Samia Ghali veut faire de la rénovation urbaine un nouveau front de négociation

Actualité
le 5 Oct 2020
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La deuxième adjointe à la maire de Marseille a obtenu le retrait d'une délibération parachevant le transfert de la rénovation urbaine à la métropole. Elle souhaite obtenir la mise en place d'un copilotage de cette compétence, orpheline à la Ville comme à la métropole.

La cité de La Viste vue depuis le vallon des Aygalades. Photo : Emilio Guzman.

La cité de La Viste vue depuis le vallon des Aygalades. Photo : Emilio Guzman.

Il y a des habitudes qui ne changent guère. Depuis le conseil d’arrondissement des 15/16 qu’elle ne préside plus, l’ex-sénatrice PS Samia Ghali continue de souffler le chaud et le froid sur la politique municipale. Même si elle n’est désormais plus dans l’opposition mais au cœur de l’exécutif, en tant que deuxième adjointe notamment chargée de “l’égalité des territoires”. Le coup de froid consiste en une demande de retrait d’un rapport soumis au vote du conseil municipal ce lundi. Une demande pour laquelle elle a obtenu gain de cause, nous confirme-t-on à la Ville. “Un rapport technique”, reconnaît l’élue mais au combien symbolique pour donner du corps à sa délégation.

Le rapport 154 concerne les subventions de la Ville aux projet de rénovation urbaine (PRU), jusque-là gérés par un groupement d’intérêt public, baptisé Marseille rénovation urbaine. Or, cette instance partenariale où siégeaient la Ville, la métropole, la région et l’État a été dissoute au 31 décembre 2019 et fondue dans la métropole, en devenant un sous service de la direction opérationnelle de l’habitat. Une convention prévoit ainsi de verser le solde de ces subventions de la Ville à la métropole.

“Colère, amertume, surprise”

Lors du conseil d’arrondissement, Samia Ghali n’y est pas allée par quatre chemins, parlant de “désengagement politique” et faisant part de “sa colère, son amertume, sa surprise”, relayées par La Provence.

“On va nous présenter un rapport qui préconise qu’à partir de maintenant, ce n’est plus la ville de Marseille qui va s’occuper de la gestion de la rénovation urbaine mais la métropole.”

Auprès de Marsactu, sa position se fait moins tranchée. Bien entendu, Samia Ghali n’a pas découvert la délibération en préparant le conseil d’arrondissement. “Ce sont les services de la Ville qui ont insisté pour qu’elle soit mise à l’ordre du jour, explique-t-elle. On ne peut pas se satisfaire de valider ce transfert pour des raisons juridiques”. De fait, elle ne méconnaît pas le fait que ce transfert de compétences a déjà eu lieu, notamment du fait de la volonté de la région de ne pas maintenir le Groupement d’intérêt public (GIP) au-delà du 31 décembre 2019.

Je crois qu’il faut se donner le temps de tirer un vrai bilan du premier programme de rénovation urbaine, poursuit-elle. Il faut également créer une instance partenariale pour que nous puissions suivre l’évolution des projets de rénovation urbaine. 14 concernent les 15e et 16e arrondissement et ils sont aujourd’hui à l’arrêt. Le retrait de ce rapport doit nous permettre de discuter avec la métropole.” En appui de ces propos, Samia Ghali cite toutes les cités où elle a porté le fer aux côtés des habitants, au point de faire perdre patience aux chargés de programme du GIP Marseille rénovation urbaine (MRU).

“La métropole ne peut pas être tenue responsable”

Le rapport en question est avant tout technique puisqu’il acte un transfert de compétences – et le circuit de financement afférent – entre le GIP-MRU en cours de liquidation et la métropole Aix Marseille Provence. Mais ce transfert technico-juridique et aussi “un lâcher prise” de la Ville sur cette compétence qui est pourtant essentiel à la transformation urbaine du Nord et de l’Est de la Ville. Auparavant incluse dans le pilotage via MRU, la Ville se retrouvera réduite à une position de financeur. On peut lire ainsi dans la convention qui lie les trois institutions :

“La métropole ne peut pas être tenue responsable d’un défaut ou d’un retard dans l’exécution des travaux par les maîtres d’ouvrage.”

