Une résidence de la Ciotat rejoue la polémique du burkini

Reportage
Manon Busseron
12 août 2017 4

En juillet dernier, une femme en burkini a été interdite de se baigner dans la piscine collective de la copropriété dans laquelle elle passait ses vacances. Le propriétaire lui a en outre facturé le nettoyage de la piscine, évoquant des raisons d'hygiène. Plongée au cœur d'un microcosme résidentiel qui rejoue à petite échelle la polémique sur le burkini.

« Le propriétaire veut lui faire payer les frais de désinfection de la piscine car elle se baigne en burkini ». Ce communiqué du collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), largement partagé sur les réseaux sociaux, a fait voler en éclats l’apparence tranquille d’une résidence privée à la Ciotat, révélant la discrimination dont a fait l’objet une femme musulmane en vacances avec sa famille. Son récit est rapidement relayé par de nombreux médias, entraînant dans leur sillage l’habituel cortège de commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Le microcosme résidentiel semble avoir remis en route la polémique sur le burkini à travers de décisions difficiles à justifier.

Fadila* et sa famille sont arrivés le samedi 22 juillet dans l’un des appartements de l’ensemble immobilier qui compte aussi quelques maisons individuelles, habitées à l’année ou seulement en période estivale. « Une surprise pour mon anniversaire pour passer les vacances avec les enfants », raconte-t-elle à Marsactu. La voix un peu tremblante, elle se souvient de ses « craintes au sujet du [regard sur le] burkini », puis une journée finalement passée dans l’eau avec sa famille. Le lendemain, après avoir « pris une douche avant de rentrer dans l’eau, précise-t-elle, on s’est baignés, et une heure après, le gardien a fait sortir tout le monde de l’eau, prétextant un problème de turbine de moteur dans la piscine. Il voulait que tout le monde sorte, mais son regard était vissé sur moi ». Plus tard, son mari reçoit un appel du propriétaire de l’appartement, qui a été prévenu par le syndicat de propriété qu’une « dame voilée était rentrée avec ses habits dans la piscine » et exige que cette dernière ne se baigne plus.

Omerta dans la résidence

Dans cette résidence où les volets semblent hermétiquement clos, les habitants rencontrés hésitent, se révèlent frileux et réprobateurs, refusent de répondre à nos questions. Une grand-mère, croisée sur son chemin vers la piscine, affirme ne pas avoir assisté à la scène, avant que sa petite-fille ne lâche un innocent « moi, j’étais là ! ». Son aïeule la fait précipitamment entrer dans l’enceinte de la piscine. « Vous ne parlez pas aux enfants », nous ordonne-t-elle. Plus tard, un groupe de personnes âgées, installés sur leur terrasse, nous redirige, poliment mais fermement, vers le syndicat de copropriété. Lequel syndic, Agimmo, se refuse obstinément à tout commentaire.

Seule une propriétaire, interpellée depuis sa fenêtre, accepte de descendre pour discuter plus longuement : « La dame était habillée, donc couverte, donc c’est interdit », tranche-t-elle. Qu’on l’ait expulsée de la piscine ? Elle n’y voit « rien à redire. Le gardien a fait son travail. Quand les enfants font des bêtises, il va leur dire. Ici, je considère que c’était une bêtise », déclare-t-elle, un brin infantilisante.

Vidange à la va-vite

En toute hâte, une vidange de la piscine est décidée dès le lendemain. Une mesure inhabituelle et prise dans la précipitation comme si la piscine avait été inexorablement souillée. Pourtant, chez le pisciniste Desjoyaux, on est formel : vider une piscine est « une mesure drastique ». En effet, « si la baignade habillée arrive une fois, il n’y a aucune mesure de traitement supplémentaire à mettre en place. Le plus grand risque en se baignant habillé est d’abîmer ses vêtements, plutôt que de salir la piscine »François-Xavier Guis, secrétaire général de la Fédération nationale de l’immobilier des Bouches-du-Rhône (Fnaim-13), confirme qu’un syndicat de copropriété peut bel et bien décider de vider une piscine seulement « si la sécurité des copropriétaires est en jeu ».

