Rénovation d’Air-Bel : pourquoi la Ville pose des lapins à la ministre Nadia Hai

Info Marsactu
le 23 Fév 2022
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Depuis l'automne, la ministre de la Ville, Nadia Hai, vient à Marseille dans l'objectif de signer la convention pour la rénovation de la cité d'Air-Bel (11e). Par trois fois au moins, la signature a été ajournée. Selon nos informations, la municipalité refuse de valider une convention isolée, avant celles des autres sites du Nord et du centre-ville.

Nadia Hai, ministre de la Ville et Élisabeth Borne, ministre de l'Emploi à la Friche Belle-de-Mai en février 2022. (Photo : Jeanne Bey)

Nadia Hai, ministre de la Ville et Élisabeth Borne, ministre de l'Emploi à la Friche Belle-de-Mai en février 2022. (Photo : Jeanne Bey)

Le stylo était dans le sac, prêt à être dégainé. Par trois fois au moins, la ministre de la Ville, Nadia Hai est venue à Marseille pour signer la convention du projet de renouvellement urbain de la cité Air-Bel (11e arrondissement). Par trois fois, la ministre a dû remiser son stylo et poursuivre son programme sans passer par l’imposante cité des quartiers Est de la ville qui attend sa rénovation depuis dix ans. Lors de sa dernière visite, la signature était même annoncée aux journalistes avant de disparaître précipitamment de la note détaillant le déplacement ministériel.

Avant elle, en décembre, le Premier ministre Jean Castex était censé signer ladite convention qui lie l’ensemble des partenaires d’un projet estimé à 77 millions d’euros. Dans un entretien à 20 Minutes, la maire-adjointe Samia Ghali l’annonçait tout en précisant : “Pour moi, Air-Bel ne passera pas avant la Busserine, ou la Castellane. Il n’y a pas de hiérarchisation des territoires. C’est tout en même temps”.

La doctrine du “tout en même temps”

En attendant, ce sont des milliers d’habitants qui doivent attendre encore des mois pour voir leur habitat évoluer dans le bon sens.

Sylvain Souvestre, maire (LR) des 11/12

Deux mois plus tard, cette stratégie ne débouche sur aucune signature. Et les remous commencent à monter à gros bouillon. “Je suis très en colère, s’exclame le maire de secteur LR des 11e et 12e, Sylvain Souvestre quand on lui soumet le sujet. La dernière fois, nous avons été prévenus dans la soirée que la signature n’aurait pas lieu, le lendemain à 10 heures. En attendant, ce sont des milliers d’habitants qui doivent attendre encore des mois pour voir leur habitat évoluer dans le bon sens”.

D’après nos informations, ce jour-là, la métropole avait prévu de réunir autour de la présidente Martine Vassal (LR), l’ensemble des vice-présidents concernés pour parapher le document contractuel, avec l’onction d’un sourire ministériel. Même si ce n’est jamais un ou une ministre qui signe mais le représentant de l’État sur place, en l’occurrence le préfet de région, la présence d’un membre du gouvernement donne un poids symbolique à la cérémonie.

Jusque dans les services de l’État, on rit jaune du “running gag” de cette signature sans cesse reportée. La blague a forcément une chute et celle-ci se rapproche à grande vitesse. En effet, avec l’élection présidentielle commence la période de réserve qui s’impose à tous les services de l’État. Plus question à ce moment-là de sortir stylos et parapheurs. Elle démarrera avec la campagne officielle le 28 mars prochain. En revanche, personne du côté de l’État ne veut s’étendre sur les raisons qui justifient un tel retard à l’allumage.

L’Est contre le Nord ?

Le maire de secteur, Sylvain Souvestre, lui, n’y va pas par quatre chemins : “Air-Bel ne doit pas être lésé pour des raisons politiques parce que Samia Ghali a décidé que les quartiers où elle est implantée devaient passer avant”. En clair, l’élu LR s’explique le retard par la volonté de l’adjointe (DVG) chargée de la rénovation urbaine de privilégier les territoires où elle est électoralement ancrée.

Nadia Hai (au centre) lors d’une visite de la Castellane (16e) en compagnie de Samia Ghali (à gauche) en janvier 2022. (Photo : VA)

“Pas du tout !, contre Samia Ghali. Au contraire, ma volonté est d’assurer le financement de tous les dossiers sur toute la Ville. Je ne voulais pas qu’on signe une cité, sans avoir de réponses sur les autres. On ne fera pas Air-Bel, sans faire la Castellane et sans faire la Busserine. Cela ne marchera pas comme ça !” Elle y ajoute des détails techniques qui restent à régler : “Je veux savoir ce qu’on fait de l’école, du centre social et tout ceci a un impact sur la voirie. Pour ne rien vous cacher, j’attends le retour du service éducation qui tarde un peu“. Ces détails ne figureront pourtant pas dans la convention qui pose des principes bien plus généraux.

L’élue attend donc la seconde réunion du comité national d’engagement, prévue le 9 mars prochain, pour engager les signatures des conventions. “Je compte les présenter toutes en même temps au conseil municipal d’avril”, prévient-elle.

