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Le futur tramway du pays d’Aubagne pourrait buter sur la canalisation d’Alteo

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Clémentine Vaysse
3 Fév 2016 3

Une ligne de tram doit voir le jour en 2019 sur l'ancienne voie de Valdonne entre la Bouilladisse et Aubagne. Mais, pour certains, sa cohabitation avec la canalisation d'Alteo qui relie l'usine d'alumine de Gardanne à la mer est impossible. La prolongation pour 6 ans de l'exploitation de ce tuyau a ravivé ces craintes.

La canalisation d'Alteo longe l'ancienne voie ferrée Photo Lisa George

La canalisation d'Alteo longe l'ancienne voie ferrée Photo Lisa George

Les 14 kilomètres du projet de tramway entre la Bouilladisse et Aubagne entre dans la phase finale d’études. Baptisé Val’Tram, il fait partie des projets qui font plutôt consensus au niveau métropolitain. Le projet doit notamment permettre une liaison avec les gares marseillaises. Il pourrait donc être lancé par la nouvelle institution. Le projet consiste en la reconversion d’une ligne de transport de marchandises utilisée entre 1868 et 1987, voie de Valdonne. Problème : sur son tracé est également situé le tuyau qui relie à la mer l’usine d’alumine de Gardanne.

Or, Alteo vient d’obtenir une nouvelle autorisation d’utiliser ce tuyau pour six ans. Cela implique d’étudier les modalités de cohabitation entre un tramway qui roule à 70 km/h et une canalisation qui se trouve parfois à un petit mètre de la voie. « À l’époque où le projet tram-train a été ébauché, il était question que la canalisation s’arrête en décembre 2015 », se souvient Maurice Marsiglia de l’association Se déplacer en liberté, basée à Aubagne.

« Un problème de sécurité publique »

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Photo prise lors d’une randonnée organisée le long de la voie en 2011. Julien Vinzent.

Si le problème est identifié depuis un certain temps, il a resurgi lors de l’enquête publique sur le renouvellement de l’autorisation de rejets à l’automne dernier. Les communes de La Bouilladisse et de Roquevaire ont toutes les deux soulevé cette question dans l’avis qu’ils ont communiqué dans le cadre de la procédure. Le conseil municipal de la première commune estimait alors fin septembre que « le renouvellement de cette autorisation pose un problème de sécurité publique sur une canalisation aérienne non protégée » et que « l’enfouissement de cette canalisation est une stricte nécessité », notamment dans le cadre du projet Val’Tram.

La même inquiétude a motivé en partie un avis négatif émis par la commune voisine de Roquevaire. « Les techniciens nous disent qu’il n’y a pas de possibilité de cohabitation, défend son maire Yves Mesnard. La peur de tout le monde est que cette histoire de canalisation retarde le tram ». Initialement, cette réouverture de la voie Valdonne était espérée pour 2015. Désormais, le premier coup de pioche est désormais attendu pour 2017. Dans le compte-rendu de la commission d’enquête, « l’incompatibilité avec le projet Val Tram » est donc mentionnée noir sur blanc. Il est accompagné d’une réponse de la société Alteo sur le sujet :

« Tant la propriété privée de la conduite que l’antériorité de son implantation sur le domaine par rapport au projet de la communauté d’agglomération justifient aujourd’hui que la communauté d’agglomération ne puisse pas imposer, en amont de son projet, de prescription à Alteo »

L’entreprise insiste ensuite sur le fait que « si son projet de tramway devait être poursuivi », il revient à la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Étoile – aujourd’hui intégrée dans la métropole – de trouver une solution et de financer les travaux nécessaires.

« Cela se passait très bien avec les trains de marchandises »

Carte issue d'un dossier publié sur le site de La Bouilladisse.
Carte issue d’un dossier publié sur le site de La Bouilladisse. Cliquez sur l’image pour agrandir.

Interrogé de nouveau sur le sujet, le directeur des opérations d’Alteo, Eric Duchenne, estime qu’il n’y a pas de conflit d’espace. « Nous avons eu des contacts préliminaires il y a quelques mois avec les porteurs de projet, précise-t-il. Il n’y a pas d’incompatibilité entre la canalisation et le projet de tram. Il y aura peut-être quelques points où il faudra déplacer le tuyau. On verra à ce moment-là. Cela se passait très bien avec les trains de marchandises, cela se passera bien avec le tram ». 

Reste le financement de ces travaux. À ce propos, l’industriel botte en touche. Du côté du pays d’Aubagne et de l’Étoile, on fait bien comprendre que le surcoût causé ne saurait être supporté par la collectivité. Le projet Val’Tram, chiffré à 90 millions d’euros, a reçu un financement de l’Etat en décembre 2014 à hauteur de 25%« Nous avons signé la convention d’achat des voies avec SNCF Réseau [ex-RFF] », explique Claude Inès, qui suivait le dossier au cabinet de l’ex présidente de la communauté d’agglomération. « Il y a une servitude sur ces terrains que l’on achète, nous verrons les modalités quand ils seront à nous. Il est certain que la conduite va nous perturber dans la phase de travaux puis dans la phase d’exploitation ». Déplacement, enfouissement ou coffrage pourraient être nécessaires.

C’est surtout la question d’un éventuel déraillement du tram et de ses conséquences qui semble inquiéter les élus. « Avec cette prolongation de six ans, qui nous dit qu’ils ne vont pas jouer la montre ? », s’inquiète Yves Mesnard. Le sujet a fait l’objet ce 1er février d’une lettre de l’association Se déplacer en liberté adressée à la responsable du projet au pays d’Aubagne et à Façonéo, la société publique locale qui en a la charge.

Pour répondre aux questions soulevées – financement, modalités de travaux, protection préalable de la conduite – il faudra attendre de nouvelles réunions avec l’industriel qui attend qu’un projet détaillé lui soit présenté. La suspension de la métropole a aussi des effets positifs : elle laisse le temps aux projets de décanter.

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