Une terrasse en béton sur la digue du large

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le 22 Mai 2013
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Il est déjà loin le temps où les Marseillais allaient avec nonchalance le long de la digue du large, le pas chahuté par le Mistral, le regard porté par-delà la ligne d'horizon, vers Alger ou Tunis. Depuis 1844, cette jetée longue de sept kilomètres s'étendant de la passe du Vieux-Port jusqu'à l'Estaque, offre un sanctuaire aux navires amarrés dans les bassins Est du port. Ainsi, les vaisseaux sont protégés des caprices et des sautes d'humeur de la tempétueuse Méditerranée. Mais depuis les attentats du 11 septembre 2001, des règles internationales imposent une fermeture totale du lieu au public. Seuls les membres de l'association des pêcheurs du bord marseillais possèdent une dérogation.

La réouverture aux Marseillais de ce site emblématique constituait l'une des promesses de Marseille-Provence 2013, dans une logique de reconquête de la façade littorale, impulsée par l'ouverture du Mucem, du musée Regards de Provence ou encore de la Villa Méditerranée. L'artiste Kader Attia a investi les lieux sous la direction artistique de François Barré avec son oeuvre-sculpture Les Terrasses, grâce à un réaménagement préalable réalisé par le grand port maritime de Marseille, estimé à 3 millions d'euros.

"Va-et-vient des bateaux"

Depuis le bateau qui amène les visiteurs de la darse du J4 jusqu'aux flancs de la digue, ou du haut du jardin du Pharo, l'oeuvre monumentale éblouit. Constituée de trois blocs de béton peints à la chaux, elle réfléchit la lumière. Ses diverses formes géométriques – escaliers, piliers, cubes – se concentrent sur la partie sud appelée digue Sainte Marie, accessibles essentiellement par navette les week-ends du 25 mai au 29 septembre et le 15 août prochain, de 10 h à 20 h.

L'artiste qui a passé une partie de son enfance à Alger, dit, pour l'ensemble de son oeuvre, s'être inspiré des jeunes du quartier de Bab-el-Oued qui "passent des heures, assis sur ces blocs, à regarder, comme hypnotisés, le va-et-vient des bateaux qui relient l'Algérie à l'Europe". Les Terrasses sur lesquelles les visiteurs sont invités à cheminer rappellent les toits immaculés de la Casbah d'Alger, mais aussi l'ensemble des villes méditerranéennes, avec une inspiration des architectes Fernand Pouillon et Le Corbusier.

Pour Jean Iborra, directeur des expositions de MP2013, "ces blocs sont des îlots offrant un point de vue sur le large ou la ville. C'est une invitation à la rêverie et à la poésie qui évoque le voyage, un ailleurs, puisque l'on est plus tout à fait dans la ville mais pas encore vraiment en mer. L'oeuvre est un signal que l'on voit de loin, proposant un jeu d'ombre et de lumière sur les faces du bloc et en même temps c'est une vraie expérience offerte, en ce sens que les gens peuvent aller dessus."

"Gratuité des navettes"

Mais si l'oeuvre est conçue pour résister aux agressions du vent, de l'eau et du sel, elle devra pourtant être démontée fin septembre tandis que la digue, restituée au Port sera à nouveau fermée. En annonçant une réouverture définitive du site dans le dossier de candidature pour l'année capitale, l'association s'est trop avancée. Celle-ci a hésité un moment sur un accès au public un peu plus long que les quatre mois finalement retenus : "la question de la gratuité des navettes s'est posée. On pouvait ouvrir le lieu plus longtemps mais il aurait fallu faire payer la traversée. Nous avons opté pour un temps d'exposition plus court avec un accès gratuit", détaille Jean Iborra. Le budget navette, pris en charge par MP2013 coûte ainsi 148 000 euros.

A ce jour, seule la voie maritime est possible pour accéder à la digue. En effet, la voie terrestre, strictement réglementée par des normes internationales, impose de connaître 48 h à l'avance l'identité de toute personne s'aventurant sur les lieux. Or affréter des navettes toute l'année présenterait un coût non négligeable qui pour l'heure ne suscite guère d'enthousiasme… Du côté du Port, on explique que "rien ne s'oppose techniquement à une ouverture du périmètre au public, sous réserve de résoudre cette question du financement."

Et si l'aménagement de sites portuaires tels que le hangar du J1 dont l'avenir se discute âprement, ou encore la digue du large, appartenant plus que jamais à la mythologie marseillaise n'avait offert qu'une promesse trop ambitieuse de réappropriation définitive du littoral ? Reste à savoir si les Marseillais se contenteront de ce bref interlude, ou si l'artiste Kader Attia va bel et bien réveiller un désir insatiable de reconquête de l'un des lieux mythiques de la cité.

