Rénovation urbaine : 760 millions et des impasses

Actualité
le 17 Mar 2022
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À quelques heures de la trêve électorale, Nadia Hai est venue valider la promesse présidentielle de doubler l'enveloppe financière consacrée à la rénovation urbaine à Marseille. Aux 660 millions de l'ANRU s'ajoute 112 millions destinés aux logements privés. Pour atteindre le milliard espéré, il faudra attendre 2024.

Entourée des élus locaux, Nadia Hai signe les premières conventions du nouveau programme de rénovation urbaine. (Photo : BG)

Entourée des élus locaux, Nadia Hai signe les premières conventions du nouveau programme de rénovation urbaine. (Photo : BG)

À quelques heures près, la signature n’aurait pas eu lieu. Elle a bien failli être remise à ces lendemains brumeux post-électoraux, pour cause de période de réserve électorale démarrant ce vendredi. Ce mercredi matin, la ministre de la Ville, Nadia Hai était en préfecture pour assister à la signature de deux conventions de projets de renouvellement urbain des quartiers Air-Bel (11e) et Saint-Barthélémy-Malpassé (14e). Comme Marsactu l’a raconté, cette signature a été maintes fois reportée, la Ville ne souhaitant pas voir l’unique convention de l’Est marseillais signée de manière isolée.

D’ailleurs, chacun vient souligner le “running gag” qui trouve enfin sa chute. “C’est votre 14e visite dans le département, c’est un chiffre important”, note ainsi le préfet Christophe Mirmand. “Vous êtes ici chez vous, sourit le maire Benoît Payan (PS). On devrait pouvoir vous fournir la carte d’identité de Marseille”. “J’aurais deux mots : enfin et merci“, formule la présidente de la métropole Martine Vassal (ex-LR) qui avait par trois fois préparé les parapheurs. Cette fois-ci, les stylos sont dégainés et tout le monde peut poser pour la postérité avec ces deux programmes qui entrent en phase opérationnelle.

Service après-vente du plan Marseille en grand

Au-delà des conventions signées, la ministre est surtout là pour parachever le plan Marseille en grand et valider la promesse présidentielle de multiplier par deux l’enveloppe consacrée à la rénovation urbaine à Marseille, en passant de 300 à 600 millions d’euros.

Six mois plus tard, la promesse est tenue, légèrement réévaluée même avec désormais 650 millions d’euros promis. À cette somme, il faut ajouter 112 millions de l’agence nationale d’amélioration de l’habitat (ANAH) destinés au centre-ville et aux grandes copropriétés, portant le montant global à 762 millions. Cela permet à la municipalité de dire que la promesse présidentielle est dépassée. En réalité, la pluie de millions n’atteint pas la cataracte attendue par la Ville et la métropole qui chiffraient à près d’un milliard leurs attentes.

“196 millions pour le centre, ville, 117 milllions pour la Castellane-Bricarde, 110 millions pour Saint-Barthélémy-Malpassé, 60 millions pour Air-Bel, 48 millions à Kalliste et la Solidarité, 35 millions à la Savine, 33 millions pour Frais-Vallon…” Au micro, la ministre Nadia Hai égraine les millions, projet par projet. Les qualificatifs qui entourent la manne sont au niveau de cet alignement de zéros : “Jamais l’ANRU n’a été aussi loin”, “le plus grand plan de rénovation urbaine en France et à Marseille”, “un accord historique…”

2800 logements sociaux à démolir et reconstruire

Derrière les millions, ce sont 2800 logements sociaux qui vont être démolis et reconstruits “le plus souvent dans d’autres quartiers”, 2300 autres seront rénovés, ainsi que 1300 logements privés destinés à “être recyclés”.

Il y a toujours des calibrages, le plus souvent à la baisse. Là, il y a un calibrage à hausse avec 650 millions.

Nadia Hai, ministre

Chacun se réjouit d’avoir touché au but, en faisant aboutir ces dossiers en un temps record, grâce notamment à une cellule d’ingénierie dédiée à ce dossier. “Ce qui est historique, c’est qu’on vient d’avoir un comité national d’engagement pour valider les projets et, quelques jours après, on confirme cette enveloppe-là, explique Nadia Hai. Il y a toujours des calibrages, le plus souvent à la baisse. Là, il y a un calibrage à hausse avec 650 millions”. Le “petit” plus de 50 millions correspond à la somme fléchée sur la Cabucelle et Campagne-Lévêque dont les projets doivent être présentés à un nouveau comité national d’engagement, avant l’été.

Saluée par toutes et tous avec force “madame la maire adjointe”, Samia Ghali est la cheville ouvrière principale de cette accélération des validations. Son action n’a pas débouché sur le milliard attendu mais la signature sonne comme une victoire collective, applaudie de gauche à droite. “Élue de fer et de faire”, formule Benoît Payan, décrochant un sourire de son alliée. “Tu t’es battue à Marseille comme à Paris”, salue Nadia Hai.

