Rue Pythéas, un immeuble en péril menace à nouveau de s’effondrer

Actualité
le 19 Fév 2020
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Évacué deux jours après les effondrements de la rue d'Aubagne, l'immeuble situé au 4, rue Pythéas vient d'être frappé d'un nouvel arrêté de péril. Le risque d'effondrement est avéré.

Cet immeuble de la rue Pythéas était un des premiers a être évacués après la rue d'Aubagne. 1 an et demi après, il est toujours en péril, sans travaux d'office.

Cet immeuble de la rue Pythéas était un des premiers a être évacués après la rue d'Aubagne. 1 an et demi après, il est toujours en péril, sans travaux d'office.

L'enjeu

Évacué le 7 novembre 2018, l'immeuble du 4 rue Pythéas était frappé d'un arrêté de péril dans la foulée. Le 6 février dernier, la Ville en publiait un nouveau qui acte un risque d'effondrement.

Le contexte

Plus d'un an après les effondrements meurtriers de la rue d'Aubagne, certains immeubles frappés d'arrêtés de péril peinent à sortir de cette situation.

« Risque d’effondrement total ou partiel du bâtiment à court terme, 4 rue Pythéas ». C’est en ces termes inquiétants que les experts du centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) concluent le diagnostic de cet immeuble situé au coin de la petite rue qui donne sur le Vieux-Port et croise la rue Beauvau (1er). Cette première alerte datée de décembre dernier est prolongée par une visite à l’intérieur des appartements en janvier. Les conclusions sont tout aussi drastiques : l’immeuble risque de finir sur le pavé tout neuf du centre-ville rénové.

Dans la foulée du diagnostic alarmant de ces experts mandatés par le ministère du logement, la direction de prévention et de gestion des risques de la Ville a pris un nouvel arrêté pour péril grave et imminent, le 6 février dernier.

« Défaut d’horizontalité des marches d’escalier »

Les termes de l’arrêté sont sans ambages. Ils préconisent une intervention des propriétaires dans les 15 jours.

« Défaut d’horizontalité important des marches d’escalier. L’inclinaison constatée
confirme le mouvement vertical descendant du mur adjacent au 7 rue Beauvau. Il y a
une présomption d’augmentation de ce déplacement vertical du côté du centre d’îlot. »

 

Le périmètre qui entoure cet immeuble d’angle est désormais élargi de trois mètres – englobant les immeubles adjacents – et de quatre sur la chaussée, forçant les automobilistes qui veulent rejoindre le Vieux-Port à s’arrêter.

Mais ce désordre circulatoire n’est pas le plus grave : cet arrêté n’est pas le premier que connaît le 4 rue Pythéas. Il ne fait que modifier celui qui a été pris le 14 novembre 2018. En effet, cet immeuble est un symbole de ce que le maire de Marseille continue de qualifier de « psychose ». Deux jours seulement après les effondrements de la rue d’Aubagne, les habitants de cet immeuble étaient évacués en urgence.

La nacelle des marins-pompiers était même sollicitée pour sortir le propriétaire occupant des derniers étages (lire notre article paru au lendemain de l’évacuation). Avec le n°2 rue de la Palud, il inaugure une longue série d’évacuations qui n’a toujours pas pris fin.

« Plus de nouvelles du syndic »

Cela fait des mois, que Ville et métropole bataillent pour obtenir que des travaux sérieux soient entrepris. Joint par Marsactu, Bruno Richard, gestionnaire de biens qui représente la propriétaire du dernier étage tombe des nues en apprenant qu’un nouvel arrêté de péril a été prononcé. « Nous n’avons plus de nouvelles du syndic. La dernière fois que j’en ai eu, c’était pour me demander les clefs de l’appartement qu’ils avaient déjà. Je n’ai entendu parler d’aucun travaux, si ce n’est de rares devis, sans suite concrète« . Lui-même avait pris la décision de ne pas reprendre de locataires à l’automne 2018, « depuis, la propriétaire m’en remercie ».

Le syndic en question est bien connu des situations de péril. Il s’agit du cabinet Liautard qui avait en gestion le 65 rue d’Aubagne, disparu dans un nuage de poussières. Le cabinet a été reprise depuis par l’agence immobilière Siga. Après un long parcours dans le labyrinthe téléphonique, une personne finit par décrocher au nom de Liautard mais se refuse au moindre commentaire, ajoutant qu’elle n’est là que depuis peu.

D’après nos informations, l’actuel gestionnaire de l’immeuble serait prêt à se retourner juridiquement contre l’ancien syndic, qui avait également en charge l’immeuble effondré de la rue d’Aubagne. Plusieurs propriétaires font également état d’importantes levées de fonds réalisées pour un ravalement de façade qui apparaît aujourd’hui fort cosmétique.

