Une salariée du théâtre du Merlan convoquée pour ses prises de position militantes

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le 18 Déc 2012
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La capitale européenne de la culture se prépare dans la fièvre au pied des tours de la Busserine, en contrebas du centre urbain du Merlan. Mais cette chaleur hors saison est plus le fruit d'ardentes polémiques que née de l'attente de l'évènement. En effet, il y a plusieurs semaines, un collectif d'associations du quartier a décidé de se retirer du projet "quartiers créatifs – Jardins possibles" porté par l'association Marseille Provence 2013 et Marseille rénovation urbaine (MRU) et soutenu par la scène nationale du Merlan. Ils avaient communiqué cette décision par le biais d'une lettre ouverte à la ministre de la culture, Aurélie Filippetti à l'occasion de sa venue à Marseille. Or, cette sortie publique continue à faire des vagues.

Aujourd'hui, le collectif a publié sur son blog un billet intitulé "Stop aux menaces !". Il s'agit d'un appel à soutenir leur collègue Zora Berriche, membre du collectif et du conseil d'administration de l'antenne de la Confédération social des familles de Saint-Barthélémy III, un des ensembles HLM du quartier. 

La menace qu'ils décrivent émane de la direction du théâtre du Merlan dont Zora Berriche est salariée depuis plusieurs années. Celle-ci est convoquée par sa direction pour ce qu'ils décrivent comme "un entretien pouvant se conclure par un licenciement". Ils poursuivent en mettant en cause la directrice du Merlan, Nathalie Marteau. Celle-ci reprocherait à sa salariée "son engagement citoyen, militant, en faveur de ses collègues, voisins, des habitants des quartiers populaires. Ce déni démocratique est extrêmement grave et nous concerne toutes et tous. Légitimement, nous nous interrogeons sur les possibles pressions politiques sous-jacentes".

"Entretien préalable à une sanction"

Effectivement, la lettre qui a été remise en mains propres à Zora Berriche stipule qu'il s'agit "d'un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu'au licenciement" faisant suite aux documents du collectif dont elle était signataire. Cette formule est habituellement utilisée quand un employeur envisage de mettre fin au contrat d'un salarié.

Mais la directrice du Merlan dément toute issue de ce type : "Zora Berriche est une des porte-parole des associations de locataires du quartier. Au sein du théâtre, elle est également en charge des projets urbains et des relations avec le quartier. Dans les deux cas, il s'agit de la même personne. Or, le collectif des associations de quartier a pris une position publique il y a quelques semaines contre le projet "Quartiers créatifs" qu'elle est censée promouvoir dans le cadre de son travail. Le président du théâtre, Alain Vidal-Naquet, l'a donc convoquée à un entretien d'explication concernant cette situation".

Pour elle, le contenu du billet relève donc d'une "information fausse". Elle refuse de communiquer plus avant sur le contenu de l'entretien "qui relève de la vie privée de la salariée" mais estime qu'il s'agit "de beaucoup de bruit pour rien". La directrice de la scène nationale se sent surtout "triste et déstabilisée" car ce sont "les artistes qui trinquent".

"Nous nous battons pour une issue positive"

De son côté , Zora Berriche ne se sent pas en porte-à-faux. "Je suis à l'endroit du questionnement. C'est ma démarche sur le fond. J'ai déjà alerté la direction du théâtre sur le sens du projet Quartiers créatifs il y a un an et demi. J'aurais préféré que cela se passe autrement, par le dialogue plutôt que par cette procédure d'entretien. Le problème n'est pas ma personne mais le fond du projet. Celui-ci est au coeur de fortes tensions dans le quartier. C'est cela qui m'intéresse. Et, avec le collectif, nous nous battons pour que le projet ait une issue positive, certes, avec des conditions".

Dans la lettre ouverte adressée à la ministre, le collectif demandait notamment que soit rétabli le financement des projets culturels des associations de quartier qui oeuvrent depuis longtemps dans une réelle fragilité financière. Ils faisaient également part de "la déception des habitants" vis-à-vis du caractère éphèmère du "jardin possible" de la Busserine.

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Commentaires

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  1. Lurbain Lurbain

    hello, désolé mais je ne comprends pas le fond du pbl, il y a visiblement un conflit , une polémique sur le projet, “au coeur de fortes tensions dans le quartier”, quel est le pbl avec ce projet ??

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  2. Manipulite Manipulite

    Cette salariée ne mélangerait-elle pas son engagement personnel (sans doute légitime) avec ses obligations professionnelles ?
    Il y a là un conflits d’intérêts : elle doit choisir. Je comprends la position de sa hiérarchie.

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  3. ALAIN PERSIA ALAIN PERSIA

    Pourquoi vouloir empêcher une salariée d’être aux côtés de l’immense majorité de la population de ce quartier qui , avec bon sens , propose un projet alternatif et durableface à celui qu’il considèrec comme étant dispendieux?
    A partir du moment oû cette salariée agit dans un cadre associatif ou citoyen en dehors de ses heures de travail , il est inconvenant de l’empêcher de dire sa vérité.

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  4. Benoît Gilles Benoît Gilles

    Comme je l’explique dans les articles qui apparaissent en lien les associations de locataires (dont Zora Berriche est membre) se sont retirées du projet “quartiers créatifs” qui doit investir le quartier dans le cadre de 2013. Ces mêmes associations sont engagées dans un bras de fer avec Marseille Rénovation Urbaine concernant la rénovation du quartier et plus particulièrement le relogement des habitants des tours qui sont appelées à disparaître. Les associations font le lien entre les deux aspects parce que Marseille Rénovation urbaine est un des financeurs du projet culturel. Mais ils sont toujours en discussion avec les artistes et MP2013 pour que le projet ait lieu.

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  5. Kevin VACHER Kevin VACHER

    Pour information : suite au rendez vous entre le directrice et Zora et face à la mobilisation du quartier, la direction a rectifié son tir et Zora ne devrait subir de nouvelles pressions pour le moment. Pour l’anecdote, je crois que le Merlan n’a (malheureusement) jamais rassemblé autant de gens du quartier dans ses locaux. Reste le problème de fond : se questionner sur l’organisation d’un projet culturel participatif dans un quartier populaire à la croisée des conflits sociaux, urbains et postcoloniaux. Faire du “participatif” en niant les conditions d’existence des populations et des structures implantées au quotidien (les associations en l’occurrence) ne peut que nourrir le conflit en tentant de l’invisibiliser, voire en lui offrant une vitrine culturelle (la raison pour laquelle Marseille Rénovation Urbaine finance le projet, il n’y a qu’à lire la convention MP13-MRU-Politique de la Ville).

    Au passage, merci Benoit et marsactu pour l’information traitée dans son ensemble et objectivement.

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  6. Le Merlan Le Merlan

    Nathalie Marteau, directrice du théâtre du Merlan, dément formellement les propos qui lui sont attribués, à savoir qu’elle reprocherait à sa salariée « son engagement citoyen militant, en faveur de ses collègues, voisins,des habitants des quartiers populaires ».
    Ses propos sont mensongers et calomnieux.
    Nathalie Marteau précise qu’en engageant à temps plein une salariée, dont l’action militante était connue, était un atout pour le théâtre et le travail de Relations avec les Publics.

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