Selon un nouveau rapport, ArcelorMittal continue d’exposer les ouvriers à un risque chimique

Actualité
Violette Artaud
26 Fév 2019 4

Sous le coup d'une mise en demeure concernant les risques chimiques auxquels il expose ses salariés et sous-traitants de la cokerie, ArcelorMittal écope d'un nouveau rappel à l'ordre de l'inspection du travail : des manquements persistent et l'État rappelle qu'il peut faire cesser l'activité de cette unité maîtresse de l'usine.

Plancher d'enfournement de la cokerie (2012). Photo extraite du rapport "Programme sic-2015" de l'Association pour la prise en charge des maladies éliminables.

Plancher d'enfournement de la cokerie (2012). Photo extraite du rapport "Programme sic-2015" de l'Association pour la prise en charge des maladies éliminables.

C’est un nouveau coup de semonce pour ArcelorMittal. Daté du 14 février dernier, le nouveau rapport de l’inspection du travail que Marsactu s’est procuré se montre de plus en plus menaçant pour le fabricant d’acier. Comme les précédents (lire notre dernier article), il porte toujours sur le sujet de l’exposition des travailleurs de la cokerie à des polluants. Mais cette fois-ci, il pointe en grande partie le traitement réservé aux sous-traitants.

Les sous-traitants, « ça a toujours été le problème ici », commente-t-on parmi les employés. Salariés d’entreprises extérieures ne portant pas de masques dans des zones où les émissions de gaz toxiques dépassent les normes, présence de travailleurs de sociétés n’étant pas au fait des plans de prévention des risques, voire, de sociétés n’ayant pas l’autorisation de se rendre sur le site… ArcelorMittal est toujours hors les clous, et l’État continue de brandir la sanction ultime : l’arrêt de l’activité concernée, autrement dit de la cokerie, unité qui permet de « faire tourner » l’usine sidérurgique de Fos.

Présence d’entreprise non homologuée sur le site

« J’ai constaté qu’un seul des deux salariés de l’entreprise Toscana Impianti présents [dans la cokerie, ndlr] était doté d’un détecteur de gaz permettant de mesurer la concentration en monoxyde de carbone », note l’inspectrice du travail qui s’est à nouveau rendue sur place le 16 janvier dernier. Lors de cette nouvelle inspection, l’inspectrice constate à nouveau des dépassements d’émission de polluants. Elle relève ainsi un « niveau anormalement élevé en monoxyde de carbone », gaz inodore, invisible et non irritant, mais mortel. « Le salarié continuait de travailler dans la zone […] sans prendre les mesures nécessaires », conclut-elle sur ce point.

Après avoir remarqué un second salarié sous-traitant dénué de détecteur de gaz individuel dans la zone, la fonctionnaire d’État rappelle à l’industriel ses responsabilités, y compris vis-à-vis des salariés des entreprises sous-traitantes : « vous veillerez à l’avenir à ce que soient strictement respectées les mesures de prévention », ordonne-t-elle.

Mais le manquement de l’industriel va plus loin. Il s’avère que la présence même de certains de ces hommes sur le site n’est pas autorisée. « Par courriel du 4 février 2019 vous m’indiquiez que l’entreprise La Toscana Impianti n’est plus homologuée sur le site depuis de nombreuses années. » Or, c’est bien deux salariés de cette entreprise que l’inspectrice a rencontré sur site. Marsactu n’est pas parvenu à joindre l’entreprise en question, basée en Italie. Quant à ArcelorMittal, il préfère « réserver [ses] réponses en priorité à l’autorité compétente ».

« La philosophie ici, c’est sous-traiter le danger »

« Certains salariés de sous-traitants venaient nous demander des équipements de protection, ou avaient des bleus sales parce que leur responsable ne s’en occupaient pas », se souvient un ancien responsable de la cokerie. « Je l’avais dit que les sous-traitants n’étaient pas traités à la même enseigne, réagit un syndicaliste qui pointait déjà le problème en janvier dernier. On nous dit qu’ils ont les mêmes informations, les mêmes masques ventilés, etc. Mais on sait que ce n’est pas vrai et que ce sont eux qui souffrent le plus. De toute façon, ils n’ont pas de suivi médical, donc ils viennent travailler ici et disparaissent dans la nature. » Il poursuit : « l’entrée sur le site n’est même pas contrôlée. Certaines entreprises peuvent donc entrer avec le badge d’autres. »

« En fait, la philosophie, c’est de sous-traiter le danger ! », résume un ancien salarié du site qui ne mâche plus ses mots. De fait, les deux salariés de Toscana Implanti sont deux travailleurs détachés qui ne bénéficient donc pas des mêmes protections que leurs collègues français. Si ArcelorMittal est désormais enjoint par les autorités de justifier, via des documents s’il le peut, cette présence, les réponses qu’il devra apporter à l’État ne s’arrêtent pas là. Une fois de plus, la liste de ses manquements est bien fournie.

Menace de l’arrêt de l’activité

Les salariés même d’ArcelorMittal ne sont toujours pas à l’abri. Ainsi, le 16 janvier dernier, la fonctionnaire d’État remarque un salarié équipé d’un masque ventilé dont le signal d’alarme « débit faible » est activé. « Sans que celui-ci ne prenne de disposition face à ces avertissements », écrit-elle. Et l’inspectrice de rappeler que l’employeur est « juridiquement tenu responsable » de l’utilisation des équipements de protection et qu’il est censé « assurer la formation et l’information à chaque porteur sur les conditions d’utilisation ». 

Enfin, si ce contrôle a permis de rassurer l’État sur « la mise en œuvre effective de mesures à court et moyen termes du plan d’action » fourni après la dernière mise en demeure, ce n’est pas le cas pour l’ensemble de ces mesures. Comme par exemple l’installation « de panneaux de signalétique dans les enfourneuses, relatives à l’obligation du port de protections respiratoires […] qui devaient être mis en place avant le 31 décembre 2018. »

Face à ces constats, l’État brandit toujours la menace de l’arrêt de la cokerie. « J’attire votre attention sur le fait que, lorsque que la mise en demeure préalable de l’arrêt temporaire de l’activité est infructueuse et lorsque la situation dangereuse persiste, l’agent de contrôle de l’inspection du travail peut ordonner l’arrêt temporaire de l’activité concernée. » Si la préfecture explique ne pouvoir communiquer pour le moment sur « un dossier en cours », les services de l’État semblent resserrer l’étau autour du celui qui est désigné comme le plus gros pollueur du département.

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