Retour d’un passé tumultueux entre Mennucci et le suppléant de Versini

Actualité
Lisa Castelly
30 mai 2017 2

Les campagnes ont une fâcheuse tendance à faire remonter de vieilles histoires pénalisantes pour certains candidats. Un différend entre le suppléant de Corinne Versini et Patrick Mennucci a ainsi resurgi en ce début de semaine. En 2012, le député avait alerté le procureur au sujet de menaces de mort qu'aurait proféré Saïd Ousmane Diallo à son encontre.

Ousmane Saïd Diallo, lors du lancement de campagne de Corinne Versini, dont il est suppléant. (LC)

Faut-il y voir une simple boule puante ou une fâcheuse épine dans le pied de la candidate de la République en marche (REM) dans la 4e circonscription ? Une affaire vieille de plusieurs années mêlant le suppléant de Corinne Versini et Patrick Mennucci, son adversaire socialiste, a ressurgi ce lundi, par le biais de l’appel d’une auditrice sur les ondes de France inter. « Joëlle », habitante des Bouches-du-Rhône, a interpellé Jean-Paul Delevoye, président de la commission d’investiture de la REM sur le cas de Saïd Ousmane Diallo, y voyant une atteinte à « l’éthique de la nouvelle donne présidentielle » et le recyclage « des gens du vieux système Guérini à Marseille ».

S’il est aujourd’hui suppléant de Corinne Versini, Saïd Ousmane Diallo gravitait en 2012 autour du sortant, Patrick Mennucci. « Il était dans l’équipe de campagne », croit-on savoir chez les instances locales de REM quand ce dernier, qui a soutenu Benoît Hamon pour la primaire de la gauche assurait ne jamais avoir eu sa carte au parti socialiste. « Il a prétendu faire partie de l’équipe, en réalité il a dû venir coller quatre affiches », tempère Patrick Mennucci, qui assure avoir été « stupéfait » de voir l’individu devenir le binôme de sa concurrente. Car en 2012, si le rôle de Saïd Ousmane Diallo dans la campagne de Patrick Mennucci est dur à identifier, un fort différend est né entre les deux hommes par la suite.

Une affaire de faux témoignages

Retour en arrière. Après sa victoire en juin 2012, Patrick Mennucci fait face à un recours contre son élection déposé devant le Conseil constitutionnel par un de ses concurrents du premier tour, Omar Djellil (sans étiquette). Plusieurs témoignages sont versés avec ce recours, dénonçant des achats de voix et d’autres pratiques frauduleuses. Si le recours devant le Conseil constitutionnel a été rejeté dès le mois de décembre 2012, reste la plainte déposée par le député socialiste dans la foulée pour faux témoignages, affaire qui est toujours en cours. Parmi ces témoignages, celui de Saïd Ousmane Diallo, qui, selon une lettre adressée au procureur par Patrick Mennucci que Marsactu a pu consulter, « prétend avoir payé (…) des salariés de son entreprise pour coller [ses] affiches, il parle de 4000 euros par semaine et d’une centaine de personnes ».

Saïd Ousmane Diallo n’a pas donné suite à nos sollicitations visant à confirmer ce témoignage qu’il aurait alors donné. Il n’a en tout cas pas été mis en examen dans ce dossier. Mais en parallèle Patrick Mennucci a signalé des menaces de mort à son encontre. Un enregistrement réalisé par un proche du socialiste, transmis au procureur et dont nous n’avons pu consulter que la retranscription partielle, laisserait en effet entendre l’actuel suppléant de Corinne Versini pressentir et quasiment souhaiter la mort prochaine du député.

À plusieurs reprises, il fait état d’une proximité revendiquée avec des figures marseillaises sulfureuses, prêts à en découdre avec le candidat socialiste. « Je vais le détruire », ajoute-t-il aussi selon cette retranscription partielle de l’enregistrement. « On l’a enregistré parce qu’il racontait ça partout. La personne qui a fait l’enregistrement m’a peut-être sauvé la vie », explique aujourd’hui Patrick Mennucci, qui dit avoir été placé sous protection policière un temps par la suite.

Un homme « absolument pas agressif »

Chez la République en marche, en revanche, on tente de relativiser l’affaire. « Il m’en avait déjà parlé, et je ne suis pas sûre que cela mérite autant de publicité, confie la candidate Corinne Versini, il y a deux plaintes l’une contre l’autre, dont une [pour diffamation] de Saïd Ousmane Diallo qui récuse ces propos, qui ont été selon lui déformés et enregistrés à son insu ». Une plainte dont Patrick Mennucci assure n’avoir jamais eu connaissance.

