Un musée des cités s’esquisse à Air-Bel

Échappée
le 12 Juin 2021
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L'association Muses urbaines travaille depuis plusieurs années à préserver et documenter la mémoire des cités populaires - de Marseille et d'ailleurs - depuis les années 50. Avec, à terme, l'objectif d'ouvrir un espace muséal dédié.

Construite en 1972, la cité Air Bel compte 1200 logements sociaux. (Photo D.R.)
Construite en 1972, la cité Air Bel compte 1200 logements sociaux. (Photo D.R.)

Construite en 1972, la cité Air Bel compte 1200 logements sociaux. (Photo D.R.)

C’est notre histoire commune que l’on veut documenter. Une histoire typiquement marseillaise, mais qui dépasse aussi largement ses frontières.” Le nez au ras d’un verre de Perrier, Zaher Idri parle avec volubilité et passion. Cet employé d’un bailleur social local – après avoir été artisan et intermittent du spectacle – déroule le projet qui lui tient à cœur depuis une dizaine d’années : la création, à Marseille, d’un musée des grands ensembles. Le MUSC, pour Musée urbain, social et citoyen.

Cet espace hybride – lieu muséal, centre de ressource et d’expérimentation… – devrait éclore à Air-Bel et traitera de l’histoire et de la mémoire des cités, des années 50 à aujourd’hui : “Sous toutes leurs formes, du point de vue architectural, de l’évolution urbaine, sociologique…“, résume Zaher Idri, membre fondateur de l’association les Muses Urbaines qui élabore notamment le projet. “Il s’agit de redonner une place à la culture populaire” qui s’est, rappelle le travailleur social, construite au gré des flux migratoires portugais, italien, espagnol, maghrébin, africain, océanien, balkanique…

De Varian Fry aux quartiers ghettos

Le musée trouvera sa place au sein d’un tiers-lieu permanent porté en partenariat avec l’association Villa Air Bel. “Au départ, il y a l’histoire singulière d’un quartier, celui d’Air-Bel, et plus précisément des événements qui s’y sont déroulés au cours de la Seconde Guerre mondiale”, synthétise la note d’intention de l’association. Le quartier a servi de refuge à de nombreux artistes européens et d’intellectuels dont la vie était menacée par la politique fasciste du IIIe Reich et le Régime de Vichy.

Varian Fry, journaliste américain, loue là une bastide pour les héberger, la Villa Air Bel, soutenu par de nombreux mécènes dont la collectionneuse Peggy Guggenheim. Sa mission est alors de proposer à ces artistes un visa pour les États-Unis. “Ce ne sont pas encore les grands ensembles, sourit Zaher Idri. Mais déjà le quartier porte le militantisme, le combat pour la liberté et la résistance contre la discrimination.”

Autour d’Yves Doazan, le président de l’association et ingénieur de recherche émérite du CNRS, ou de Philippe Foulquié, fondateur et ancien directeur de la Friche La Belle de Mai, Les Muses urbaines agrègent un comité scientifique qui réunit aussi bien les Musées de la Ville de Marseille que le sociologue Michel Péraldi.

Ce dernier voit ce musée futur comme “un lieu à la fois artistique, convivial et mémoriel”. Yves Doazan, lui, veut construire “un projet vivant qui se nourrit de l’histoire en continu” autour d’une interrogation “Comment pense-t-on que l’histoire contemporaine s’inscrit dans la mémoire ?” Question qui prend évidemment tout son sens à Marseille, mais que les Muses urbaines veulent étendre à toutes les cités en France.

D’un point de vue simplement architectural ces cités sont aussi des cités radieuses.

Zaher Idri

Les membres de la structure tendent volontiers un parallèle avec la Cité radieuse de Le Corbusier. “On a patrimonialisé à juste titre la Maison du fada. Mais d’autres formes de logements sociaux le méritent tout autant. Il y a un inventaire à faire des sites remarquables”, prolonge le sociologue. De fait, La Maurelette (15e), La Viste (15e), Les Rosiers (14e), Les Platanes (14e) ou Bois-Lemaitre (11e) figurent parmi la liste des ensembles labellisés Architecture contemporaine remarquable. “Mais qui le sait ?, interroge Zaher Idri. D’un point de vue simplement architectural ces cités sont aussi des cités radieuses.”

L’espace muséal imaginé par les Muses urbaines retracera notamment les évolutions d’un appartement témoin originel pour en cerner ses transformations successives. “Il est essentiel de garder la trace des usages des habitants, la diversité de ce qui a été vécu là”, précise Michel Péraldi, emballé. “Un lieu comme celui-là permettrait d’éviter la folklorisation autant que la stigmatisation.” Il pointe un oubli de ces quartiers “dont on a une vision caricaturale”,  sur lesquels on nourrit “préjugés et méconnaissance”. Or la somme d’histoires individuelles et singulières vécues dans les cités marseillaises fait évidemment “histoire commune” aux yeux du chercheur.

