Reprise d’Alteo : État et région s’engagent pour soutenir la filière rouge

Info Marsactu
le 27 Nov 2020
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Dans un courrier commun adressé au tribunal de commerce, le préfet et le président de région posent a minima 2 millions d'euros sur la table pour la valorisation de la Bauxaline, résidu de la transformation de la bauxite. Autrement appelé "boues rouges" par les riverains et écologistes qui affirment que la matière est toxique, sa commercialisation est un enjeu pour la poursuite de l'activité de l'usine d'alumine de Gardanne.

La bauxite, venue de Guinée, dont est extraite l'alumine. (Photo d'illustration issue des archives de Marsactu)

La bauxite, venue de Guinée, dont est extraite l'alumine. (Photo d'illustration issue des archives de Marsactu)

L'enjeu

Le tribunal de commerce tranchera entre deux offres de reprises d'Alteo. Celle d'UMS veut abandonner "l'amont" des activités de l'usine, responsables des résidus de bauxite stockés à Mange-Garri.

Le contexte

L’État et la région veulent soutenir financièrement la valorisation des résidus de bauxite sous forme de Bauxaline. Un choix en faveur de l'offre de reprise Alto, d'un ancien directeur de l'usine.

Encore une dernière marche à franchir. Les salariés de l’usine d’alumine d’Alteo à Gardanne ne sont pas au bout de leur peine concernant l’avenir de leur site aux presque 500 emplois actuels, fondé en 1894. La recherche de repreneurs engagée cet été dans le cadre de la procédure de redressement ouverte en décembre 2019 tourne au duel. Sur les huit repreneurs engagés initialement, seuls deux ont maintenu leur candidature. Le tribunal de commerce de Marseille examinera les offres le 8 décembre avant de prendre sa décision.

L’avenir des sites d’Alteo est sensible d’un point de vue politique et environnemental. Les résidus de Mange-Garri, boues rouges déshydratées, sont considérés comme toxiques par des riverains, des associations environnementales et des maires qui demandent l’arrêt du site de stockage. Jusqu’à présent, les principales institutions ne s’étaient pas prononcées sur les différents projets proposés.

La Bauxaline soutenue par l’État et la région

Si rien ne transpire publiquement de leur volonté, Christophe Mirmand et le président LR de la région, Renaud Muselier, se sont positionnés auprès du tribunal de commerce. Dans un courrier commun adressé au président du tribunal le 24 septembre, dont Marsactu a pu récupérer une copie, ils affirment leur soutien au maintien de l’ensemble des parties dites “amont” et “aval” de l’usine. Ils écrivent :

“À l’heure où l’État comme la Région, souhaitent mettre en œuvre des politiques offensives en matière de souveraineté et de reconquête industrielle, l’arrêt d’une partie des activités serait difficilement compréhensible et entraînerait des conséquences importantes en terme d’emploi.”

“Amont” et “aval” à l’usine d’alumine de Gardanne
Dans la partie “amont”, le minerai de bauxite est “attaquée” par un mélange de soude et d’eau à grande température pour en extraire l’alumine brute. C’est le procédé Bayer, mis au point à Gardanne à la fin du 19e Siècle et auquel les salariés sont très attachés. Cette transformation génère d’importantes quantités de résidus, les fameuses “boues rouges” ont agité le scandale parce que rejetées pendant 50 ans par une conduite à la mer au large de Cassis jusqu’à fin 2015. Depuis le 1er janvier 2016, tous ces effluents sont envoyés par des tuyaux dans des filtres-presse sur le site de Mange-Garri. Ceux-ci séparent les liquides, qui retournent à l’usine pour être traités avant d’être envoyés à la mer et les solides, stockés à Mange-Garri. La partie “aval” rassemble les opérations de raffinage de l’alumine brute pour en faire différentes alumines de spécialité.

Le préfet et le président de région sont prêts à verser des aides pour la valorisation des résidus de production de la partie “amont” stockés à Mange-Garri, et brevetés sous le nom de Bauxaline depuis deux décennies. L’objectif est d’aider à mettre sur pied une filière de cette matière utilisée en matériau de construction, soubassement de route, ou encore couverture de décharge d’ici à la fin 2022. La valorisation de la Bauxaline est présenté comme un moyen de minimiser les conséquences environnementales du site de Mange-Garri puisque cela contribuerait à diminuer les stocks qui y sont présents.