Cela pose la question effective du portage politique de la rénovation urbaine qui représente pourtant des financements de plusieurs centaines de millions d’euros étalés sur plusieurs décennies pour la municipalité. Aujourd’hui, plus personne n’a directement la rénovation urbaine parmi ses délégations à la Ville même si Samia Ghali estime “qu’elle est incluse dans l’égalité des territoires” qui lui est rattachée.

La signataire du rapport est Audrey Gatian, elle-même déléguée à la politique de la ville. Si cette thématique est connectée à la rénovation urbaine, cela ne relève pas du même champ d’action. Dans la précédente mandature, Arlette Fructus, présidente du GIP-MRU, portait l’ensemble de ces délégations croisées à la Ville comme à la métropole. Désormais il n’y a plus d’élu dédié, ni à la Ville, ni à la métropole.

“Il faut avancer en pack”

Du côté de l’instance intercommunale, il faut descendre à l’échelle du conseil de territoire, pour trouver un vice-président délégué à la rénovation urbaine, en l’occurrence, l’ancien socialiste Denis Rossi, camarade de parti de Samia Ghali durant quelques décennies. Lequel met volontiers en avant son désir de concertation : “Il faut appliquer la loi, justifie-t-il. Le groupement d’intérêt public n’existe plus. Cette compétence revient à la métropole. Maintenant, cette politique ne peut être que partenariale comme l’est la politique de la ville. J’ai donc pris rendez-vous avec Audrey Gatian dans les prochains jours. Comme j’ai prévu de rencontrer tous les maires de secteur concernés.”

Il promet donc que le pilotage de cette compétence “va s’ajuster au fil des mois avec tous les élus concernés parce que, comme au rugby, il faut avancer en pack”. Sous couvert d’anonymat, les techniciens sont beaucoup moins rassurés de cette “absence de portage politique au plus haut niveau”, y voyant même une mort annoncée de la rénovation urbaine.

Temps mort pour la rénovation urbaine

En février dernier, une délégation menée par l’ancien directeur de MRU est montée à Paris défendre les futurs projets du territoire devant le comité d’engagement de l’agence nationale. Ce grand oral concernait les grandes opérations à venir de La Rose-Frais-Vallon, La Castellane-Bricarde, Malpassé-Grand Saint-Barthélémy. La question du centre ancien dont la rénovation doit également être subventionnée par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a été succinctement abordée.

Ces opérations doivent être ensuite être déclinées en autant de conventions qui, après signatures des partenaires, permettent de débloquer les premiers financements. Or, depuis six mois, rien ne bouge. “Nous devons présenter quatre ou cinq conventions au prochain conseil métropolitain”, confirme Denis Rossi, sans citer les territoires qu’elles concernent.

Mais le vice-président du conseil de territoire est bien en peine pour dire qui les présentera devant le conseil métropolitain, faute de vice-président qui en porte la charge. “Cela peut être Frédéric Guinieri, le vice-président à l’habitat”, tente-t-il, patelin. Cela laisse peu de jours pour que la métropole et la Ville trouvent un terrain d’entente d’ici là. “Ah, n’allez pas m’accuser d’être la cause d’un retard d’un mois, se défend Samia Ghali. Il y a des années que des cités sont en rénovation sans que rien n’avance.”