Mémoire anémiée

L’initiative s’inscrit en partie dans le projet de rénovation urbaine d’Air-Bel. Dédale d’immeubles poussés comme des champignons dans le 11e arrondissement en 1972. Une des plus grosses cités de la ville avec ses 1 200 logements sociaux gérés par les bailleurs Unicil, Logirem et Erilia.

La mémoire des habitants de l’habitat social et des travailleurs sociaux, elle, est anémiée. Or, ça, c’est une des conditions du recommencement des erreurs.

Michel Péraldi

Le lieu, aussi, veut se faire le réceptacle des actions sociales qui ont ponctué les 60 dernières années, à Marseille comme ailleurs. “Cet espace doit être une manière d’interpeller les institutions qui œuvrent dans les quartiers. Elles y font souvent du bricolage, du saupoudrage, de petits gestes approximatifs, pique Michel Péraldi. La mémoire des habitants de l’habitat social et des travailleurs sociaux, elle, est anémiée. Or, ça, c’est une des conditions du recommencement des erreurs. C’est pour cela que je participe à ce projet.”

Zaher Idri abonde. Chaque rénovation urbaine dans une cité de la ville – si elle peut apporter du mieux en termes de cadre de vie aux habitants – abat, aussi, des pans d’histoires individuelles. Lui-même natif des Flamants (14e) a vécu cela, lorsque l’appartement dans lequel il est né a été détruit. Devant son verre, le quadra en est encore ému : “Dans les logements qui allaient tomber les gens avaient tagué les prénoms et les dates de naissance de leurs enfants. Comme ailleurs ces quartiers sont des chapitres de vie qui s’effacent…”

Les porteurs du MUSC rêvent donc d’élaborer un site mémoriel “de l’action sociale, des dispositifs, des processus, des militances” autant qu’un outil pour “appréhender demain”.  Yves Doazan décrit un site aux vocations multiples où se croiseront expérimentations artistiques, scientifiques, pédagogiques dont les habitants seraient les premiers acteurs. “Il ne s’agit pas de regarder le grand ensemble comme un objet. Ce musée, c’est un moyen de transformer la cité avec les habitants et de transformer le regard que l’on a sur les lieux et sur leurs résidents”, glisse l’ex-ingénieur de recherche.

En attendant que le site muséal émerge, l’association Les Muses urbaines pilote des opérations de sensibilisation à la mémoire avec les habitants. Comme ici la réalisation d’une fresque autour de la liberté avec les écoliers du quartier. (Photo D.R.)

Axes mémoriels et ethnologiques

Pour l’heure – celle de la préfiguration du lieu – les initiateurs ont déjà réussi à fédérer de nombreux interlocuteurs institutionnels autour du projet. La maison des architectes, l’école des Beaux-Arts, mais aussi les bailleurs, la Ville, la métropole, posent un œil bienveillant sur ces espaces futurs. Plusieurs élus de la nouvelle majorité municipale ont rencontré les membres des Muses urbaines. “C’est un projet dont l’approche est particulièrement intéressante, notamment dans le fait qu’elle octroie aux habitants une place importante dans la conception et la réalisation de ce musée”, confirme Marie Batoux, adjointe au maire chargée de l’éducation populaire.

“Cette mémoire ne fait pas formellement partie de la mémoire officielle. Pourtant, elle structure l’histoire de notre ville. Un musée des grands ensembles serait évidemment une manière de raconter les visages de cette Marseille populaire”, dit-elle encore. La Ville de Marseille se dit attentive à ce projet qui va s’élaborant. “Cela nous semble opportun à Air-Bel sur deux axes : mémoriel avec Varian Fry et ethnologique sur l’habitat collectif”, y indique-t-on.

Week-ends à Air-Bel

L’inauguration du MUSC n’est pas pour tout de suite. Zaher Idri le sait, mais il veut croire que l’espace muséal qu’il échafaude depuis 10 ans verra le jour “dans 5 à 10 ans”. D’ici-là, la structure occupe le terrain. Elle négocie avec les bailleurs pour obtenir un espace transitoire pour organiser ses actions. Intervention d’un urbanisme et d’un graffeur, réalisation d’une fresque sur la mémoire et la liberté avec les enfants de l’école, travail de sensibilisation à l’histoire de la Villa Air-Bel…

À compter de septembre, les Muses urbaines vont organiser des “week-ends à Air-Bel”. Des rendez-vous thématiques : balades urbaines, conférences sur la mémoire, ateliers culinaires pour créer “plus grand repas du monde” baptisé Air Babel l’an prochain… “Tout est bon, aussi, pour rééquilibrer l’offre culturelle et sortir ces quartiers de leur isolement”, conclut Zaher Idri.

