Un an après le drame de la rue d’Aubagne, Jean-Claude Gaudin est toujours debout

Actualité
le 5 Nov 2019
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Un an après l'effondrement de trois immeubles à Noailles, la ligne du maire de Marseille n'a pas changé : il ne regrette rien de ses choix politiques.

Ils n’étaient pas si nombreux à vouloir s’afficher à ses côtés il y a un an. Ce lundi, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin a tenu une conférence de presse entouré de six membres de la majorité municipale. À la veille du premier anniversaire du drame de la rue d’Aubagne, l’homme n’avait pas grand chose de nouveau à dire sur le fond. Il n’est toujours pas question de s’excuser, comme avait pu le faire le sénateur LR Bruno Gilles, devenu plutôt critique du bilan Gaudin depuis qu’il est candidat à la mairie de Marseille.

Seule la commémoration – des drapeaux en berne, une minute de silence en mairie en présence de représentants des cultes, une plaque dédiée aux huit victimes et une adresse au personnel mobilisé – est annoncée pour ce 5 novembre 2019. Mais la conférence de presse a aussi pour but de montrer aux habitants, aux opposants surtout, que le maire est bien là. Toujours dans son fauteuil alors qu’au plus fort des manifestations contre l’habitat indigne, jusqu’à 12000 personnes se déplaçaient aux cris de « Gaudin assassin ! » et « Gaudin démission ». « Je l’ai compris même si j’ai trouvé cela excessif. »

Un an après, les barrières qui corsètent l’hôtel de ville rappellent que la colère n’est pas dissipée, dirigée vers le maire sortant. Une nouvelle marche aura d’ailleurs lieu samedi 9 novembre à l’appel de plusieurs associations et collectifs. Mais Jean-Claude Gaudin, un an après, est toujours là, faisant mentir leurs slogans.

Le nom des victimes prononcé en début de discours

Sur le départ en mars prochain, Jean-Claude Gaudin a certes pris le temps d’arrondir légèrement les angles. Pour se détacher de sa communication initiale marquée par la froideur, il insiste désormais sur sa douleur, répétant à l’envi être « hanté par les victimes », des habitants disparus du 65, rue d’Aubagne dont il prononce le nom à l’entame de son discours face à une presse venue nombreuse. « C’est quelque chose auquel je pense tous les jours. »

Il admet tout de même que « la colère » est profonde. Ce 5 novembre, il ne se rendra pas rue d’Aubagne. « Je ne crois pas que ma présence soit souhaitée », euphémise-t-il. Mais il trouve ce qui lui arrive globalement injuste : « Pensez ce que j’ai vécu depuis un an. J’ai tout supporté », lâche-t-il, précisant un peu plus tard que les adresses directes ne lui ont « pas fait plaisir ».

Si Jean-Claude Gaudin « assume totalement » le drame, c’est bien parce que le peuple imagine le maire « par nature responsable de tout dans une ville » mais surtout pas parce que sa politique serait en cause. Toute question sur la responsabilité est renvoyée « à l’enquête de la justice qui est en cours », qu’il s’agisse de l’information judiciaire sur les effondrements ou les élus marchands de sommeil de sa majorité, Thierry Santelli et André Malrait, toujours son adjoint au patrimoine.

« Injuste de dire qu’on n’a rien fait »

Quant au bilan, il est là encore assumé : « C’est injuste de dire qu’on n’a jamais rien fait. Bien sûr qu’il reste beaucoup à faire, et si le pouvoir législatif arrive à faire que ce soit plus rapide, alors on agira mieux contre les marchands de sommeil. » Relancé sur ses priorités politiques, il déroule : « J’ai le sentiment d’avoir fait ce que j’ai pu. La deuxième ville de France se doit d’avoir un stade. Il y a 50 000 personnes qui viennent voir les matches ou les concerts au stade Vélodrome. Oui, je suis fier d’avoir construit le stade Vélodrome, d’avoir rénové le Silo, d’avoir fait le Palais de la glace et de la glisse. »