On a un peu de temps, la convention d’Air-Bel a déjà été votée, s’il faut on la signera.

Samia Ghali, maire-adjointe chargée de la rénovation urbaine

Un agenda qui pose un hic : si elles doivent passer devant l’assemblée délibérante avant d’être signé par l’ensemble des partenaires, alors, les conventions vont buter sur la période de réserve imposée par la longue séquence électorale. “Mais entre le 9 mars et le 28 mars, on a un peu de temps, la convention d’Air-Bel a déjà été votée, s’il faut on la signera, assure Samia Ghali. Je n’ai pas de problème avec ça”. Une position un poil contradictoire avec le “tout en même temps” défendu précédemment.

Dans l’entourage de la ministre de la Ville, Nadia Hai, on se positionne sur une ligne prudente. “Il a été souhaité que s’achève le processus de validation des différents projets NPNRU [Nouveau programme de rénovation urbaine, ndlr]. Dès lors que les différents projets auront été validés, la ministre procèdera, en lien avec les acteurs locaux et notamment les élus locaux, au lancement opérationnel de la rénovation urbaine à Marseille avec notamment la signature de la convention Air-Bel”, nous répond-on.

Le coût du retard pour les bailleurs

Mais ce vire-vire politique agace bien au-delà des cercles institutionnels. Dans un courrier adressé à Martine Vassal et Benoît Payan daté du 28 janvier, les trois bailleurs sociaux présents à Aix-Bel, Unicil, Erilia et Logirem prennent moins de gants :

À ce jour, après plusieurs séquences de lancement organisées puis annulées ou effectuées sans la présence des bailleurs, nous sommes toujours en attente d’une réunion publique ou d’une autre forme de communication marquant le lancement du projet de renouvellement urbain.”

Outre les questions protocolaires, cette attente sans horizon a un coût. En effet, les trois bailleurs ont mandaté un cabinet conseil, Citémétrie, pour que celui-ci démarre la concertation qui doit durer toute l’année. “Depuis le mois de septembre 2021, les bailleurs supportent la charge du dispositif de maîtrise d’œuvre urbaine et sociale sans visibilité sur le démarrage opérationnel”, expliquent-ils.

De la même manière, Unicil avait prévu de détruire un premier immeuble dès 2022. Le glissement de calendrier a donc un effet très concret sur le chantier. Or, ce bâtiment accueille plusieurs locaux associatifs. “Pour les associations, ce n’est pas simple de travailler sans savoir où elles vont être relogées, estime Rania Aouagaci, médiatrice à l’amicale de locataires. Aujourd’hui, les gens ne savent pas s’ils vont voir leur appartement rénové ni quand ils vont être relogés”. Après 10 ans d’attente, ils peuvent bien patienter quelques mois de plus…

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Commentaires

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  1. marseillais marseillais

    Pourquoi la ville pose des lapins à Nadia Hail ?
    Tout simplement parce-que Samia Ghali fait son caprice et, reine du clientélisme à l’ancienne, se fout de tout ce qui n’est pas de son secteur de prédilection.
    Le PRU Air Bel est prêt. Les autres plans des quartiers nord ne le sont pas.
    Au mépris des habitants de cette immense cité des quartiers Est, la signature attendra.
    Ne vous méprenez pas, je suis de gauche et ne défend en rien la mairie du 11/12.
    Pensons avant tout à l’intérêt commun.
    Et ne reproduisons pas ce que la mairie actuelle a reproché à l’équipe Gaudin, de ne pas utiliser l’argent de l’état, voire de l’Europe, pour les réhabilitations.
    Conflit d’intérêt pour la miss Samia.

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  2. Patjoub Patjoub

    Ce que l’article ne permet pas de comprendre, c’est pourquoi les conventions Anru dss auprès cités ont du retard.
    Est-ce que c’est la faute de la Métropole qui n’a couché pas des questions de voirie ou de logement, et donc la Ville lui met la pression ? Ou bien est-ce que c’est l’Anru qui tarde à décider ? Ou bien, comme on peut le comprendre en lisant l’article, c’est au sein même des services de la mairie que ça traîne ?

    Car ça ne me choque pas que la Ville mette la pression pour faire bouger tous les autres. Mais qu’on soit transparent sur les raisons qui obligent les habitants à attendre encore, et les bailleurs à perdre de l’argent.

    Sinon, ça laisse la place à des soupçons de clientèlisme de Samoa Ghali

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Au bout d’un moment l’Etat risque de dire que si les aides n’intéressent pas la municipalité marseillaise, et bien l’Etat les expediera ailleurs.

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  4. Jean-Pierre Jean-Pierre

    Mme Ghali, qui a fait ses classes à l’époque “Gaudin” et digne héritière du socialisme marseillais à la Deferre (et que les marseillais n’ont pas choisi lors des municipales), préfère donc laisser des habitants dans la situation actuelle, plutôt que d’avancer, quitte à le faire au cas par cas… Quel humanisme !!!

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