Trevans en 2016”. Pour sa part, Vincent Montana avait en main la partie événementielle et artistique qui tournait autour des terrains.

“Le Mondial dépasse les hommes”, considère Pierre Guille. Nouveau président de l’association, il a longtemps été secrétaire général du mondial au temps où Montana le présidait. Directeur de la publicité de la Marseillaise, il s’est installé dans l’ancien bureau de Montana et se félicite que “les partenaires et fournisseurs aient été fidèles malgré le redressement judiciaire”. Mais pour Jean-Pierre Abehassera, “on a essayé de s’emparer d’un fonds de commerce. C’est du vol ! C’est un détournement de clientèle !”

Remonté contre les dirigeants actuels du journal, “qui se sont trouvés une bonne petite vache à lait à siphonner pour éponger leurs dettes”, Jean-Pierre Abehassera vilipende le tribunal de commerce qui aurait poursuivi selon lui d’autres intérêts que la justice, même les plus farfelus. “Il a été sensible à ce qu’un journal pro-palestinien puisse se poursuivre dans une région où il y a une grosse clientèle musulmane”.

De son côté, Pierre Guille, le président du Mondial martèle qu’“il n’y a pas d’animosité de [son] côté”, même si “la relation de confiance s’est cassée” et dit se tenir “en retrait” du conflit. “C’est l’administrateur qui a demandé la résiliation du contrat”, souligne-t-il. Il faut dire que par cette procédure, Vincent Montana et Jean-Pierre Abehassera soulèvent le couvercle sur un aspect rarement évoqué.

“L’événement mondain de la ville”

Dès les années 80, la fête du Mondial devient en effet “l’événement mondain de la ville”, rappelle Lionel Boisseau dans son documentaire Michel Montana, une histoire de Marseille. “Faire une très belle soirée avant d’attaquer le Mondial, ça permettait à tous les investisseurs, des grands patrons et des élus, de participer et puis surtout d’apporter des finances”, témoigne dans le film Dany Boyadjian, un styliste qui a accueilli les premières fêtes dans son jardin.

Par la suite, c’est au château Ricard  que des milliers de personnes se pressent et même sur l’île de Bendor (Var), propriété de la famille Ricard. On y croise “tout Marseille : les cadors politiques, quelques grands chefs d’entreprises, quelques Parisiens qui viennent s’encanailler”, confirme dans le documentaire Jacques Pfister, ancien président de la chambre de commerce et d’industrie. Freaks en 2010, Crazy night en 2011, L’île fantastik en 2012 : autant de spectacles dont Vincent Montana était producteur délégué, via sa très discrète société Company Europea Entertainments. Le nom n’apparaît jamais dans les dossiers de presse, pas plus que celui de son patron, mais son activité représente tout un pan de la grosse machine du Mondial.

Une commission de 35 à 40 %

Bref, tandis que Jean-Pierre Abehassera prospectait les partenaires, Vincent Montana faisait du business événementiel autour de l’association présidée par son père. Ce dernier était même actionnaire à hauteur de 5,7 % de Company Europea Entertainments – de même que Jean-Pierre Abehassera, déjà. “Nous n’avons jamais reçu d’argent de l’association”, pose Vincent Montana. En tant que producteur délégué, sa société encaissait de l’argent des partenaires et l’utilisait pour “le paiement de divers fournisseurs. On auto-finançait la partie événementielle pour le compte de l’association, qui était chargée de la partie sportive et recevait pour cela des subventions.” Confronté au conflit d’intérêts que cela peut représenter, Vincent Montana estime que “cela ne pose aucun problème d’autant plus que mon lien de parenté était dûment écrit dans le contrat en question”.

Interrogé sur la part des 495 000 euros de recettes de l’édition 2016 qui sont restés dans ses caisses, le directeur général de Trevans évoque un “taux de régie” de 35 à 40 %. Soit l’équivalent des dommages et intérêts demandés pour avoir perdu l’édition 2017… Cependant, même si le tribunal considère que Trevans se contentait de faire peser des “coûts supplémentaires” sur l’organisation, la nouvelle équipe a elle aussi fait appel à une société pour assurer la recherche des partenaires et l’événementiel : le groupe Médias et publicités, dont on a appris mercredi dernier qu’il entrait au capital du journal. Une illustration du “changement dans la continuité” revendiqué par Pierre Guille.

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