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Commentaires

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  1. BRASILIA8 BRASILIA8

    Shakespeare a écrit “Beaucoup de bruit pour rien ”
    Mme Ghali en bonne politique fait beaucoup de bruit pour rien

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  2. Jb de Cérou Jb de Cérou

    Mme Ghali, cherche à exister, c’est indubitable, mais la question qu’elle pose mérite qu’on s’y arrête. Deux réflexions:
    La construction de logements sociaux en proportions suffisantes relève toujours, je crois, des communes. Les grosses opérations ANRU détruisent temporairement ou définitivement des logements sociaux alors qu’on en manque, et requièrent des opérations tiroirs de logements sociaux lorsque le projet prévoit une reconstruction sur place. Cette séparation des compétences entre la Métropole et la Ville est une aberration opérationnelle.
    Plus généralement, il faudrait qu’un jour dans notre pays, on s’interroge sur l’allocation des moyens entre le béton, et le facteur humain dans ces grandes opérations ANRU des cités Alors que des milliers de logements insalubres voire dangereux sont à traiter dans les vieux centre ville, on dépense des centaines de millions à casser des immeubles dont les logements ne sont ni plus ni moins inconfortables que ceux des tours et barres voisines que l’on conserve, et dans quel but exactement, pour quel bénéfice social? Dans la pénurie de logements sociaux, les démolitions devraient être limitées et justifiées par un intérêt supérieur, création d’un service public dans la cité par exemple; les millions économisés dans le béton neuf pourraient être redéployés dans l’accompagnement humain formations ouvertes à tous sans préalable, culture, sports… De mémoire, je crois que l’accompagnement humain ne dépasse pas 10% des budgets des opération ANRU… et on légifère sur le séparatisme…Bien sûr, on pourrait garder un peu du budget béton pour inciter les bailleurs à réhabiliter les immeubles, les isoler thermiquement…

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    • Louis Reymond Louis Reymond

      Petite précision qui a son importance, l’ANRU démoli mais oblige aussi à reconstruire autant de logements sociaux en dehors des quartiers prioritaires donc il n’y a pas de suppression. L’ANRU a permis aussi à Marseille d’intervenir sur le centre ancien comme st Mauront ou encore Belsunce ou le Panier. Quant à l’accompagnement humain, il se joue au niveau des contrats de ville par les services Politique de la ville qui dépendent là aussi de la Métropole qui interviennent en complémentarité avec les projets Anru.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Effectivement c’est l’ANRU qui a les moyens et qui décide ou non de la mise en oeuvre de ces derniers. Madame GHALI fait beaucoup de vent et en déplace beaucoup aussi , c’est son habitude. Alors avant de taper sur Paris et sa supposée incurie , elle ferait mieux de la jouer moderato et pourrait dialoguer avec l’agence de la rénovation urbaine de façon constructive si j’ose dire. Faire des caprices à son âge est un peu déplacé voire ridicule.

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  4. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Cette métropole que des élus éclairés cherchent consciencieusement à démolir, derrière le slogan “métropole de projets”, réserve tout de même son lot de surprises. La rénovation urbaine devrait être au nombre de ses quelques priorités absolues. Et on découvre donc que personne, au sein de l’armée mexicaine des vice-présidents, n’a autorité sur ce dossier.

    C’est fantastique. Comme est fantastique le fait que la mobilité, autre priorité absolue, est confiée à un vice-président qui, dans l’ordre protocolaire, est 19ème. Sur 20. Après celui qui est chargé de l’agriculture.

    Au fond, si ses priorités sont considérées comme négligeables, à quoi sert cette métropole ? Et à quoi pourrait bien servir une “métropole de projets” ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      A rien , sauf à nommer des vice-présidents

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  5. Richard Mouren Richard Mouren

    Donc, si j’ai bien compris, la rénovation de l’habitat marseillais est décidée au niveau intercommunal (Marseille Provence Métropole) et/ou au niveau métropolitain (Métropole d’Aix-Marseille Provence mais qui n’est pas responsable en cas de défaut ou de retard d’exécution), voire au niveau national (ANRU) mais surtout pas au niveau municipal (Ville de Marseille). Beaucoup de bouches à nourrir, tout çà!

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