L’emballement ne s’arrête pas là. Le propriétaire décide d’encaisser le chèque de caution de 470 euros « dès le lendemain de l’incident, en prétextant que la vidange de la piscine était à nos frais. Il n’a pas présenté de facture ni de devis », s’indigne Fadila. Lors de son retour à Paris, le couple a la surprise de recevoir un courrier dudit propriétaire, expliquant que la vidange de la piscine « allait coûter environ 600 euros et que le complément sera à nos frais pour cause d’hygiène », conclut Fadila, qui se dit « humiliée » et « choquée ». Le couple conteste par ailleurs que la vidange et le nettoyage de la piscine aient bien eu lieu, ce que contredisent néanmoins plusieurs habitants de la résidence.

 « Elle a créé elle-même les conditions de sa discrimination »

Ce débat sur une entorse aux règles d’hygiène et de facture masque mal un rejet plus profond d’un vêtement considéré ostentatoire. Dans un bref échange téléphonique, le propriétaire de l’appartement se borne, avant de raccrocher, à dénoncer un habit « interdit en France », ce qui n’est en réalité pas le cas puisqu’il ne dissimule pas le visage. Une hostilité partagée par la co-propriétaire rencontrée précédemment : « Qu’ils respectent les choses. Cette dame sait lire, je l’ai vue lire le règlement avec son mari, je l’ai même entendue dire que « c’est interdit », raconte-elle, en déduisant que Fadila parlait de son burkini. Elle a créé elle-même les conditions de sa discrimination ». Elle ajoute qu’« il ne faut pas faire d’amalgames, mais on a peur d’avoir des problèmes car le nom et la photo de la résidence sont dans les journaux ». Puis avance qu’on ne peut pas savoir « si c’est son mari qui la force » à porter un burkini.

Un contexte local défavorable au port du burkini

Ces propos rappellent la frénésie médiatique autour du vêtement de bain, qui a cristallisé les passions entre accusations de fondamentalisme et défenseurs du droit de se vêtir librement l’été dernier. Plusieurs communes, dont La Ciotat, avaient adopté un arrêté municipal interdisant le port du burkini sur leurs plages. Ce contexte bien particulier semble alimenter encore aujourd’hui la confusion autour du burkini. Depuis, le Conseil d’État a assis la liberté de porter un burkini sur les plages publiques, sauf en cas de « risques avérés » de troubles à l’ordre public.

Quant aux espaces privés, il appartient effectivement au propriétaire de fixer par règlement intérieur les règles applicables dans leur piscine. Ironie de l’histoire, le règlement de la piscine de la résidence de La Ciotat, affiché sur la porte, ne se prononce pas sur le port d’un maillot de bain couvrant. Il se contente d’indiquer qu’« il est interdit […] de se baigner habillé ou avec un tee-shirt ». Il est en revanche très précis concernant l’interdiction des bouées et du bruit entre 13 et 15 heures.

* Le prénom a été changé.

4
commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Beaucoup de tralala créé par ces fêlé(e)s de la religion. Quand je suis tranquille à la plage et que des personnes viennent se baigner encapuchonnées, je ne me sens plus du tout en vacances, c’est l’embrouille que des fêlé(e)s de la religion s’amusent à provoquer en jouant sur la liberté de nos sociétés.
    La bobonne, elle a lu le règlement, elle est passée outre en mettant le ouaï dans la copropriété, elle s’en tire bien avec les quelques euros que ça lui coûte.

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    • Cehere Cehere

      Apparemment elles sait lire, elle, et le règlement n’interdit en rien ce maillot (ce qui est indiqué également par la rédactrice de l’article).

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  2. pas glop pas glop

    Quel commentaire consternant, stigmatisant et paternaliste !
    Si je comprends bien : femme qui porte un burkini = intégriste = débile = anti-vacances et anti-liberté = fouteuse de merde. Rien que ça !! À moins que je n’ai pas compris le second degré ?…

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  3. Cehere Cehere

    Je trouve triste que des femmes reviennent à se couvrir entièrement le corps sous diktat religieux.
    Mais j’espère que ces gens porteront plainte, car le sort qui leur est fait est dégueulasse, traités comme s’ils étaient sales « par nature ».

    Un « burkini », tout moisi que ça puisse être, techniquement c’est un maillot en lycra, du même type que portent les surfeurs ou que l’on conseille de mettre aux bébés pour les protéger du soleil. Donc si problème il y a, il n’a rien à voir avec l’hygiène.

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