Problème, la Bauxaline est encore classé comme un déchet, en dépit des efforts d’Alteo pour la faire reconnaître comme un produit. Jusque là son utilisation est restée marginale, comme Marsactu l’observait déjà en 2010. Dans leur courrier, l’État et la région s’engagent si le repreneur poursuit l’ensemble des activités de l’usine. Jusqu’à deux millions d’euros y sont promis pour l’aide à la mise en place de démonstrateurs et un soutien “dans des montants à étudier avec le repreneur” à un investissement total de 25 millions d’euros. Le préfet Christophe Mirmand précise à Marsactu :

Il ne s’agit pas pour l’État d’intervenir dans le choix du repreneur mais de soutenir cette activité économique telle qu’elle est aujourd’hui, avec le procédé Bayer. Cette aide intervient dans une logique d’économie circulaire.”

Pour sa part sollicitée, la région n’a pas répondu à nos questions dans le temps imparti à la publication de cet article.

16 mois de dérogation pour Mange-Garri

Déjà, le préfet avait tenté de lever de potentiels freins pour les repreneurs en sécurisant le volet juridique de Mange-Garri. L’autorisation d’exploitation du site arrive à échéance le 8 juin 2021. La préfecture a accepté le principe d’une dérogation. “Il s’agit de lever l’hypothèque d’une fermeture du site de Mange-Garri qui pouvait faire obstacle à un projet de reprise. Nous avons donc décidé de proroger le site pour une durée raisonnable de 16 mois, nous dit le préfet Christophe Mirmand. À l’issue, il reviendra au repreneur de savoir ce qu’il souhaite faire en fonction de ses choix industriels.”

L’usine de Gardanne est la seul qui produit de l’alumine de spécialité en France. Parce qu’elle entre dans la composition de matériels électroniques, d’écrans tactiles, de batteries de voitures électriques, d’armements… la matière est considérée comme stratégique par plusieurs acteurs autour du dossier. Le député François-Michel Lambert (LEF) voudrait par exemple une “prise de contrôle directe ou indirecte d’Alteo” par l’État, comme il l’a exprimé dans un communiqué.

Soutien a un des repreneurs en particulier

Par leur courrier, Christophe Mirmand et Renaud Muselier expriment leur volonté de garder la transformation du minerai à Gardanne, alors qu’au niveau mondial l’essentiel du traitement de la bauxite est contrôlé par des acteur chinois et asiatiques. Et par ce fait, ils pourraient pousser pour un repreneur plutôt que pour un autre.

La seule offre qui souhaite la conservation de “l’amont” est un plan de cession porté par un ancien directeur des opérations de l’usine, Xavier Perrier. Celui-ci s’est associé dans les derniers instants avec Alain de Krassny. L’homme d’affaire spécialisé dans le secteur de la chimie est propriétaire de Kem one et de Donau chemie, qui pèsent plus d’un milliard de chiffre d’affaires annuel. La future entreprise qui reprendrait le site gardannais s’appellerait Alto.

L’autre offre propose un plan de continuation de l’activité associant l’actionnaire actuel, le fond d’investissement américain HIG et une société spécialisée en logistique minière en Afrique de l’ouest. United mining supply (UMS) dirigé par le Franco-guinéen Fadi Wazni est membre d’un consortium sino-singapouro-guinéen qui compte parmi les leaders du marché mondial de la bauxite, SMB Winning. UMS veut arrêter “l’amont” après une période de transition de neuf à douze mois. Dans ce scénario, de l’alumine brute extraite de la bauxite en Guinée-Conakry serait importée à Gardanne et le site pourrait perdre jusqu’à une centaine d’emplois.

Controverse sur la toxicité de la Bauxaline

L’avènement de la filière de la Bauxaline, déjà envisagée depuis le milieu des années 1990, n’est pas gagné d’avance. Si Alteo affirme que le matériau est inerte et donc tout à fait commercialisable, l’association ZEA soutien qu’il est toxique par la présence de métaux lourds et a une radioactivité naturelle renforcée qu’elle juge problématique. Chacun avançant les analyses qu’il a fait réaliser.

