La SNCM face à la concurrence de Corsica Maritima et Daniel Berrebi

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Julien Vinzent_
4 Jan 2016 8

À peine arrivé à la tête de la SNCM, Patrick Rocca fait face au lancement d'une ligne concurrente de transports de marchandises et à une grève de la CGT Marins pour dénoncer cette "attaque frontale". Si l'on ajoute le nouveau cadre de service public que doit fixer la majorité nationaliste issue des élections de décembre, l'année 2016 est périlleuse pour la compagnie marseillaise.

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Encore du champagne ? Quatre jours après les cotillons du réveillon, Corsica Maritima remet ça sur le port de Bastia à bord du Stena Carrier. Ce lundi midi, la toute nouvelle compagnie maritime, candidate non retenue à la reprise de la SNCM, organise un apéro de lancement de sa ligne Bastia-Marseille avec ce navire transportant exclusivement des marchandises.

Invitation de Corsica Maritima postée sur les réseaux sociaux.
Invitation de Corsica Maritima postée sur les réseaux sociaux.

Pour cela, le groupement d’entrepreneurs corses emmené par François Padrona, qui gère deux centres Leclerc à Ajaccio, s’est associé à un autre postulant éconduit, Daniel Berrebi. D’autres rotations, notamment vers Ajaccio, sont annoncées pour l’année 2016. De quoi donner un goût acide à la victoire de Patrick Rocca, qui prend justement les rênes de la SNCM ce mardi. Le patron de MCM, nom de la nouvelle société, fera même face à sa première grève dès mardi 6h, à l’appel de la CGT Marins et en réaction à cette ligne de Corsica Maritima.

Samedi 26 décembre, l’ensemble des syndicats de la SNCM mais aussi de la Méridionale avaient écrit au préfet Stéphane Bouillon pour dénoncer « une attaque frontale » et demander un entretien. « Cette situation illicite remet totalement à plat un quelconque avenir pour les salaries de la nouvelle compagnie, ex-SNCM, ainsi que pour les salariés de la Méridionale et pourrait à nouveau créer une situation de crise sociale », alertent-ils.

Remorques, ciment et retour de Bugs Bunny

Un navire de la Moby-lines à Livourne - Flickr/Feder|co
Un navire de la Moby Lines à Livourne – Flickr/Feder|co

S’il ne s’agit pour l’instant pas de passagers, le transport de remorques de camions par le Stena Carrier vient déjà empiéter sur une activité phare des deux compagnies. Elles ne sont pas les seules visées puisque Corsica Maritima pourrait s’attaquer au marché du transport de ciment, principalement assuré par la Someca depuis Nice. L’année 2016 promet de rebattre les cartes puisqu’elle signera aussi le retour de Moby Lines sur une ligne passagers Nice-Bastia. En 2010, la compagnie sarde aux bateaux décorés de Looney Toons avait transporté 125 000 personnes (soit 4 % de part de marché) avant d’abandonner dès février 2011.

Mercredi 30, les syndicats ont été reçus par deux hauts représentants de l’État en PACA : le directeur interrégional de la mer Méditerranée Pierre-Yves Andrieu et Patrice Russac, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte). « Monsieur Russac est celui qui a validé la plan de sauvegarde de l’emploi de la SNCM [qui a acté le départ de 563 salariés, ndlr]. C’est vous dire si on est conscients du désarroi que cela peut provoquer chez les salariés », glisse Pierre-Yves Andrieu.

Le point réglementaire et juridique des fonctionnaires n’a pas vraiment rassuré les marins. « Nous n’avons pas la possibilité d’interdire une activité comme celle-ci. Elle nécessite uniquement des déclarations, auprès des services de l’État et de l’Office des transports de la Corse (OTC) », précise Andrieu. La question a même été tranchée par le tribunal administratif de Bastia qui a annulé en octobre 2013 la nécessité d’une autorisation préalable par l’OTC, que celui-ci avait tenté de mettre en place en 2012.

Compagnie corse mais pavillon danois

Mais ce qui exaspère le plus les syndicats de l’ex SNCM et de la Méridionale, c’est le pavillon battu par le Stena Carrier et qu’il devrait conserver : danois de second registre. Autrement dit, Corsica Maritima n’aura pas à respecter l’obligation d’un équipage totalement français, comme c’est le cas avec le pavillon français de premier registre arboré par les navires de la SNCM et la CMN. « Une entreprise française, établie en France, opérant entre deux ports français pourrait battre pavillon danois ? C’est n’importe quoi », peste Frédéric Alpozzo, secrétaire des marins CGT. Corsica Ferries, concurrent dont le dumping social est dénoncé de longue date par le syndicat, a au moins pour elle d’être italienne avec pavillon italien…

Sur la page Facebook de Corsica Maritima, cette question de l’emploi local, en particulier des Corses, fait l’objet de nombreuses interpellations. Sans réponse publique pour l’instant. En tout cas, rien n’empêche ce pavillon danois, confirme Pierre-Yves Andrieu. Mais pour lui, « le dispositif de l’état d’accueil, qui date d’août 2014, est un cadre beaucoup plus protecteur qu’auparavant ». En janvier 2014, la CGT marins avait mené une grève importante sur cette question du pavillon français, obtenant un décret en août.

Comme l’avait écrit Marsactu à l’époque, celui-ci présentait des avancées mais aussi des limites, en grande partie dictées par les règles européennes. Celui-ci fixe certes une liste obligatoire de prestations sociales mais permet toujours à l’entreprise de s’affilier au régime social de n’importe quel pays de l’union. « Nous nous sommes engagés à ce que nos services feront les contrôles prévus par la réglementation, indique Pierre-Yves Andrieu. L’inspection du travail est compétente pour faire respecter les conditions sociales. Mais ces contrôles sont forcément a posteriori, pas a priori. »

Face au spectre d’un deuxième plan social en quelques mois à la SNCM, Frédéric Alpozzo attend un peu de volontarisme politique : « Le premier ministre a des mots forts toutes les semaines, notamment sur la Corse. Il doit intervenir dans ce dossier. » Mais les regards sont aussi tournés vers la nouvelle majorité indépendantiste en Corse, qui doit définir un nouveau cadre pour les transports avec le continent, fret comme passagers.

Le 31 décembre, elle a annoncé au cours d’une conférence de presse la tenue d’une table ronde mi-janvier avec les partenaires sociaux. « Le premier objet est de remettre au centre du jeu la définition d’une compagnie corse maîtrisée par les institutions de l’île en regroupant l’ensemble des acteurs du point de vue économique et social de l’île dans cette affaire« , a déclaré le président de l’OTC Jean-Félix Acquaviva, selon France 3 Corse. Courant décembre, Patrick Rocca s’était déjà dit prêt à discuter d’une structure associant public et privé, une piste évoquée depuis plusieurs années en Corse.

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