Ségolène Royal veut ouvrir les vannes dans le tunnel du Rove

Actualité
le 23 Fév 2017
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La ministre de l'Environnement s'est engagée à mettre en route la remise en eau du tunnel du Rove, étudiée depuis plus de 15 ans. Quitte à bousculer le calendrier des scientifiques, qui planchent actuellement sur les bénéfices des différents scénarios de cette opération de restauration écologique ?

Photo BG

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« Il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas ». Le proverbe bien connu des Shadoks s’invite dans le tunnel du Rove, qui relie la Méditerranée à l’étang de Berre. Mardi à l’Assemblée nationale, le député PRG Jean-Pierre Maggi a obtenu l’engagement de la ministre de l’Environnement de prendre en main ce dossier. Depuis plus de quinze ans, scientifiques et élus souhaitent utiliser cet ancien ouvrage pour réinjecter de l’eau de mer pompée dans la rade de Marseille dans l’étang de Bolmon puis de Berre. Cet apport d’eau salée devrait permettre d’améliorer l’état écologique de ces lagunes, déséquilibrées par les rejets d’eau douce de la centrale EDF de Saint-Chamas (lire notre entretien sur la réhabilitation de l’étang).

Dans un contexte pré-électoral, difficile de ne pas noter que la 8e circonscription, celle de Jean-Pierre Maggi, comprend notamment Berre, Rognac et Saint-Chamas, situées sur les rives de l’étang. Beau joueur, celui-ci s’est aussi raccroché à l’initiative de son collègue communiste de la 13e circonscription, le maire de Martigues Gaby Charroux, en vue d’obtenir l’inscription de l’étang de Berre au patrimoine mondial de l’Unesco. Priée de « lever les blocages » et d’« affirmer une volonté politique », la ministre a ignoré l’Unesco pour se concentrer sur le tunnel du Rove :

Je partage vos inquiétudes et vos impatiences et c’est la raison pour laquelle j’ai pris trois décisions. J’ai demandé au préfet de réunir les parties prenantes en particulier le grand port maritime, l’agence de l’eau, les élus du territoire, les entreprises concernées, pour arrêter définitivement un prix précis des travaux qui sont à faire. Deuxièmement je diligenterai dès la semaine prochaine une inspection générale pour que nous puissions y voir très clair sur cette évaluation. Et enfin je me rendrai sur place pour vous annoncer les décisions définitives.

Cette déclaration a un air de déjà-vu. En mai 2011, la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet s’était rendue sur place pour annoncer un démarrage des travaux en 2013, pour une livraison en 2016. Avant elle, en 2006,  la ministre de l’écologie de l’époque, Nelly Olin avait déroulé un calendrier plein de promesses. Pour Ségolène Royal, à quelques semaines de l’élection présidentielle, l’enjeu est plus prosaïque : à moins de se projeter dans un futur gouvernement, cela sous-entend qu’elle compte boucler le dossier avant juin 2017. Un calendrier accéléré par rapport à celui des services de l’État et du grand port maritime de Marseille, maître d’ouvrage de ce chantier. Ceux-ci débattent encore de la manière de faire passer l’eau, du débit de ce reversement et donc du budget.

Dérive des coûts

Sans remonter à la genèse de ce vieux projet sans cesse reporté, le dernier épisode datait de novembre dernier, avec une nouvelle évaluation des travaux à réaliser et de leur coût. Dans un premier temps, le bureau d’études Egis a planché sur le principe d’une galerie parallèle, moyennant 31 millions d’euros. Confrontés à une telle dérive de la facture, dont la dernière évaluation (8,5 millions d’euros) datait de 2002, les élus ont crié au « scandale » et pesé pour une nouvelle mouture passant cette fois-ci par la galerie éboulée. Verdict : deux scénarios s’étalant de 13 à 21 millions d’euros, en fonction du débit prévu.

Or, le grand port maritime de Marseille goûtait peu la perspective d’utiliser la galerie, dans La Provence en octobre 2016 : « Cela représente une difficulté technique singulière, à la fois pour garantir dans le temps la tenue des terrains traversés, et pour estimer de façon fiable les modalités et coûts de réalisation des travaux souterrains. C’est la raison pour laquelle cette variante avait été initialement écartée lors des études préliminaires. » En toile de fond, il y a tout de même le peu d’entrain que montre le port à réaliser ce chantier bien loin des containeurs et de la réparation navale.

Modélisation écologique en cours

Les scénarios les moins coûteux posent une autre question : celle de l’efficacité de cette « courantologie », avec un débit maximal réduit de 10 voire 4 m3 par seconde pour le scénario bas, contre 13 m3 par seconde à l’origine, avec la possibilité de pointes à 20 m3. « Avant de commencer à faire le tour de table des financeurs, l’État a donc souhaité réunir un groupe d’experts pour évaluer les effets à attendre sur les milieux », rappelle le Gipreb, le syndicat mixte chargé de la réhabilitation de l’étang, par la voix de sa porte-parole Élisabeth le Corre. « Le calendrier prévoyait que le Gipreb travaille à des modélisations qui seront transmises au groupe d’experts à la fin du mois. Celui-ci se réunira début avril et il était prévu qu’il rende son avis fin juin. »

En accélérant la décision, Ségolène Royal se passerait donc de l’avis des scientifiques sur l’intérêt écologique du projet, sauf à les mettre au même rythme. Au Gipreb comme ailleurs, personne ne lui en tiendra rigueur, si elle met sur la table l’argent nécessaire pour mettre en œuvre le projet le plus ambitieux…

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