Tandis que le marché aux puces prépare sa mue, ses commerçants se tournent vers la justice

Actualité
le 18 Nov 2019
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Euroméditerranée et le propriétaire du marché aux puces viennent de trouver un accord pour une rénovation majeure du lieu grâce à un financement de la Banque des territoires. Les commerçants, qui ne sont toujours pas informés des contours du projet, préparent des recours en justice.

Plan schematique du marché aux puces, réalisé par Marsactu suite à un travail de terrain mené les 4, 7, 11, 14 et 25 avril 2019
Le marché aux puces

Le marché aux puces

L'enjeu

Dénonçant l'absence d'investissement du propriétaire, les commerçants craignent de perdre encore en attractivité pendant les travaux. Des recours multiples sont en préparation.

Le contexte

Euroméditerranée construit un nouveau quartier dont le marché aux puces, propriété privée, est le cœur. À l'intérieur de celui-ci, les commerçants s'inquiètent pour leur avenir.

Les travaux sont censés débuter fin 2020. Dans un article paru la semaine dernière sur le site d’information Made in Marseille, on a appris qu’un accord venait d’être trouvé entre Euroméditerranée et le propriétaire du marché aux puces. Après des années de négociations dans l’ombre, l’aménageur public qui est en train de changer le visage du quartier annonce enfin avoir trouvé un terrain d’entente avec le coriace André Coudert. Ensemble, ils ont acté le principe d’une rénovation lourde du marché (lire notre radiographie de cette puissance économique informelle). Deux nouveaux opérateurs doivent ainsi entrer dans la boucle : la Banque des territoires, qui s’occupera du financement « pour la remise à plat de l’aménagement », et le groupe Constructa, ou plus précisément sa branche management chargée de « la mise au norme ».

« C’est du n’importe quoi !, s’agace-t-on du côté des commerçants. Nous avons échangé avec André Coudert et Constructa, et si certaines choses vont effectivement leur être confiées, cela ne nous concerne pas et n’a rien à voir avec la gestion commerciale de la halle alimentaire. » L’annonce de l’accord par Euroméditerranée mérite en effet quelques précisions. Qui fait quoi et où ? Le périmètre du projet et des missions de chacun est complexe.

Pour Constructa, une « mission de conseil »

« Nous avons fixé l’objet des négociations par une convention qui associe André Coudert, Euroméditerranée et la Banque des territoires pour une réflexion commune au sujet de la requalification du marché », confirme à Marsactu Laure-Agnès Caradec, présidente de l’établissement public. Dans ce cadre, André Coudert, qui reste propriétaire des lieux, doit tenir informé les signataires de ce document de ses efforts pour améliorer la situation du marché. « Nous avons forcé, ou plutôt encouragé le propriétaire, se reprend Laure-Agnès Caradec, pour qu’il rentre dans les règles d’hygiène et de sécurité. Nous ne pouvions pas laisser un tel contraste entre ce lieu et ce qu’il y a autour. »

Forcer ou encourager… L’aide de la Banque des territoires a sans conteste pesé dans la balance : le projet est évalué entre 8 et 10 millions d’euros. André Coudert doit ainsi présenter un plan de requalification d’ici à la fin de l’année, espère la présidente d’Euroméditerranée. L’architecte Renaud Tarrazzi, de l’agence mastodonte MAP, travaille pour lui en ce sens.

Constructa Asset management ne fait en revanche pas directement partie de cet accord avec l’aménageur public. « Je n’ai rien signé avec Euroméditerranée, rectifie Sandra Challinet, directrice du porte-feuille de Constructa Asset management. J’ai seulement une mission de conseil auprès d’André Coudert sur le positionnement général du marché dans le quartier et sur la commercialisation de petits espaces. » Constructa Asset Management prépare ainsi business plan et études marketing. Et si l’ancienne directrice des Terrasses du port, également passée par les Docks, refuse d’en dire plus, du côté de la Madrague-Ville on a quelques idées sur l’emplacement de ces « petits espaces ».

« Plus besoin d’exproprier »

Les commerçants interrogés pointent « la troisième halle où il y a la mosquée », les anciennes boutiques du boucher Slimani, qui a plié bagage il y a peu et l’extrémité ouest de la halle alimentaire, où « une placette » serait envisagée. « Pas la mosquée ! », ne peut s’empêcher de réagir Sandra Challinet, avant de renvoyer vers André Coudert. Contacté, celui-ci n’a pas rappelé Marsactu.