« Fondation sur pieu fortement dégradé »

Désormais, c’est dans le sous-sol que les travaux doivent être entrepris. En plus des travaux de confortement d’urgence imposés par l’arrêté du 6 février, un second arrêté est en préparation pour permettre des travaux dans les fondations de l’immeuble qui concentrent l’essentiel des inquiétudes des experts, à l’exception de celui missionné par le syndic.

« Nécessité de mener en urgence des investigations sur les fondations (confirmée par la seconde visite) en vue d’identifier la manière dont est organisé le système de fondations du bâtiment. Dans le cas d’une fondation sur pieu fortement dégradé, l’état des façades laisse présager une dégradation de la quasi-totalité des pieux et il y aurait alors nécessité à entreprendre urgemment des travaux de reprise en sous-oeuvre. »

Selon nos informations, un arrêté de péril simple devrait venir compléter les préconisations de mise en sécurité urgente et encadrer la stabilisation durable l’immeuble. Cette mesure pourrait également ouvrir la voie à des travaux d’office entrepris par la Ville. Cette disposition prévoit que la municipalité puisse se substituer aux propriétaires défaillants quand ceux-ci sont incapables de faire face aux travaux. L’absence de recours à ce puissant levier a fait l’objet d’une polémique dans la foulée du drame de la rue d’Aubagne alors que la Ville avait voté des crédits sans jamais y avoir recours (lire notre article sur les mensonges de la Ville à ce sujet).

Pour l’heure, le recours a des travaux d’office n’est pas encore envisagé. D’autant plus que la Ville n’est pas aujourd’hui outillée pour mettre en œuvre de tels travaux, si ce n’est en passant par les opérateurs en charge des programmes de lutte contre l’habitat indigne, Urbanis, Marseille Habitat ou la Soleam. Jointe par Marsactu, la métropole n’est pas revenue vers nous dans les délais impartis à la réalisation de cet article. Du côté de la Ville, on reconnaît que de nouveaux désordres ont été mis à jour au moment des travaux entrepris par les copropriétaires, notamment « sur les pieux en bois qui servent de fondation » et nécessitent ce nouvel arrêté et un périmètre de sécurité plus important.

Dans les prochaines semaines, les propriétaires du 4 rue Pythéas doivent être convoqués en assemblée générale pour décider des suites qu’ils entendent donner à ces préconisations de travaux. En attendant, les passants pourront contempler les limites de l’action publique en matière d’habitat indigne.

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Commentaires

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  1. Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

    Évoquer les limites de l’action publique me paraît excessif celle de la VDM davantage…. Quel délai était accordé sur le 1er arrêté ? C’est à la VDM de veiller au respect de ses propres actes et credibiliser son action. Sans même parler des subventions de l’état qu’elle n’a pas été quérir ….

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    • Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

      Étonnant l’arrêté initial n’est plus sur le site de la VDM…. Faut pas voir le délai mentionné en novembre 2018???

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  2. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    J’y passe deux fois par jour.
    Je pense aux commercants qui peuvent être aux premières loges dont Marutéa.
    Le prochain maire aura beaucoup à faire face au mur des dettes qui semble très solide et d’autres murs qui le sont moins…
    Sinon que fait la Police?

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  3. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Encore des propriétaires immobiliers qui font semblant de croire qu’un problème de fondations ou de murs porteurs se règle par un ravalement de façade. Comme disait, paraît-il, Einstein, « deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Tous les propriétaires de logements indignes, même s’il existe parmi eux des « investisseurs » malhonnêtes ne se disent pas : « professionnels de l’immobilier » à la différence des syndics

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  4. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Pendant cette période électorale ,ne faudrait-il pas ajouter aux frais de campagne le montant des sommes consacrées à Marseille notamment grâce à des crédits métropolitains à la réfection des chaussées, à la mise en place de feux tricolores voir des cours de récréation des écoles des « bons » quartiers etc. ?

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  5. Jacques89 Jacques89

    C’est le service de l’urbanisme qui doit gérer les arrêtés de péril. Chacun son job.
    Mais comme dans tous les services si on commence à vous dire « celui-là on le sort du lot » (parce que c’est un copain)… La motivation à faire son boulot disparaît, et la sécurité des habitants avec! Pour gérer des services il faut du personnel contrôlé par les citoyens. Tant qu’on aura des élus, il y aura des copains des élus et des missions interrompues par la volonté des élus. Votez braves gens, votez!

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    • pascal pascal

      Concernant l’importance du vote, il sera intéressant de voir les résultats du 3e secteur (4/5) seront trés instructeurs puisque c’est là où les immeubles se sont écroulés :
      Rubirola (PM) / Gilles (ex maire de secteur) / Agresti (liste Vassal) et des candidats que je ne connais pas pour les écolos/ LREM/ RN.
      Si les habitants vote majoritairement Gilles ou Agresti, qui doivent assumer le bilan de Gaudin, il ne me restera plus beaucoup d’espoir pour cette ville…

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