Avec la réforme de l’éducation prioritaire, un corps spécial de remplaçants a été créé. La “brigade REP+” n’intervient que sur les journées dégagées par le nouveau dispositif pour les professeurs afin qu’il se forment ou se réunissent. Des apparitions très courtes pour des enseignants souvent jeunes et rarement volontaires pour ce poste.

« Ma collègue qui sortait d’école pleurait un soir sur deux dans le train du retour ». Estelle*, a été affectée pour la troisième rentrée consécutive à la brigade REP+, spécialisée dans les remplacements dans les écoles considérées comme les plus en difficulté. « En 2014, j’ai fait partie de la brigade test de 25 personnes. Titulaire pour la 3e année, j’étais parmi les plus vieilles dans le métier, explique la jeune femme. Nous avions tous été réquisitionnés. C’était le chaos. J’ai fait trois mois et j’ai fini en burn-out. »

Pendant ces passages éclair et parfois difficiles, les enseignants des écoles dites « REP+ » bénéficient de leur 9 jours dans l’année pour se former, faire des réunions de concertation et compenser le temps passé avec les familles des élèves. Issu de la refonte de l’éducation prioritaire (voir notre encadré ci-dessous), ce système a été testé en 2014 dans 10 zones de l’académie Aix-Marseille, avant d’être généralisé à la rentrée suivante. La brigade a alors été portée à 80 enseignants.

Les nouvelles ZEP

Les réseaux d’éducation prioritaire (REP) ont pris le relais en 2015 des zones d’éducation prioritaire. 4 critères ont été retenus pour classer les établissements : le taux de professions et catégories socioprofessionnelles défavorisées, de boursiers, d’élèves résidant en zone urbaine sensible, et d’élèves en retard à l’entrée en 6e. L’académie d’Aix-Marseille compte 29 réseaux “REP” et 33 “REP+”, comprenant chacun un collège et les écoles du secteur correspondant. Ils bénéficient d’un ensemble de mesures visant, selon le ministère de l’Éducation, à “corriger l’impact des inégalités sociales et économiques sur la réussite scolaire par un renforcement de l’action pédagogique et éducative”. Les 9 jours spécifiques pour les professeurs des écoles en font partie.

« J’ai été dans 25 écoles », de la maternelle au CM2, explique Eric*, un prof aux tempes grisonnantes. « Dans ces remplacements courts, il faut s’imposer très vite. Au bout d’un quart d’heure, il faut avoir poser « je suis le maître » ». Dans son cas, le poste de remplaçant, qu’il exerce depuis une vingtaine d’années, est un choix. Il fait exception dans la brigade, où une bonne moitié exerce depuis un ou deux ans. « Personne ne voulait y aller donc ce sont les petits barèmes qui s’y retrouvent, déplore Carole Gelly, secrétaire départementale SE-UNSA 13. S’ils ne l’ont pas demandés, ils ne devraient pas l’être. » Le syndicat, avec ses homologues, a par ailleurs lutté début 2016 pour que les brigadiers bénéficient de la même indemnisation que leurs collègues : 2 312 euros par an, obtenus après une bataille avec le ministère et le rectorat.

« Dans mon école maternelle d’Arles, il y avait des jeunes instit avec une pêche d’enfer, raconte pour sa part Claire Billès (Snuipp-FSU 13). Mais ceux qui ont craqué ont vraiment craqué. » Impossible de savoir exactement combien n’ont pas fini l’année. Le rectorat n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Notre « papi de service », comme il se définit, estime à « deux ou trois ceux qui ont craqué psychologiquement mais peut-être que cela aurait été aussi le cas s’ils avaient eu une classe ». Moins consensuelle, Estelle parle pour sa part « d’énormément d’arrêts maladie l’année test, pareil l’année dernière. Il n’y a aucun accompagnement psychologique. Pour des débuts de carrière, le poste est extrêmement démotivant. »

« Il y a des classes où cela se passe très bien mais un nouvel adulte peut être mis en difficulté, commente un professeur de CE2-CM1 dans le 15e arrondissement. Certains disent que cela les forme mais il y a d’autres manières. » « On est souvent chahutés, testés, admet Eric. Quand un élève est difficile, je propose souvent à mes collègues de le prendre dans ma classe. Mais la plupart des jeunes enseignants prennent de la graine. La preuve : plus de 80% ont resigné.”

Des semaines pleines à partir de la rentrée

Si les « brigadiers » sont affectées à un périmètre limité, et reviennent dans les mêmes écoles, c’est rarement avec les mêmes élèves. « Une classe, qu’on la voie une ou cinq fois, c’est pareil », relativise le brigadier expérimenté. Derrière le vécu des professeurs, la question est aussi celle de la continuité pédagogique. La « charte du bon accueil des brigades REP+ », diffusée par le rectorat préconise aux « remplacés » de « proposer une trame, voire le travail de la journée. À charge des brigades de s’approprier ce travail ou de partir sur d’autres séances et de laisser une trace de l’activité menée. » Dans les faits, les avis divergent sur le suivi de cette instruction. « Ça dépend vraiment des enseignants, tempère Estelle. Parfois on trouve le cahier d’appel sur la table et rien d’autre. Pour moi, être brigadier ce n’est pas être enseignant, on fait juste de la permanence. »

Pour cette deuxième année pleine, 5 des 9 jours de décharge pourraient être regroupés en une semaine pleine de remplacement. « Pédagogiquement c’est plus intéressant, commente Carole Gelly. Mais si ça se passe mal, la semaine va être très longue. » Autre acquis d’expérience : les enseignants ne seront plus remplacés tout en même temps, pour éviter de « vider l’établissement » explique l’un d’eux. L’année dernière, faute de remplaçants aux remplaçants, une grande partie des profs REP+ de l’académie n’ont pas pu bénéficier des 9 jours promis. Ou ont même fini par s’auto-remplacer.

* Le prénom a été changé à sa demande

Vous pouvez retrouver cet article dans le numéro de septembre du Ravi, le mensuel régional d’enquête et de satire dont nous sommes partenaires.

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Clémentine Vaysse
Ex-journaliste aujourd'hui agricultrice

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