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Commentaires

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  1. Pussaloreille Pussaloreille

    Merci de nous informer de ce projet où l’on voit toute l’intelligence et l’énergie dont Marseille est capable… Indépendamment de ses lassantes turpitudes. Ça réconforte !

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Très chouette projet ! Ces cités ont une histoire, et l’histoire de ces cités fait partie de la grande Histoire.

    Les premiers habitants ont finalement changé de lieu et de niveau de vie, reste les souvenirs d’enfance ; les suivants ont été petits à petits marginalisés socialement, isolés, stigmatisés. La mémoire de tous ces habitants est aujourd’hui elle aussi marginalisée, négligée.

    Alors que de nombreux marseillais ont une histoire familiale qui passe par l’une ou l’autre de ces cités.

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  3. Pierre12 Pierre12

    Projet sympas. En parlant de musée, la nouvelle municipalité, Monsieur COPPOLA, devrait se donner les moyens de rouvrir ceux qu’elle a fermé ces derniers jours faute de personnel…si elle ne veut pas que tous les touristes aillent dans les calanques cet été.

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    • Alceste. Alceste.

      Oui projet trés sympa en effet , cela permettra aux enfants de Lacordaire , de Provence , de Notre Dame de Sion , de Notre Dame de France etc , de faire des excursions dans ce musée , pour découvrir la vie et l’histoire des quartiers nord et autres lieux défavorisés. Autre projet sympa aussi , ce projet en cours et qui est une réalisation , d’amener les “minots” au Mucem en bus , mais pas que . Après l’état des musées marseillais et de leurs gardiens , vous pouvez remercier 25 années d’abandon des duétistes Gaudin et Rué , vous pensez que ce sont les directeurs et les conservateurs qui dirigent ? Faux c’est FO.
      Alors face cette véritable maison de santé que sont devenus les musées marseillais , vous pouvez dire merci Jean Clôôôôôde et Pâââââââtrick Rué.

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  4. julijo julijo

    fermeture intempestive !! c’est le mot. très friand de balades entre le mucem, la vieille charité, longchamp….je me suis, trop souvent, déplacé pour rien….
    j’aime l’idée de ce “MUSC” et j’ai hâte de participer (en voisin) aux week end à Air Bel.
    d’autant que dans mon arrondissement, le 12e, la mairie de secteur 11-12 dirigée par les champions des procurations, n’est pas un pôle “culturel” reconnu.
    très chouette initiative. j’attends des nouvelles à la rentrée.

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  5. Pierre12 Pierre12

    « quasiment tout l’effectif étant placé en autorisation spéciale d’absence, étant des personnes vulnérables au Covid-19 »…je ne vous explique même pas la bande de fainéant.

    Le vaccin ils connaissent ou ça leur plaît bien d’être considéré comme « personne vulnérable » ?

    Ils n’ont pas travaillé pendant un an, ils ne veulent plus reprendre….quand ils devront reprendre, vous verrez qu’ils feront valoir leurs congés non pris.

    Sinon, l’excuse gaudin ça va un temps, dans 2 ans vous me la sortirez encore ?
    Le pm qui avait l’an dernier une solution à tout, là ils n’ont pas de solution apparemment.

    Vous qui êtes des intimes apparemment, proposez leur d’embaucher des étudiants pendant l’été, ils seront ravis, c’est pas comme si depuis des mois ils n’avaient pas pu anticiper la situation.

    Ils peuvent aussi trouver une vingtaine d’agents dans les 12.000 que compte la ville. Et dire que certains les défendent encore.
    Ca en est pathétique !!!

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    • Alceste. Alceste.

      Je ne suis pas du tout intime, simplement je rends à César ce qui appartient à César.
      Ce “merdier” municipal est la résultante de la gaudinie et de ses amitiés incestueuses avec FO, Si effectivement vous n’arrivez pas à l’admettre,vous avez un sacré problème.Alors ,laissez une paire d’années aux gens en place et si rien ne bouge , vous aurez le plaisir ou le déplaisir de me lire à ce sujet.
      Après si vous ne trouvez rien redire à l’action et aux pratiquesde l’ancienne municipalité , se pose la question de votre intérêt personnel à ne pas le faire.Et là ce n’est plus une question de de débats ou d’échanges.

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  6. Foulquie Foulquie

    Merci à la journaliste pour la précision de son article.
    Un modèle de ce que devraient faire des collègues d’institutions informatives pas forcément plus performantes mais beaucoup moins curieuses et respectueuses de leurs objets.

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  7. Nath Nath

    Ce projet est très excitant…je suis guide conférencière à Marseille. J’ai des groupes d’architectes notamment germanophones qui viennent et s’intéressent au “cas Marseille ” . Je serais heureuse de pouvoir les emmener dans un tel lieu….d’ici là je serai à la retraite mais je viendrai voir.

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