Après une première expropriation sur la partie Nord, côté Lidl, Euroméditerranée assure qu’il n’aura plus besoin de recourir à ce moyen contraignant avec le propriétaire plutôt réticent à entreprendre des travaux jusqu’ici. « Le fils de monsieur Coudert est aujourd’hui investi et nous avons désormais un soutien financier, se félicite Laure-Agnès Caradec. Le dossier est suffisamment musclé pour que nous n’ayons plus recours à l’expropriation. » Quant à la durée des travaux, « il est trop tôt pour le dire », conclut la présidente d’Euromed. En attendant, les commerçants eux, ont toujours le sentiment d’être le dindon de la farce.

« Où est passé l’argent des charges ? »

Une fois de plus, ça montre que l’on ne nous tient jamais informés.

Le président de l’association des commerçants

« J’ai lu l’article de Made in Marseille et une fois de plus, ça montre que l’on ne nous tient jamais informés », déplore Karim Habi, le président de l’association des commerçants. Depuis plusieurs semaines, l’association collabore avec un cabinet d’avocat, afin de préparer des recours. Ces actions en justice ne visent pas directement le projet en cours, mais y sont fortement liées. Il s’agit de recours contentieux s’appuyant sur l’obligation de sécurité et d’hygiène de la part du propriétaire mais aussi de recours à l’amiable autour du renouvellement des baux.

« Notre action devient encore plus urgente. Les travaux doivent commencer fin 2020, mais quand finiront-ils ? On sait très bien que les travaux ont un impact importants sur la commercialité, défend Frédéric Pourrière, avocat engagé par l’association des commerçants. Aujourd’hui, le marché n’est pas en état et la commercialité va être encore réduite. Plusieurs commerçants vont donc demander devant la justice pourquoi le marché est dans cet état alors qu’ils payent des charges pour les parties communes pouvant aller jusqu’à 4 ou 500 euros par mois. »

Révision des loyers et indemnisation

Lors d’une récente réunion en présence des commerçants et du propriétaire, André Coudert aurait informé ces derniers qu’il ne comptait pas baisser les loyers pendant les travaux, mais les augmenter après. « Une façon d’épurer les locataires ? Le juge des loyers devra évaluer avec les éléments de commercialité changés, et les nuisances déjà en cours. Ensuite, nous demanderons le remboursement des charges qui pourra aller jusqu’à 20 000 euros », poursuit l’avocat.

Tandis que Sandra Chalinet assurait à Made in Marseille que « tous les commerçants actuels resteront », Laure-Agnès Caradec promet de son côté une réunion prochaine pour les tenir informés. Pas de quoi les rassurer pour autant, comme en témoigne Bernadette Sneider, la vice-présidente de l’association des commerçants : « Notre seul interlocuteur possible pour le moment est Coudert, même si nous aimerions qu’il y ait une tierce personne. Tous ces gens ne parlent qu’entre eux. Coudert est chez lui mais sa politique de communication est catastrophique. Quant à Euroméditerranée, c’est une grosse machine qui n’a aucune humanité ». Une grosse machine qui s’infiltre progressivement dans ce poumon économique des quartiers nord.

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Commentaires

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  1. Philippe Lamotte Philippe Lamotte

    Les Coudert, Caradec, Vassal, Gaudin and Co refusent de comprendre que les Puces sont LE marché des pauvres de Marseille et que ses pauvres se moquent bien de tous leurs arrangements en clientélisme, en népotisme, en favoritisme, en concussion et en prévarication.

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  2. Dark Vador Dark Vador

    La « gentrification » de ce quartier se fait à marche forcée, ce que la municipalité n’a pas pu faire en centre-ville (rue d’Aubagne) où elle a laissée pourrir la situation et l’habitat, pensant que la « sélection » se ferait « naturellement »…

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  3. Pascal L Pascal L

    Moi je me suis toujours demandé : les trafiquants de cigarettes, ils paient une redevance à M. Coudert ? Sinon pourquoi il n’appelle jamais la police pour les faire partir ? Et pourquoi la police elle n’est jamais là ???
    Comme je l’ai déjà dit il semble que ce Mr Coudert est au commerce ce que les marchands de sommeil sont à l’habitat dégradé. On pourrait même penser que pour l’instant, son truc, c’est de faire monter les enchères pour s’en mettre encore plus dans les poches.
    En réponse au commentaire fait par le pseudo « Dark Vador » : je suis client environ deux fois par semaine de ce marché, j’y vais à pied et, quand même, j' »aimerais ne pas marcher dans les immondices, ne pas être obligé de marcher sur la route car aucun trottoir n’est praticable, ne pas être agressé perpétuellement par les klaxons, ne pas subir 15 jeunots qui veulent me refourguer des clopes. L’exotisme c’est sympa mais quand ça devient un boulet pour les riverains,ça l’est moins. Alors entre « gentrification » et « opération de salubrité minimale » il y a une paille.

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