Thon rouge : des pêcheurs marseillais dans les filets de la justice

À la une
le 7 Nov 2011
2

Navires battant pavillon italien ou lybien, fermes d’engraissement espagnoles, conglomérats japonais : le thon rouge est une affaire internationale où les enjeux se chiffrent en millions d’euros. Et si l’on suit la ligne de défense de Mourad Kahoul, président du comité des pêches de Marseille, les professionnels locaux seraient victimes des quotas qui frappent indistinctement les captures de cette espèce au lieu de se concentrer sur la pêche illégale. Si elle ne mettent pas en doute l’honnêteté de la profession locale dans son ensemble, deux affaires jugées récemment à Marseille viennent contredire un brin ce renvoi de la responsabilité aux « autres ».

Filets interdits

Le 31 octobre, deux pêcheurs marseillais ont été condamnés à 5000 et 3000 euros d’amende pour avoir pêché 700 kilos de thon rouge avec des filets dérivants (soit un peu plus de 11€/kg d’amende, autrement dit une paille…). Ces engins de pêche sont interdits par l’Europe depuis 2002, notamment pour les prises dites « accessoires » qu’ils occasionnent : baleines, tortues de mer, dauphins, requins… La France a d’ailleurs été condamnée en 2009 par la Cour de justice de l’Union européenne pour avoir voulu exclure de l’interdiction un type particulier de filets (la « thonaille ») et mise la même année (avant d’en être retirée deux ans plus tard, l’Italie y restant elle) sur la liste INN (pêche illégale, non déclarée, non contrôlée) par les États-Unis pour son laxisme en la matière.

Visiblement les contrôles s’améliorent, et ce malgré l’ingéniosité de certains. Les deux patrons pêcheurs condamnés l’ont en effet aussi été pour transbordement. « Notre interprétation, comme il y avait des filets dérivants sur un des bateaux et pas sur l’autre, est qu’ils essayaient de faire passer les thons sur le second » pour paraître en règle en cas de contrôle, commente Nathalie De Stephano, directrice de l’Union régionale vie et nature (URVN), partie civile aux côtés de sa fédération nationale France Nature Environnement.

Une condamnation qui n’est pas une première à Marseille, souligne-t-elle, l’un des pêcheurs étant même « récidiviste » puisque déjà inquiété en mars 2010. Dans les archives récentes, on retrouve également en 2008 une affaire de pêche à la thonaille. « Nous avons des rencontres régulières avec le procureur car dans les Bouches-du-Rhône il y a beaucoup de pratiques illégales en matière de pêche (comme de chasse d’ailleurs) », poursuit-elle. Ajoutant que cela ne concerne « pas que le thon rouge, avec par exemple de la pêche à l’intérieur de la zone des trois milles, qui est très riche en poissons ».

La pêche artisanale aussi…

Dans l’autre affaire marseillaise, jugée elle le 6 octobre, un artisan a été condamné pour avoir cette fois-ci pêché deux tonnes à la palangre hors de la période autorisée. Sur le journal de pêche, par ailleurs non transmis dans le délai légal de 48 heures, il avait marqué  « canne », un autre type de pêche qu’il pratique également. Lui aussi était déjà sous le coup d’une condamnation en 2009 « pour avoir débarqué du thon rouge en dehors d’un port habilité » expliquait La Provence en septembre, précisant qu’il plaidait « avoir péché par ignorance ».

Paradoxe : la palangre et la canne sont justement les pêches traditionnelles méditerranéennes que les ONG comme Greenpeace ou WWF disent, pour bien préciser qu’elles ne sont pas opposées à tout, vouloir privilégier au détriment des senneurs qui ramassent 250 tonnes en une prise. « C’est sûr que ce ne sont pas des gros pêcheurs industriels mais des petits bateaux côtiers d’une dizaine de mètres. Mais il faut tout de même respecter la réglementation, car à côté il y a des pêcheurs artisanaux qui eux le font et cela crée un dumping », nuance Nathalie Di Stephano. Reste qu’indifférenciée une réglementation trop complexe peut se transformer en menace lorsqu’elle rend nécessaire une certaine taille critique pour suivre le rythme…

Mourad Kahoul et Michel Pezet, avocat de certains condamnés, n’ont pour l’instant pas donné suite à notre demande d’entretien

Un lien Le thon rouge victime de l’appât du gain, sur Marsactu

Un lien Des navires « lybiannisés » à la comm’ des ONG, plongée dans la filière avec Trésor rouge, un livre très documenté

Un lien Et l’interview sur Marsactu de son auteur, pour qui « Maurad Kahoul n’est pas forcément l’image que veulent dégager les pêcheurs ». Ouf...

Un lien On respire un peu, avec le diaporama des clichés primés du Festival mondial de l’image sous-marine 2011

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Jojomigrateur Jojomigrateur

    Pour compléter le tableau, il ne fallait pas manquer le reportage et les images extraordinaires sur la pêche au thon au large de la Sicile présenté lors de la soirée d’ouverture du dernier festival mondial de l’image sous-marine à Marseille… J’ignore si on peut le retrouver quelque part sur internet…

    Signaler
  2. titoune titoune

    Un boulot non générateur de magouilles à cause de l’appât du gain,ça existe aujourd’hui?
    Mis à part les fraudes ,les vols, les trafics, les violences,les mensonges ,les fausses
    promesses,les assassinats comme cette gosse de huit ans hier,etc,etc,voyons,,,,heu…..
    Allez zou,un petit quelque chose juste pour sourrire un poil!!!!! Ah,zut,on peut pas,il y a
    bientôt la ceinture à serrer!…..C’est quoi l’endroit où on va????.

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire