Sabine Bernasconi enterre le téléphérique de la Bonne-Mère

Actualité
le 3 Jan 2019
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La maire de secteur qualifie de "pharaonique et coûteux" le projet de téléphérique vers Notre-Dame-de-la-Garde. Une étude allant jusqu'au suivi des travaux et de la première année d'exploitation a pourtant été lancée en mai. 1,5 million d'euros ont déjà été dépensés pour ce projet mort-né.

Le projet de téléphérique fait actuellement l'objet d'une étude d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Il doit améliorer la desserte de Notre-Dame de la Garde

Le projet de téléphérique fait actuellement l'objet d'une étude d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Il doit améliorer la desserte de Notre-Dame de la Garde

La dernière promesse de Jean-Claude Gaudin paraît bel et bien à ranger dans la pile des non-tenues avec l’aquarium géant, la cité de la mer, l’Aréna au marché aux puces ou le casino. Dans un grand entretien à La Provence, la maire de secteur, Sabine Bernasconi exprime clairement son désaccord avec le projet de téléphérique qui doit survoler le 7e arrondissement dont elle a la responsabilité.

L’élue LR semble avoir entendu la voix de certains administrés du 7e arrondissement, très opposés au survol de leur quartier par une cabine remplie de touristes (lire notre article). En quelques lignes qui donnent un titre à l’interview, la maire de secteur dit tout le mal qu’elle pense de ce projet « pharaonique et coûteux » qui risque d’installer un « pylône énorme sur le jardin de la Corderie et des nuisances pour les habitants ».

L’entretien ayant été réalisé avant les vacances de Noël, Sabine Bernasconi n’était pas disponible pour expliquer plus avant son désaccord. Le téléphérique enterré ? Ou un funiculaire, autre variante présente dans le programme Gaudin 2014 ? Mais ce n’était là, reprend la maire, « qu’une image pour illustrer une problématique. Comment désenclaver Notre-Dame-de-la-Garde« .

1,5 million d’euros dépensés en études

Une image qui a déjà coûté plus d’1,5 million d’euros à la Ville de Marseille au fil des études qu’elle a commandées à ce sujet. La première remonte à 2014, la dernière en date est toujours en cours. Confiée à la filiale de la SNCF, Systra, dans le cadre d’une assistance à maîtrise d’ouvrage en mars 2018, elle devait permettre d’étudier la faisabilité du projet, d’évaluer son coût mais aussi, en phase optionnelle de suivre le marché et les travaux, de la conception à la première année d’activité, en 2021. « Le rapport était attendu pour le début d’été, puis la mi-octobre, puis la fin d’année », explique Jean-Claude Rostain, le président de la fédération des comités de quartier du 7e arrondissement, très opposé au projet.

Le riverain n’est d’ailleurs pas très étonné de la teneur des propos de la maire de secteur. « C’est mot pour mot ce qu’elle nous disait lors de notre assemblée générale en novembre, rapporte-t-il. Mais jusqu’à présent, elle n’exprimait pas cette position en public ». Voilà qui est fait, non sans éclat.

Du privé au public

À la Ville, personne n’était joignable pour confirmer ou infirmer les propos de la maire de secteur sur le caractère inutile de ce projet. Justement en charge des grands projets, Gérard Chenoz est injoignable. Le 12 décembre dernier, il confirmait à nos confrères de Made in Marseille que le téléphérique tenait toujours. « Pour ce projet, nous avons fini les assistances de maîtrise d’ouvrage (AMO) et transmis le dossier à la métropole. Le travail continue », indique-t-il. Systra aurait donc rendu copie au moins sur la partie « faisabilité technique » du projet.

Quant à la transmission à la métropole, il doit y avoir encore un peu de viscosité dans les tuyaux puisque le nouveau vice-président en charge de l’agenda de la mobilité, Roland Blum l’assure : « Rien n’a été transféré ». Pour l’heure, c’est toujours la direction générale de l’urbanisme qui a la main au sein de l’appareil municipal « où il est à l’étude », confirme celui qui est toujours adjoint au maire en charge des finances.

Pourtant c’est bien la métropole qui est l’institution compétente dans l’organisation des transports marseillais. D’ailleurs, le téléphérique figure bien à l’agenda de la mobilité métropolitaine au chapitre des « autres modes » de transports que le document prévoit « d’évaluer puis de tester« . Ainsi peut-on lire page 33 qu’un « projet de desserte de Notre-Dame-de-la-Garde, avec un financement spécifique, sera la première occasion de mettre en œuvre ce mode ». Compétence métropolitaine, marché passé par la Ville, qui pilote encore le projet ?

L’ancien VP aux transports (LREM), Jean-Pierre Serrus se veut pédagogue : « Sur certains projets nous faisions tout pour associer les communes aux décisions. C’est le cas pour le bus à haut niveau de service aixois où la Ville est étroitement associée au comité de pilotage ou aux études de la desserte par téléphérique entre l’aéroport et la gare de Vitrolles où c’est le pôle Henri-Fabre qui a la main ». Mais le maire de la Roque-d’Anthéron, sur ce dossier piloté par la Ville, n’a pas constaté « une intense activité du côté des services de la métropole ».

La position de la présidente

À en croire Gérard Chenoz, c’est pourtant la nouvelle présidente, Martine Vassal, qui devra décider si le projet voit le jour où si la desserte de la basilique se fera par d’autres modes, plus ou moins doux. « Aujourd’hui, rien n’est acté. Je ne connais pas la position de la présidente sur cette question », reconnaît Roland Blum. Mais la proximité de Sabine Bernasconi avec la nouvelle présidente fournit vraisemblablement un indice.

Le téléphérique ne figure pas parmi les priorités marseillaises pour lesquelles la présidente du département a sollicité par deux fois le budget de son institution. Entre les priorités des transports, du développement économique et de la lutte contre le logement indigne, le téléphérique apparaît désormais comme un coûteux gadget. Pourtant, en marge de la réunion des amis de Martine Vassal en septembre 2017, le président du groupe de la majorité municipale Yves Moraine appelait de ses vœux la réalisation rapide « du casino et du téléphérique » en plus de la satisfaction des attentes des Marseillais sur des sujets du quotidien pour aborder plus sereinement les élections à venir.

Visionnaire en un sens, l’agenda de la mobilité métropolitaine prévoit la réalisation du petit trait rouge entre le Vieux-Port et la colline de la Garde « avant 2025 » comme le projet de tramway entre La Castellane (16e) et la Rouvière (9e). Largement de quoi en faire une nouvelle promesse pour les élections de 2020…

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Commentaires

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  1. DP DP

    Normal , ca vote dans le quartier ….

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  2. barbapapa barbapapa

    Si on écoute les CIQ, on ne fait jamais rien…
    Si on écoutait les commerçants, on ne ferait jamais de zone piétonne…
    Si on écoutait les riverains, on ne ferait jamais de chemins, de stades, d’aire de jeux…

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    • marianne13 marianne13

      Cette dernière remarque vaut surtout pour les quartiers bourgeois où l’immobilisme -charmant parfois- est ardemment défendu.

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  3. Bakto13 Bakto13

    Ouais, et si on écoute Gaudin et Vassal, la gestion de Marseille se limite à peu près aux 7ème, 8ème et 9ème arrondissements et à encaisser l’argent du tourisme ! C’est pratique lorsqu’ils laissent des immeubles de rapport s’effrondrer dans le 1er arrondissement et des taudis proliférer dans les 2ème et 3ème arrondissements !! Au lieu de « désenclaver » la Bonne Mère, ils feraient mieux d’aller lui demander son absolution en montant la colline à genoux et pas en téléphérique ou en funiculaire !!

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    • Maurice Maurice

      Et avec des pois chiches dans les genouillères !

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Plutôt grimper les marches avec des graviers en silex pointus ,un silice et un fouet pour se battre la coulpe Tartuffe Gaudin , grand amateur de décorations pontificales , donnerait l’exemple ! Mais il est douteux que François l’absolve s’il ne fait pas pénitence !Il lui reste un peu plus d’un un an pour mettre le paquet en réhabilitant les écoles des quartiers populaires , en lançant des lignes de tramway prolongeant le métro en direction du Nord et du Sud Il trouvera de l’argent en vendant le parc CHANOT et les Stade Vélodrome alias Orange

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Ouf , nous avons échappé à un gouffre financier et à un enlaidissement du site.

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  5. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Quand il s’agit de développer de vrais projets de services public tel les transports en commun, les piscines ou la rénovation des écoles ou celle d e l’habitat insalubre ces élus disent qu’il n’y a pas d’argent, que la moitié de la population ne pait pas d’impôts etc., etc; et pendant ce temps les mêmes dépensent 1,5 million par ci en études parfaitement inutile là où le simple bon sens aurait du les éclairer, 2 millions par là, et ne parlons pas du Vélodrome …

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  6. Citoyen-ne-s-de-marseille.fr Citoyen-ne-s-de-marseille.fr

    Au passage,le fonctionnaire en charge des grands projets est également le meme à la ville comme à la métropole. Qu’en est il du marché de l’accord cadre de juillet qui prevoyait assistance technique, juridique et financiere sur les grands projets (Parc Chanot, telepherique, entre autres) je pencherai plutot que les initiateurs misaients sur des ppp et dsp à gogo, c’était sans compter sur la présidence de vassal qui visiblement prefere stopper (pour l’instant) ce financement privé d’outils publics, la metropole et la ville etant sous les feux citoyens, mediatiques (et judiciaires)…

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Vous avez totalement raison 9e ,mais avec cette nullimunicipalité nous n’en sommes plus à 1 ou 2 millions d’euros près, il faut bien que les copains des copains mangent aussi. Sinon quel intérêt d’être élu à Marseille.
    Mais au moins cette ânerie de téléphérique est enterrée.

