Rentrée sur le fil pour les enfants roms

Actualité
Lisa Castelly
2 Sep 2017 2

Après un été marqué par des expulsions de squats régulières, touchant près de 300 personnes de la communauté rom, la rentrée à l'école de nombreux enfants n'est pas assurée, ou se jouera à la dernière minute.

Un bras dans le plâtre et l’autre tendu pour demander quelques euros, le gamin a l’air songeur. Il a peut-être 7 ou 8 ans, une bonne bouille bien ronde, le teint mat et des cheveux bruns qui rebiquent. Il est adossé au pied d’un distributeur de billets. “Tu vas à l’école toi ?”, lui demande-t-on. “Oui !”, répond-il d’abord. “Et l’école c’est dans trois jours, hein ?”, interroge-t-il après un petit silence. Après calcul, c’est plutôt 4 jours qu’il lui reste à attendre. Il pousse un soupir de déception mêlé d’impatience. “Moi j’ai tout, les cahiers, la trousse, le sac !”. Toujours assis au sol en pleine rue, sa mère le surveillant du regard quelques mètres plus loin. Le petit fatigué laisse apparaître un écolier pétillant. Lundi, c’est sur les bancs de l’école qu’il usera son pantalon, plutôt que sur un bout de trottoir.

Après un été particulièrement mouvementé, la rentrée ressemble pour les enfants roms marseillais à un phare dans l’obscurité. À partir d’avril et jusqu’à la semaine dernière, près de 300 personnes ont été expulsées des squats qu’ils occupaient, à plusieurs reprises pour certains. En ce début septembre, le retour à l’école peut s’avérer très compliqué pour les enfants concernés.

De nouveaux lieux de vie loin de l’école

Les familles ont posé leurs bagages dans des lieux plus ou moins provisoires, et une bonne partie s’est éloignée de l’école où les enfants étaient scolarisés. “Le plus gros souci, c’est pour ceux qui était au squat de la rue Magallon [15e arrondissement, ndlr], précise Jane Bouvier, fondatrice de l’association l’École au présent. Beaucoup sont partis vers des squats à la Capelette (10e) et ne pourront pas continuer d’aller à l’école où ils étaient inscrits, c’est beaucoup trop loin”. 250 personnes environ vivaient depuis plus de deux ans dans cet ancien bâtiment industriel en face de la station de métro Bougainville. Les associations y menaient un travail d’intégration et de stabilisation de longue haleine. Sans surprise, la dispersion sans solution de relogements de ce qui était le plus grand squat de Marseille pose de nombreux problèmes.

Certains petits groupes, réinstallés à proximité, s’étaient vus de nouveau expulsés d’un autre squat dans les jours qui avaient suivi l’expulsion. Ils ont donc rejoints pour la plupart la Capelette (10e). “Mais dans les trois écoles du secteur c’est archi-plein, ils ne pourront pas aller en classe lundi, déplore cette militante acharnée de la scolarisation. J’ai coutume de dire qu’une expulsion revient à 6 mois de déscolarisation, et j’ai bien peur que cette fois-ci, cela se vérifie”. Selon ses comptes 35 enfants auparavant scolarisés ne prendront pas le chemin de l’école ce lundi.

Crises de larmes

Une poignée de famille a toutefois tenté de rester dans l’arrondissement, et occupe depuis plusieurs semaines un bout de trottoir triangulaire dans les environs de la Madrague-Ville. Une petite dizaine de baraques s’y sont construites, bien qu’un recours devant le tribunal administratif doit, dans quelques jours, décider de leur sort. Comme à son habitude, Jane Bouvier slalome entre les cabanes, à la recherche des familles pour lesquelles elle tente in extremis de trouver une place dans l’école du quartier, avec son téléphone en guise de Photomaton et de photocopieuse pour les papiers officiels.

À trois jours de la rentrée, les enfants récupèrent des fournitures distribués par l’École au présent. (LC)

Dans ce mini bidonville, trois ou quatre enfants retrouveront leur école habituelle dès lundi, parfois même avec un accès à la cantine. À ceux-là, elle distribue des trousses remplies et des cartables offerts par le Rotary club. Le tout en essayant de rester à l’abri des regards des enfants pour qui les tentatives d’inscription n’ont encore rien donné. Ces derniers jours, Jane Bouvier a dû faire face à de nombreuses crises de larmes – et de nerfs – de la part de petits et de leurs parents.

À la mairie de Marseille, on confirme ce “problème récurrent”. “Heureusement, nous travaillons en étroite collaboration avec les associations qui viennent à la direction de l’éducation rue Fauchier, précise l’adjointe aux école Danièle Casanova. Tous les élèves sont inscrits même s’ils n’ont pas de certificat de résidence. Mais à chaque démolition de bidonville, nous devons trouver une nouvelle école d’affectation près de l’endroit où ils vivent.” Mais parfois, comme c’est le cas à la Capelette, les classes débordent déjà. Jane Bouvier envisage d’interpeller l’Inspection académique à ce sujet, avec les 35 dossiers d’enfants impossibles à scolariser sous le bras.

Cartables perdus

Aussi expulsés dans le courant de l’été, les familles qui vivaient dans un ancien garage sur le boulevard Capitaine-Gèze (15e) ont retrouvé un lieu similaire et à l’abri des regards, à proximité. “Lui il sera dans la classe où j’étais l’année dernière !”, raille un petit garçon en montrant son voisin. Tous les enfants scolarisés pourront retrouver leur école, et pour certains, faire leur entrée au collège, voire au lycée professionnel.

“Mais moi j’ai pas de sac !”, s’inquiète un autre qui fait sa rentrée en sixième. “Il est où ?”, le questionne Jane Bouvier qui le suit depuis plusieurs années. “Là-bas !”, explique-t-il en tendant la main dans la direction de l’ancien squat. “Ils n’ont pas eu le temps de prendre leurs affaires, on n’avait pas été prévenus”, complète-t-elle. En attendant, le petit garçon aux grands yeux bruns réceptionne avec satisfaction et sérieux un classeur et des feuilles de copie doubles grand format pour son entrée dans le secondaire.

En arrière-plan des enfants excités – “plus que trois jours !” – les parents qui parlent souvent un français approximatif contrairement à leurs enfants qui ont pour certains le parler de petits Marseillais, s’efforcent de retenir l’heure, le lieu et le jour de rentrée de chaque bambin. Mais ce chemin de l’école, pourront-ils le prendre jusqu’en juin sans mauvaise surprise ?

Ces dernières années, les associations marseillaises de défense de Roms avaient réussi à obtenir que les expulsions n’aient pas en lieu en période scolaire. Une entente avec la préfecture mise à mal ces derniers mois. La nouvelle préfète déléguée pour l’égalité des chances, Marie-Emmanuelle Assidon qui arrive ce mois-ci est donc attendue au tournant.

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