Quand la question se fait plus précise sur les révélations de l’enquête commune MarsactuMediapartle RaviLa Marseillaise « La grande vacance », il estime que les 51 taudis propriétés de la Ville sont à mettre en regard « avec les 3000 propriétés municipales » et « la complexité des procédures ». Plus généralement, il ajoute : « Vous ne pouvez pas me demander de ne pas augmenter les impôts, de faire le maximum pour les écoles, de faire la vie culturelle, de tout faire et en même temps dire que nous prenons du retard sur les logements. »

Le discours est en réalité calqué sur celui prononcé il y a un an, comme si rien n’avait réellement fait vaciller celui qui dirige la ville depuis 24 ans. L’explication est politicienne, Jean-Claude Gaudin ne se sent pas plus que cela menacé. Dans son camp, on indique que les sondages de popularité du maire « restent bons ». On constate aussi avec une certaine satisfaction les divisions intestines d’une gauche qui a fait de ce drame un symbole mobilisateur. La favorite de la droite, Martine Vassal, ne se distingue pas de son mentor, alors qu’elle vise pour les municipales l’investiture du parti Les Républicains auquel ils appartiennent tous deux. « Le temps ne doit pas être aux débats électoraux et encore moins à la joute partisane. Le temps est au souvenir, au respect de la mémoire des défunts et à la réflexion collective pour ne plus jamais vivre ces heures noires, qui ont définitivement marqué l’histoire de notre ville », écrit-elle dans un communiqué où elle annonce qu’elle suspend sa campagne. Cela lui évite aussi d’avoir à se livrer à la critique ou à la défense du bilan Gaudin.

Jean-Claude Gaudin l’affirme : « la crise de la rue d’Aubagne elle-même est résorbée ». Il chiffre à « une quinzaine de personnes » les habitants qui n’ont toujours pas retrouvé de logement un an après le drame. Une version qui a agacé les associations mobilisées. « On a une mairie qui n’a pas pris la mesure de la crise dans laquelle on est plongé depuis un an, a réagi par la suite Martin Lefebvre, du collectif du 5-novembre. Le personnel politique ne s’est pas montré à la hauteur de ce que l’on attendait d’eux. »

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Commentaires

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  1. Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

    Finalement, ni les élus locaux ne sont à la hauteurs des enjeux locaux de la LHI mais j’aurais tendance à penser que l’état rate une opportunité historique de remettre Marseille dans la normalité nationale avec une égalité d’accès au droit et surtout un potentiel de développement remis à jour. Mais Marseille c’est trop compliqué, alors on la laisse aux elus….

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    • Caroline Caroline

      Toujours debout et droit dans ses bottes…

      Quelle honte.

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Elu indigne jusqu au bout… l’âge n est pas une excuse.
    Martine Vassal, elle, pense stratégie politique, avant tout, rien d autre.
    Aucune empathie envers les victimes et aucun acte à la hauteur du drame.
    Ils ne peuvent pas rester au pouvoir, aucun des membres de cette équipe.
    Nous devons les faire déguerpir. Ils sont incompétents et indignes. Ya basta.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Ce type est plein de certitudes , il persiste et signe.
    Un année après le » couronnement  » de son œuvre si j’ose dire avec ce drame de la rue d’Aubagne , notre certitude est faite aussi à son égard et à ceux qui l’accompagnent. Ces gens hors mis le fait qu’ils soient incapables , sont humainement odieux. Odieux par le manque d’humanité, odieux par les choix de vie imposés à une très partie de la population marseillaise, odieux par le fait de se de servir et de servir les copains.
    Cette équipe est indigne de diriger cette ville . Ville qui a sans doute beaucoup de défauts , ville dont les habitants sont quelquefois surprenants dans le bon et le mauvais sens , mais ville qui mérite enfin des dirigeants dont le principal soucis n’est pas de profiter à leur seul profit.
    Osons parier qu’enfin les marseillais vont faire ce qu’il faut.