En janvier 2019, les préfets des Pyrénées-Atlantiques et des Landes ont pris un arrêté commun pour stopper “tout apport et toute utilisation de Bauxaline et faire évacuer la Bauxaline utilisée sur le chantier de dépollution d’une aciérie du port de Bayonne en vue d’un traitement ou d’une élimination. Comme dans les décharges d’Entressen et du Mentaure auparavant, les camions amenant la matière ayant fait biper les portiques de contrôle de la radioactivité situés à l’entrée de ce site, ce qui a agité une polémique avant que les préfets ne prennent leur décision, comme l’a raconté Sud Ouest.

De la Bauxaline en Afrique pour faire des briques ?

Le promoteur du projet Alto envisage de commercialiser la Bauxaline en Afrique. “Pour l’instant c’est une option”, nous précise-il. Dans des documents transmis au tribunal de commerce que nous avons pu consulter, la société britannique Cofimin, partenaire de Xavier Perrier, propose la mise en place d’une filière circulaire entre le port d’Abidjan et Gardanne. La bauxite serait alors importée depuis la mine de Cofimin en Côte d’Ivoire et les bateaux l’acheminant repartiraient de Fos chargés de Bauxaline. Celle-ci alimenterait une briqueterie installée sur le port d’Abidjan. À raison de 60 000 tonnes de Bauxaline ainsi exportées par mois le document projette une “élimination totale des résidus de bauxite sur 6 ans”, qui sont actuellement à Mange-Garri.

Alto comme UMS ont jusqu’au 8 décembre pour améliorer leur offre de reprise. Bien plus que de consacrer le choix d’une entreprise, la décision du tribunal de commerce fixera le cap d’une continuité ou d’un changement de la façon de produire à Gardanne. Et les débats sur l’emploi et l’environnement à propos de cette usine auront encore de beaux jours devant eux.

(Avec Benoît Gilles)

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Commentaires

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  1. Jacques89 Jacques89

    On se demande bien pourquoi le Préfet de Région vient signer cette lettre qui engage l’Etat dans un choix technique (sur lequel il n’est pas compétent) dans le but de sauver des emplois; Le Maire, ou Pannier-Runacher, à la limite, mais un Préfet… ?
    Vu le contexte, cette signature à vraiment l’apparence d’une « couverture environnementale » (la Mission Régionale de l’Autorité Environnementale étant désormais assurée par le Préfet de Région – officiellement depuis le décret du 3/07/2020) probablement demandée par le repreneur qui sait très bien que l’entreprise n’est pas viable s’il doit respecter les règles dictées dernièrement. Si cette opération renardmuselienne, obscure par nature, arrive au bout, on peut d’ores et déjà en conclure que les inspecteurs de la DREAL resteront bien sagement dans leur bureau et éviteront de tourner autour de Mange-Garri ou des filets des pêcheurs de Cassis. Mais au moins on saura à qui on doit d’être toujours « dans le rouge ».

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    si après ça le tribunal de commerce ne sait pas quelle offre retenir !!
    c’est tout de même étrange qu’un Etat représenté ici par le Préfet qui ne jure que part le marché et la libre concurrence et un président de Région ultra libéral mettent 2M d’euros d’argent public dans une entreprise en cessation de paiement en faussant ainsi la concurrence entre 2 offres
    cette entreprise n’a rien à voir avec la réindustrialisation elle reçoit des matériaux (transport maritime + routier ) les transforment et les envoient en Chine ( re transports ) où ils sont valorisés mais stockent les déchets en France
    ces mêmes déchets que l’ont trouvent déjà dans des crassiers le long de l’Huveaune et du ruisseau des Aygalades

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  3. Flo___ Flo___

    Et voilà la France-Afrique qui revient : un déchet chez nous qu’on “valorise” en Afrique pour que les africains puissent habiter dans de belles maisons radioactives… Un gros air de déjà vu (scandale AREVA, …) !

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  4. recherche recherche

    Il est intéressant de constater que HIG envisage l’arrêt du “rouge” alors qu’il y a un an le directeur de l’usine disait publiquement qu’il n’en était pas question !

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