Le dépôt des candidatures étant désormais irréversible, la candidate n’a guère d’autre choix que de conserver et défendre son suppléant. « Je suis stricte sur la probité, mais là il n’y a pas de malhonnêteté. Même si bien sûr on n’a pas à tenir ce genre de propos ». Et de confirmer qu’elle a rencontré son binôme au cours de la campagne présidentielle, quand celui-ci, pourtant soutien de Benoît Hamon, a finalement souhaité rejoindre les macronistes. « Il n’est absolument pas agressif », assure-t-elle, le jugeant plutôt « passionné ».

Selon un procès-verbal transmis à la presse par Patrick Mennucci, Saïd Ousmane Diallo aurait déclaré au cours d’une audition par la police n’avoir proféré « aucune menace directe ou indirecte, mais qu’il exprimait juste le souhait, de façon enflammée, à ce que Patrick Mennucci n’évolue plus politiquement ».

« Une personnalité instable »

« Je ne crois pas qu’il en voulait à mes joursreconnaît ce dernier, mais un type qui raconte des choses pareilles, cela dénote au minimum une personnalité instable ». Le député sortant, dont la réélection est fortement compromise par l’arrivée inattendue de Jean-Luc Mélenchon face à lui se retrouve en concurrence directe avec Corinne Versini pour la qualification au second tour.

Avec cette affaire, il tient là un moyen de discréditer la candidate en Marche qui choisit comme suppléant « un mythomane »« le genre de mec qui s’infiltre partout. [Corinne Versini] doit avoir une vision de Marseille qui lui fait penser que c’est comme ça qu’il faut faire campagne », soupire-t-il. Et d’ajouter que Same Benyoub, condamné dans le cadre de l’affaire Andrieux, aurait été aperçu sur un marché en train de distribuer des tracts avec le suppléant. Une activité que dément formellement l’intéressé.

Du côté de la République en marche, on promet une riposte, avec notamment une conférence de presse ce mardi matin, suite à plusieurs « actes anti-démocratiques dans les différentes circonscriptions » à l’encontre des candidats.

Mise à jour le 30 mai à 10h30 : ajout d’une précision de Patrick Mennucci concernant la plainte qui aurait été déposée par Saïd Ousmane Diallo.


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commentaires

  1. Mathieu Trigon Mathieu Trigon

    En tout cas, dans cette circonscription aussi, il semble que les candidats pro-Macron ne soient finalement pas de si nouvelles tête que cela… Dire que tout cela nous est vendu comme un changement.

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  2. leravidemilo leravidemilo

    – Une boule puante ? peut être pas, même si ça ne sent quand même pas très bon; le fonds de l’air est fort peu « printanier ».
    – Une épine dans le pied de C Versini ? Très certainement. Et avec une épine dans le pieds « gauche » et le (gros) caillou Ferrand dans la chaussure droite, on peut certes se lever et se mettre en marche mais, en règle générale, on ne va pas très loin.
    – Autre hypothèse: Un article du traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations marseillaises qui ont raté le coche ce coup ci, pour la prochaine fois; allez y, pas de vaines hésitations, de l’audace… on peut manger la veille chez Mennuci, aller dormir chez Hamon et embaucher le lendemain chez Macron; ça s’appelle la « po ro si té », des électorats, des colleurs d’affiches, des…

    – Dernière hypothèse, sous réserve d’inventaire, le lancement (attendu) de l’opération « il faut sauver le soldat Mennuci ». Enfin, lancement… peut être que c’est le second après l’affiche « sabotée » (je demande à voir, à savoir, et je suis curieux de nature). Toujours est il que nous voilà avec un candidat PS, toujours un peu victime de coups tordus, acquérant ainsi (malgré lui?) une image de victime, au moment précis où il s’agit bien d’effacer cette image déplorable dans la tête de très nombreux électeurs qui se sentent, à juste titre et au terme de 5 ans, victimes du PS.
    Ce qui n’est pas une hypothèse dans tous les cas, mais bien un constat, c’est que le DRH d’en marche a encore foiré, et s’est embrouillé dans le levier de vitesse. A moins comme il le dit que ce soit la déléguée départementale, entrepreneuse medef, ah ces techniques entrepreneuriales…. Pour connaitre le coupable, il faut faire preuve de patience, et attendre la fin de l’exercice dit de la « patate chaude ».

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