Rendez-vous en 2024 pour espérer le milliard

Mais la véritable nouveauté est la cause de revoyure fixée à 2024. “Si les projets ont suffisamment avancé à ce moment-là, alors on pourra faire évoluer cette enveloppe à la hausse”, soutient la ministre.

La directrice générale de l’ANRU, Anne-Claire Mialot détaille ce dispositif inédit. “Les projets qui sont présentés en comité ne sont jamais financés à 100%. De toute façon, nous sommes tenus par la loi, votée par le parlement et qui prévoit que les projets du nouveau programme de rénovation urbaine soient engagés avant fin 2026. Si ce n’est pas le cas, ces sommes seront perdues. C’est aussi pour cette raison que tout ne peut être validé en une seule fois. Cette clause de revoyure nous permettra de faire le point sur ce qui a avancé et ce qui reste à financer“.

Très concrètement, la Ville avait déposé dans la corbeille de l’Anru un beau tas d’équipements qu’elle espérait voir financés à un taux appréciable. De cette forêt, il n’en reste que 28 dont 12 groupes scolaires “en plus de ceux visés par le plan écoles” et sept centres sociaux. “C’est comme quand on va chercher un crédit à la banque pour refaire sa maison, plaisante une proche du dossier. Si on peut obtenir un peu plus pour refaire la maison au fond du jardin, on essaie“. La Ville a ainsi tenté de faire financer sa part de l’école internationale d’Arenc par l’Anru, en vain. L’essentiel des financements sera donc consacré aux questions d’habitat.

Les équipements du centre-ville attendront

Cette focalisation est particulièrement visible sur le centre-ville où l’équipe municipale espérait 350 à 360 millions de financements ANRU. Les 197 millions annoncés endeuillent un peu cet espoir. “La Ville avait positionné 37 équipements, reconnaît David Yitier, vice-président de la métropole et président de la SPLA-IN, la structure de lutte contre l’habitat indigne. Pour l’heure, l’ANRU a validé le volet habitat et en particulier notre méthode de travail qui est d’agir à la fois sur les quatre îlots prioritaires et sur ce qu’on appelle le 5e élément, constitué d’immeubles un peu partout dans le périmètre“.

La rénovation de 16 immeubles dégradés du centre-ville,  propriétés publiques, est aussi au programme.

Aux dires de l’élu métropolitain, la validation du volet habitat n’était pas non plus courue d’avance. “Notre volonté était d’arriver à un financement de l’ANRU à 70% sur ces immeubles. Le règlement de l’agence prévoit que ce taux de financement ne peut être accordé qu’à des immeubles sur lesquels ont été prononcés une interdiction d’habiter, détaille David Ytier. Or, ce n’est pas le cas. Et, ce d’autant plus que la plupart de ces immeubles sont propriété publique depuis longtemps“.

Dans le cadre de l’enquête la Grande Vacance, Marsactu et ses partenaires avaient raconté comment la Ville avait laissé pourrir des biens dont elle était propriétaire ou qu’elle avait confiés à ses concessionnaires, en particulier la Soleam et Marseille Habitat. Parmi ceux-ci, seize immeubles d’abord confiés à 13 Habitat vont donc finir dans le patrimoine de la SPLA-IN pour constituer ce cinquième élément. Des immeubles en ruines au cinquième élément, c’est le miracle de la rénovation urbaine…

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Commentaires

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  1. AlabArque AlabArque

    Merci MarsActu pour cette bonne nouvelle, merci Bruno Gilles pour cette présentation.
    Un détail dans le dernier § ATTENTION :
    … ‘(MarsActu & ses partenaires avaient raconté) comment la ville avait laissé pourrir des biens dont elle était propriétaire, ou qu’elle avait confiéS ‘ … (oui, il faut quand même accorder ce fichu PPP avec le COD au pluriel ‘les biens’ !-).
    Désolée, c’est dur avant le petit déj’, et ma f

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  2. AlabArque AlabArque

    … ma faute de frappe dans le premier commentaire (VILLA pour VILLE) est agaçante, or voici que de nouveau, sans doute une crasse dans mon clavier, la touche ‘Retour arrière’ pour correction N’EFFACE PAS, au lieu de quoi c’est la touche ‘ENVOI’ qui s’active toute seule. Grrrr.
    Je vais sortir Bravy, mon vieux caniche aveugle, avant qu’il ait fait son ‘métier de chien’ dans la cuisine …
    Bien à vous

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      pourquoi ne pas faire un message direct au journaliste?

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    • jo147 jo147

      Puisqu’on chipote sur l’orthographe (à raison :), chipotons aussi sur les noms. L’auteur de cet article est Benoit Gilles et non Bruno Gilles. Un détail, certes, mais pour ma part, je n’aurais pas aimé me faire traiter de Bruno Gilles.

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  3. Dark Vador Dark Vador

    N’exagérons pas @jo147, je n’ai pas de sympathie particulière pour Bruno Gilles et je ne suis pas de son bord, mais de là à vous sentir injurié… Il a eu des choix à faire, sans doute contestables, tintés de “politicaillerie” mais il ne mérite pas cet opprobre…

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