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  4. Opiniatre Opiniatre

    Je vous le vend comme ca : 1er janvier 2020, Vassal et Gilles n’arrivant pas à se mettre d’accord, Gaudin décide de « se dévouer » et se déclare finalement candidat avec l’appui de Macron. Pire, il est probablement réélu.

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  5. Electeur du 8e Electeur du 8e

    « Le discours est en réalité calqué sur celui prononcé il y a un an » : tout est dit dans une seule phrase. Ce type est trop âgé pour se remettre en cause, il n’est plus capable que de se répéter. Se dire « fier d’avoir construit le stade Vélodrome, d’avoir rénové le Silo, d’avoir fait le Palais de la glace et de la glisse » quand tant d’équipements essentiels manquent ou sont en ruine dans cette ville (à commencer par les écoles), mais quelle horreur !

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  6. David David

    Ce matinée je trouve un tract avec le logo du CG dans ma boîte « un an après, la région se souvient ». Manquerait plus que la binette à la candidate qu’on voit partout en ce moment, pour que la dégueulasserie soit complète.

    Une telle récupération, ça n’est plus seulement indécent, c’est juste insupportable. Gaudin fut élu avec 20% des voix du corps électoral marseillais, comme macron. Et ce seront les mêmes privilégiés, qui jamais de leur vie ne mettront ne serait-ce qu’un pied dans la rue d’aubagne et alentours, qui permettront à son(sa ?) successeur(e) de continuer à faire semblant de résoudre les problèmes. Tout en continuant d’arroser les petits copains comme avant…

    Seuls les 20% de privilégiés qui VOTENT dans cette ville, décident du sort des 80% restants.. Ces derniers sont trop occupés à ramer pour essayer de s’en sortir, et sont, de fait, exclus de cette fausse démocratie. Il faut que les choses changent : qui, du côté des force authentiquement progressistes, pourrait faire relever la tête de ces 80%?

    La réponse est contenue dans la question : comme au niveau national, l’espoir semble manquer, et l’on a les élus que l’on mérite… Jusqu’à quand les gens supporteront-ils cela ? Les morts de la rue d’aubagne ne serviront-ils à rien ?

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  7. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Errare humanum est, perseverare diabolicum L’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique ».Notre bon maire bien qu’ habitué du Vatican et des décorations pontificales a perdu son latin

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  8. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Ne soyons pas surpris Depuis 25 ans Marseille est la vitrine du « laisser-faire » libéral La « vile maxime » selon Adam Smith des ultra riche, « Tout pour nous, rien pour les autres », inspire la municipalité« républicaine »(sic) dirigée par Gaudin, qui « gère’ » la deuxième ville de France. Celui-ci est un farouche, pourfendeur du « socialisme » avec qui il faisait pourtant bon ménage à l’époque de Gaston Defferre. Autre spécificité marseillaise Gaudin a gaspillé allègrement l’argent des contribuables avec le grand stade, la patinoire, le pavement du Vieux-Port, le tramway redondant avec le métro etc. Pourtant ce n’étaient pas des priorités à la différence de l’habitat indigne, des écoles communales dégradées, des transports en commun défaillants. Ce parangon la décentralisation n’hésite jamais à tendre la sébile à l’État, qu’il n’hésite pas à rendre coupable de tous ses malheurs.
    Habitat indigne, écoles communales dégradées, transports en commun, équipements sportifs et culturels notamment dans les quartiers populaires, tels devraient être les priorités d’un programme d’une union des gauches marseillaises. Malheureusement on a souvent l’impression que les débats à gauche se limitent à faire violence aux diptères, et à des querelles de personnes. Quant à la droite avec le syndicat des employés municipaux, dont Gaudin est membre honoraire, elle dispose d’une réserve de voix incontournable.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Quel sens devons nous donner au mot syndicat dans votre propos ?

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  9. CAT13 CAT13

    Le clientélisme prospère dans cette ville populaire où ces élus sans scrupules utilisent des pauvres gens comme socle électoral en échange de services rendus, FO en est la partie la plus visible.
    Les dés sont pipés à chaque élection, on a l’impression qu’on ne se sortira jamais de cette nasse.

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