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  8. didier L didier L

    Si à l’époque Defferre la décision avait été prise de restaurer le vénérable ascenseur hydraulique – une rareté technologique, sur une structure Eiffel – au lieu de le détruire pour mettre d’horribles immeubles à la place le  » désenclavement » de la basilique ne serait peut-être pas aussi problématique et les touristes apprécieraient de voir et d’emrunter cette rareté. Des villes ont su conserver et protéger leur patrimoine tout en évoluant ( voir Lisbonne ou Barcelone …) à Marseille on laisser dépérir l’ancien pour du neuf ( le drame de la rue d’Aubagne en est le terrible symbole) les élus de cette ville n’ont jamais eu de vision juste du développement urbanistique, il est temps que ça change. Les femmes au pouvoir peut-être … dans cette ville de macho pas très éclairés, il y a comme une urgence.

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Que voulez vous , c’est la différence entre de grandes cités « Marchandes » telles que Lisbonne, Barcelone, Venise, face à une ville d’épiciers .

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Les véritables épiciers se font rares à Marseille comme les libraires On compte surtout des marchands de fringue et de mal bouffe

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  10. Electeur du 8e Electeur du 8e

    C’est à ce stade de décomposition qu’on voit que Gaudin ne maîtrise plus rien, et même pas sa propre majorité municipale : cette exécution du téléphérique en bonne et due forme est opérée par l’une de ses propres « amies » politiques… Son quatrième mandat aura été celui de l’avalanche de promesses suivie d’un vide sidéral.

    Bien entendu, on ne va pas forcément se plaindre de ce qu’à droite, certain•e•s élu•e•s s’aperçoivent que la politique des gadgets n’a aucun intérêt pour l’attractivité de la ville, dont on a vu par ailleurs que ses habitants la quittent. Il restera Yves Moraine pour estimer que la priorité des priorités, c’est “le casino et le téléphérique”.

    Reste cependant à voir si cette prise de position reflète une réelle volonté de réorienter la politique municipale vers la satisfaction des besoins des Marseillais•es au détriment du bling bling, et non l’expression d’un conservatisme forcené. Dans la même interview, Sabine Bernasconi fait part aussi de son opposition au tramway vers Quatre-Septembre : si je lis bien, c’est la suppression de places de stationnement qui la gêne… On reste donc, là, dans la pure tradition gaudiniste : surtout, ne réduisons pas la place de la voiture dans l’espace public au profit d’autres modes de déplacement…

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  11. Laurent Malfettes_ Laurent Malfettes_

    Dommage qu’il ait fallu dépenser 1,5 millions d’argent public avant de se rendre à l’évidence… Mais qu’est ce que 1,5 millions ? Le prix de vestiaires neufs pour le cercle des nageurs, une paille… Il eut coûté moins cher de transporter tout le Conseil municipal à Lisbonne (très bon exemple) où, entre autres solutions pour faciliter le cheminement des piétons à travers des collines escarpées, des escalators en plein air ont été installés et très bien intégrés au paysage. À méditer pour l’accès à NDDLG

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  12. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Gaudin à oublié d’où il venait et il n’a jamais su où il allait ,mais tout ce qu’il a fait ,il l’à fait avec l’argent des autres

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  13. Happy Happy

    Le « téléphérique enterré », c’est une bonne idée ! On pourrait le faire aller vers les quartiers nord et l’appeler « métro »!

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    • Germanicus33 Germanicus33

      Excellent plan !

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  14. Germanicus33 Germanicus33

    Bonne nouvelle! En fait personne n’en voulait à part cette nullité de Moraine, et on voit mal une espèce de cercueil volant au dessus de Saint-Victor, sans parler d’un énorme pilier à la gênoise sur le carrefour.
    Celui qui a fait cette étude irréaliste s’en sort bien avec 1,5 millions de € !
    Une somme qui aurait été mieux placée dans la rénovation d’habitats insalubres…

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  15. David David

    1.5 millions pour ce que mon neveu de dix ans aurait qualifié, a juste titre, de délire… Et pendant ce temps, les speculateurs arrivent, tels des vautours, sur les immeubles évacués…

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