Soupçons de harcèlement à la Chrysalide, un rapport évoque une « crise sociale aiguë »
Le cabinet Technologia a enquêté au sein de l'association la Chrysalide Marseille. L'ancien directeur général de cette structure qui accueille 1250 personnes handicapées dans la région est accusé de "harcèlement" par certains de ses collaborateurs. Ces derniers se disent victimes d'une chasse aux sorcières depuis qu'ils l'ont mis en cause.
Le siège de la Chrysalide Marseille, à Montolivet en 2016. (Photo : Nina Hubinet)
La Chrysalide Marseille est une grande famille. De cette institution de prise en charge des enfants et des adultes handicapés, on connaît les brioches, vendues chaque année pour aider au financement de ses 39 centres d'hébergement et établissements d'aide et services par le travail (ESAT). On sait moins que cette association fondée en 1958 par un groupe de parents accueille aujourd’hui 1250 personnes handicapées à Marseille et dans la région, et emploie plus de 900 salariés. Une institution de l'économie sociale et solidaire, qui traverse actuellement une crise violente dont rien n'a filtré jusqu'ici.
Mais la tension est telle que le couvercle commence à se soulever, à la faveur d’un rapport rédigé par Technologia, cabinet d'expertise spécialisé dans les risques professionnels et agréé par le ministère du Travail. Il est notamment intervenu en 2010 après la vague de suicides à France Télécom. Ce rapport a été remis fin novembre à la direction de l’association. Il expose le résultat d’une enquête conduite après des accusations de harcèlement moral et sexuel contre M. V.*, à la tête de la Chrysalide pendant 15 ans avant son départ en août dernier. Ses conclusions sévères ont provoqué un coup de tonnerre au sein de l’association.
À PROPOS
En 1958, lorsqu'un groupe de parents créent l'association la Chrysalide à Marseille, ils posent les bases de la prise en charge des enfants handicapés, à une époque où rien n'existait. Lieu d'entraide et de solidarité entre parents, elle ouvre très vite ses propres centres d'hébergement mais aussi de travail adapté. À partir de 1975, différentes sections actives sur le département prennent leur autonomie. En 1984, la Chrysalide devient la Chrysalide Marseille. Ses 39 centres sont situés dans cette ville, dans quelques communes voisines et à Tallard (05).
Les experts de Technologia décrivent une "situation de crise aiguë", avec "un risque de suicide avéré" pour certains salariés. Sur 35 employés interrogés, 29 expriment de "l’insatisfaction", voire du "mal-être" ou de la "souffrance", concernant "l’ambiance relationnelle" au sein de l’association.
Figure du milieu du handicap, M. V. est lui-même le fils d’une des fondatrices de l’association. Comme beaucoup d’autres employés, il y a fait toute sa carrière. Une partie des cadres de la Chrysalide sont d’ailleurs ses amis. Mais la manière qu’il a eu d’exercer ses fonctions semble avoir provoqué de grandes souffrances chez certains de ses collaborateurs.
Autoritarisme et crise de larmes
L’ancien directeur pouvait par exemple se moquer "ouvertement et publiquement d’un collaborateur" ou "rappeler son pouvoir de faire et défaire les carrières au sein de l’association" témoignent ainsi des salariés interrogés par le cabinet Technologia. "Il pouvait arriver comme cela, sans crier gare, brutalement, et vous engueuler pour une chose que vous aviez faite ou pas faite, sans même chercher à connaître la situation", raconte également une employée. Des comportements décrits comme "difficiles à vivre", suscitant un état d'incertitude ou de peur chez ses subordonnés.
Plusieurs salariés ont pleuré lors des entretiens menés par les consultants, dit le rapport. D’autres ont raconté avoir vu des responsables en grande difficulté, exprimant un état d’"épuisement" et cédant à des "crises de larmes" dans les bureaux, en raison des manières de dire ou de faire de M. V..
“Un jour, alors que l’on était plusieurs à déjeuner avec lui, il a . . .
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