Roger Guichard, l’homme qui veut ramener vers la droite les dissidents du Front national

Décryptage
Jean-Marie Leforestier
7 Mar 2017 13

Militant de droite, ancien candidat aux municipales de Vitrolles contre Bruno Mégret, Roger Guichard refait surface comme collaborateur des dissidents FN à Marseille. Le symbole d'un rapprochement entre la majorité Gaudin et les opposants à Stéphane Ravier ?

Illustration BG

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Dans les coulisses du conseil municipal, il est à tu et à toi avec tous les élus qui comptent à droite. Une tape dans la main pour Dominique Tian, une bise pour Guy Teissier, il y a de la complicité militante avec les deux députés Les Républicains. Il y a bien longtemps déjà, Roger Guichard a animé les jeunes du Parti républicain avec le premier. Il a fait estrade commune avec le second lorsqu’il était lui-même candidat à la mairie de Vitrolles dans les années 90 face à la famille Mégret. Depuis, il n’a jamais vraiment lâché la politique, ce virus qui rattrape toujours un peu, inoculé, dit-il, par « la rencontre avec Jean-Claude Gaudin, un homme honnête qui a donné toute sa vie à la politique ».

Régulièrement, Roger Guichard, entrepreneur dans les transports puis dans la communication, assiste aux conseils municipaux, histoire de se tenir au courant mais aussi de croiser quelques amis. Mais ce lundi 6 février, il a un intérêt particulier à suivre les débats et notamment le rapport 21. Il s’agit de son nouveau boulot, à temps partiel. Le conseil municipal vote sans broncher la création d’un poste de collaborateur pour Marseille d’abord, le groupe formé par cinq élus dissidents du Front national. Le poste lui est promis par son président Antoine Maggio. Le temps que son CV passe le filtre technique de la DRH de la Ville, Guichard sera le sherpa des cinq conseillers municipaux qui ont claqué la porte du parti de Stéphane Ravier.

Au service de son groupe ou de Gaudin ?

Avec la droite, Roger Guichard a fait les 400 coups, même ceux un peu tordus. C’est un vieux routier de la politique locale au profil de bon soldat. Ancien du parti républicain, de l’UDF puis proche de Charles Pasqua par opposition à l’Union européenne, son principal fait d’armes est d’avoir ferraillé contre le Front national des Mégret à Vitrolles. Lors de l’élection municipale de 1997, son retrait forcé entre les deux tours – réclamé par le président de la République Jacques Chirac en personne – n’a pas suffi à empêcher Catherine Mégret de prendre la mairie tenue depuis 1983.

Avec un tel profil, son embauche au sein d’un groupe aujourd’hui classé dans l’opposition interpelle même s’il conseille depuis des mois dans l’ombre les pourfendeurs du « dictateur nord-phocéen » Stéphane Ravier. Avant qu’elle parte du FN, il a même aidé Elisabeth Philippe, « une amie », à mener campagne lors des régionales 2015. Son nom revient immanquablement quand il s’agit de se concerter, de planifier, de coordonner les départs du Front dans le département. Antoine Maggio, le président de Marseille d’abord et ex deuxième adjoint de Stéphane Ravier, est heureux d’avoir « choisi un ancien de la politique, une tête d’affiche qui pourra nous donner quelques ficelles et faire qu’on soit pris au sérieux. Il a son franc parler et sa verve. Avoir quelqu’un qui a bataillé contre le FN, ça a du sens pour nous alors que nos relations sont conflictuelles avec le Front ». L’élu, qui se présente aux prochaines législatives dans la 3e circonscription, celle qui recoupe la quasi totalité du secteur des 13e et 14e arrondissements, entend mordre les mollets du FN dans cette élection. Faire perdre quelques points au Front pourrait être utile pour la droite même si Maggio nie tout lien de connivence que Guichard viendrait symboliser.

Ce dernier traduit avec ses mots sa feuille de route : « Ce sont des bébés en politique, ils ont tout pour se faire manger. Je veux leur donner cette mécanique politique. » Roger Guichard a aussi pour son groupe politique un projet de développement très clair. Il se voit comme un pont, un intermédiaire, entre la droite de Gaudin et les anciens du parti d’extrême-droite. A ses yeux, il s’agit d’un « groupe de droite droite », persuadé quand nous le rencontrons à la mi-février que ses élus « vont tous voter Fillon » et pas Le Pen. « Ce groupe, c’est moi qui l’ai créé, se vante-t-il avant de se rendre compte qu’il pourrait froisser ses nouveaux patrons. Enfin, c’est moi qui leur ai suggéré l’idée d’en monter un », nuance-t-il.

Une réserve de voix en cas d’élection anticipée d’un maire ?

Il réserve sa carte maîtresse pour plus tard. Il attend un retrait anticipé de Jean-Claude Gaudin qui provoquerait l’élection d’un nouveau maire parmi les 101 membres du conseil municipal. Les élus qu’il conseille, ce sont « les cinq qui choisiront le futur maire », assure-t-il avec aplomb. Traduction : alors que la droite a plusieurs candidats potentiels à la succession, le club des 5 pourrait se manifester et apporter son soutien à un candidat en particulier. Après tout, la dernière fois que ce cas de figure s’est produit, à la mort de Gaston Defferre en 1986, Michel Pezet avait bien tenté – en vain – d’obtenir l’inclusion des voix des radicaux de gauche dans le vote interne au groupe socialiste qui désigna Robert Vigouroux comme futur maire de Marseille.

Roger Guichard est-il alors un intermédiaire pour élargir les rangs de la majorité municipale ? Ce ne serait pas la première fois que la droite drague les dissidents du Front. Personne à droite ne souhaite s’exprimer. Des sept élus ou collaborateurs sollicités, seul un a accepté de répondre, sans être nommé. Pour lui, un tel coup porte la marque d’un homme : « CB », soit Claude Bertrand, l’inamovible et stratège directeur de cabinet de Jean-Claude Gaudin. « Guichard, c’est un gars de chez nous, il a toujours été là. C’est tout Claude Bertrand de tenter des coups comme ça même si ça ne veut pas dire que ça servira », complète cet adjoint au maire.  Après tout, en 1986 – selon la formule de Guichard – « la droite a recyclé quelques élus d’extrême-droite pour être à la tête de la région ». C’est d’ailleurs en partie l’histoire qu’il entend raconter à son ambitieux président Antoine Maggio : « S’il fait son travail pendant les trois ans qui restent, ça peut lui permettre de continuer sa vie politique avec peut-être une proposition d’intégrer les listes de droite ». Dans les couloirs de la mairie, cette mécanique a un nom : la machine à laver.

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