Sylvie Goulard : "Les Français voient l'Europe comme la France en plus grand"
Sylvie Goulard : "Les Français voient l'Europe comme la France en plus grand"
Marsactu : faire campagne dans une circonscription immense en quelques semaines, est-ce le bon moyen de parler de l'Europe?
La question m'amuse toujours car ce ne sont pas les députés européens qui font la loi électorale. Vous devriez poser la question aux députés nationaux. Je prends le scrutin comme il est. Il a des avantages et des inconvénients. On a quand même l'avantage d'avoir un territoire. Le système n'est pas parfait mais il peut rapprocher les gens de l'Europe. Mais êtes-vous prêt à me suivre pendant toute la mandature ? Car la campagne a beau être courte, l'information ne peut pas se limiter aux élections. Si on rend bien compte de ce qui se passe au parlement - même pour le critiquer - on arrivera aux élections avec un autre état d'esprit.
Vous dites souvent qu'il n'y a pas de majorité au parlement au soir de l'élection. Est-ce pour cela que vous avez voté plus souvent comme les Verts ou les socialistes plutôt que comme vos partenaires de l'UMP ?
Je crois que la démocratie européenne est beaucoup plus adulte. Sans renier nos convictions, on essaie de se mettre d'accord en fonction du bien commun. Si elles sont portées par plus de monde, cela évite qu'elles soient défaites lors de la mandature suivante. Ce qui se passe en France est à ce titre assez puéril. Je ne considère pas que mes adversaires sont idiots parce qu'ils sont dans un autre parti, en tout cas les partis modérés : le parti populaire européen [auquel est affilié l'UMP, ndlr], le parti socialiste, les Verts et nous. Les gens comme Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan essaient de faire croire que c'est malsain. Ce n'est pas le cas. J'ai rencontré des pêcheurs à la Seyne qui m'ont dit qu'ils en avaient marre de voir que les élus d'une collectivité ne travaillent pas avec un autre parce qu'ils ne sont pas de la même couleur. Je suis très fière d'avoir fait partie d'un parlement qui a été capable de bâtir une forme de pont entre nous, peut-être plus que lors de la mandature précédente.
Concernant notre groupe nous avons plutôt voté avec le Parti populaire européen sur l'assainissement budgétaire, sur l'euro, la compétitivité... En revanche, sur les questions de discrimination, de pluralisme des médias ou de défense des libertés publiques nous avons voté avec la gauche. Pour mémoire, le premier ministre de Hongrie, Viktor Orban, fait partie du PPE. Avec les Verts, c'est un peu plus étrange vu de France. Au niveau européen, ils ont un positionnement plus libéral qu'en France où ils sont plus à gauche. Nous avons créé un groupe commun avec
la parachutée dans toute sa splendeur comme peillon, ils se souviennent qu’ils sont né à Marseille pour justifier leur parachutage
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Superbe interview, merci à Benoît Gilles. Je n’ai jamais appris autant de choses d’un seul coup sur le fonctionnement des institutions européennes. Nous en aurions d’autres des élus comme ça en région marseillaise, que ce serait bien ! Sylvie Goulard n’a pas non plus sa langue dans la poche, bien qu’elle s’exprime tout en finesse.
Question au passage, un nom se trouve dans la photo qui illustre l’article : Mariama Hassani. C’est la photographe ou quoi d’autre ?
Tout est intéressant, même si je reviens surtout à cette affaire des travailleurs étrangers mal payés qui viennent faire concurrence aux salariés français des entreprises du BTP, question qui reste d’ailleurs posée, ne serait-ce que pour avoir des informations un peu plus précises sur le sujet. Elles manquaient dans les articles de Marsactu.
Sylvie Goulard apporte des éclairages auxquels nous ne pensions pas, tellement nous sommes autocentrés. « Il y a entre 150 et 200 000 Français qui travaillent à l’extérieur ». « Il y a une autre dimension que les Français ne veulent pas voir : s’il y a des travailleurs détachés dans notre pays, c’est que les charges sociales y sont très supérieures à ce qui se passe dans d’autres pays européens. »
Sur l’efficience des institutions et de notre économie : « En France, 56% de notre PIB est consacré à de la dépense publique. A part le Danemark, tous nos compétiteurs sont à des taux beaucoup plus bas. Or, on ne peut pas dire que l’Allemagne, l’Italie sont des pays sans services publics. Pourquoi a-t-on besoin de pomper autant d’argent dans l’économie pour financer des dépenses non productives ? »
Sur le contrôle des institutions : « En France, nous avons eu des gens qui étaient dans le conflit d’intérêt, qui était totalement incompétents et qui étaient ministres. C’est l’arbitraire du prince. Ce qui se passe au parlement n’est pas parfait, mais les commissaires passent trois heures sur le gril à être interrogés sur leur carrière, sur de possibles conflits d’intérêts. Certains candidats ont été recalés. D’autre part, la Commission travaille sous le contrôle du Parlement. Nous pouvons faire venir les candidats quand nous voulons devant les commissions [parlementaires]. »
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Les libéraux souhaitent la disparition, ou du moins une forte diminution des services publics, pourtant indispensables au bon fonctionnement du pays et gages d’une égalité de traitement pour tous les citoyens.
Mme Goulard semble regretter que 56% de notre PIB soit consacré à la dépense publique, alors que nos voisins européens sont à des taux beaucoup plus bas. Il est certes difficile de détailler ce que représentent ces 56% en quelques lignes mais selon le Rapport sur la dépense publique et son évolution, en 2011 les prestations sociales représentaient 45 % de la dépense publique et la masse salariale 23%.
Est-ce vraiment le rôle d’un député européen de dénoncer la part du PIB consacrée aux fonctionnements des services publics de notre pays, en ayant l’ambition de les diminuer fortement ?
Pour réduire la dépense publique, il serait peut-être plus judicieux de commencer par nous proposer des solutions efficaces concernant nos chers élus et permettant de réduire leurs indemnités parlementaires, frais de mandats, crédits affectés à la rémunération des collaborateurs, et ce, sans oublier d’inclure tous les avantages dont ils bénéficient et de réformer sérieusement leurs régimes de retraite.
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