 

 

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Commentaires

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  1. jf jf

    Bien sur cela ne dépend que de moi, mais je trouve cela laid, sans âme, t sauf que de connaître l’intention de “l’artiste” il est à l’image de ce qui se fait de pire à Marseille : le bétonnage. Vraiment laisser la digue à son état original aurait mieux valu. Par contre c’est une bonne idée de pouvoir s’y promener.:-)

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  2. Anonyme Anonyme

    L’ouverture de la digue du large,hélas limitée dans le temps,est un cadeau aux marseillais et autres visiteurs !!!! Quant à l’exposition,c’est la cerise sur le gâteau…

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  3. k7 k7

    Philosopher sur des blocs de béton,c’est parler pour ne rien dire:il faut être un peu “dingue”,parler “d’oeuvre”:il faut être “fou”furieux!! boff…

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  4. Anonyme Anonyme

    Bof pour les blocs de béton, surtout à ce prix là… mais la promenade ou le footing sur le chemin du haut de la digue avec vue sur le grand large, ça c’est le pied !
    Les histoires de voie “terrestre réglementée par des normes internationales” c’est du gros pipeau du Port Autonome pour enfumer les journalistes ! S’il y avait une volonté de la Ville de laisser aux marseillais ce qui leur appartient, cad l’accès à pied à la digue du large, cela serait fait depuis longtemps, mais là ils ont cadenassé la mer, en laissant les marseillais derrière des grilles

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  5. Céhère Céhère

    Ouverture limitée dans le temps mais aussi dans l’espace puisqu’on voit qu’elle ne concerne que les dernières centaines de mètres de la digue, sans accès à la partie haute.
    Quant à sa fermeture, elle remonte à 1995/96 avec les attentats islamistes de Paris et la mise en place du “plan vigipirate”

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  6. Anonyme Anonyme

    3 millions le bloc de béton c’est de l’art-naque… Décidément l’argent public brule les doigts de ce qui le manipule mais au profit de qui???? C’est la grande question auquel nous devrons répondre dans les prochaines élections

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  7. Charles Nepote Charles Nepote

    Chouette !
    C’est vrai qu’on aurait envie d’en savoir plus sur ces “normes internationales” qui limitent l’accès à la digue… Peut-être y a-t-il de bonnes raisons, on aimerait comprendre.

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  8. JL41 JL41

    C’est un cimetière en long ?
    Elle est pourtant si belle cette digue, telle qu’elle est, nue et crue.

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  9. Anonyme Anonyme

    Rendez nous vite cette digue, sans ces bétons dont on a rien à cirer . Par les chaudes nuits d’été c’était un vrai bonheur d’aller y pique niquer, se baigner, se promener …et la pêche au loup l’hiver !!!
    Ce ne fut pas Vigipirate la vraie raison de sa fermeture mais l’insécurité des biens portuaires . Créez des emplois pour la surveillance et rendez nous la digue qui aujourd’hui est comme le vieux port : un lieu réservé à des privilégiés.

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  10. julijo julijo

    L’ “œuvre” sera démontée ?????? et ils vont la coller où ???
    La ville se transforme en un univers minéral….faut aimer !
    Sinon, on monte dessus ?
    Vive l’art contemporain. Hermétique et sauvage !
    Vite, vite, on ferme.

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  11. GM GM

    bon je vais essayer d’y aller ,un de ces week-ends !! ce serait plus pratique si on pouvait y accéder toute la semaine car il y aura beaucoup de monde !! et en plus c’est limité dans le temps ; une frustration de plus pour une vieille marseillaise

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  12. Anonyme Anonyme

    Oui, la porte de l’orient se referme sur nos doigts usés par les impôts payés à ces collectivités qui finalement défendent assez mal nos intêrêts …MA grand mère m’emmenait tout petit sur cette digue où nous regardions les bateaux partir tirés par des remorqueurs noirs, les ouvriers en réparer d’autres,…Marseille avait une vraie vie de cité industrieuse. Tout ça semble bien parti, mais on capitale européenne de la …culture !

    Merci à nos élites pour les choix qu’elles ont fait ; a moins que – plus vraisemblablement – elles n’en ait fait aucun sauf de laisser p…

    La digue du large, n’est plus pour nous !

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  13. PC PC

    “Des jeunes qui passent des …”
    P…, mais on nous prend pour des demeurés.
    Kader Attia,le seul art que l’on puisse lui reconnaitre sur ce coup là, c’est d’être arrivé à vendre 3 millions d’euros 3 blocs de beton.
    Chapeau l’artiste!

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  14. anonyme anonyme

    Pourquoi a-ton dépensé tant d’argent pour “agrémenter la digue ?” les marseillais auraient été aussi heureux de la promenade sur une digue vide ; on est en droit de penser que certains se sont servis au passage , comme à chaque fois… vive l’art… et l’ar…gent !

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  15. anonyme anonyme

    Pourquoi a-ton dépensé tant d’argent pour “agrémenter la digue ?” les marseillais auraient été aussi heureux de la promenade sur une digue vide ; on est en droit de penser que certains se sont servis au passage , comme à chaque fois… vive l’art… et l’ar…gent !

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  16. Anonyme Anonyme

    La digue du large fait partie du patrimoine des marseillais, la culture c’est ça, pas les terrasses de Kader. Il faut que les marseillais puissent y avoir accès. Une solution pour construire un centre commercial sur un terrain qui daisait partie du port autonome a été trouvée, pourquoi ne trouve-t-on pas une solution pour la digue? Pas assez rentable pour les décideurs???

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  17. Ro g Ro g

    Je vais souvent au Frioul, je regarde à chaque allers / retours ces blocs Blanc, La première fois ignorant que je suis, je me suis demandé, pourquoi entreposer des Décombres monstrueux, sur la digue ? Depuis j’ai appris, mais pas une fois ça me donne envie d’aller les voir de plus près . Je me dis que l’Art Conceptuel, pas vraiment génial !!!Par contre Oui, un libre accès à la digue du Large serait sympa pour les Marseillais .

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