Renaud Muselier, l’absent invité principal des débats du conseil municipal

Actualité
le 13 Déc 2024
9

Au conseil municipal ce jeudi 12 décembre, les discussions ont été particulièrement politiques. Et si le président de région n'est pas élu à la Ville, l'annonce de sa possible entrée en lice dans le 6/8 pour 2026 s'est invitée dans les échanges, à droite comme à gauche.

Le conseil municipal de Marseille, le 12 décembre 2024. (Photo : Marie Lagache)
Le conseil municipal de Marseille, le 12 décembre 2024. (Photo : Marie Lagache)

Le conseil municipal de Marseille, le 12 décembre 2024. (Photo : Marie Lagache)

Il est, parfois, des absents très présents. Le conseil municipal marseillais de ce jeudi 12 décembre a été la parfaite illustration de ce paradoxe. Car en dépit d’un ordre du jour copieux — 118 rapports au menu, dont le vote du budget primitif en plat de résistance —, c’est l’annonce de la candidature possible de Renaud Muselier dans le 6/8 en 2026 qui a agité les esprits et saupoudré les débats d’un rien de poil à gratter. Certes, le président (Renaissance) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’est pas présent dans l’hémicycle, puisqu’il n’est pas élu à la mairie de Marseille. Mais son accélération sur l’échiquier des prochaines municipales, via la parution d’une lettre deux jours avant le conseil, n’en est que plus commentée.

Ça commence dès l’appel des élus. C’est dire. Comme rituellement, Théo Challande Névoret, le benjamin de l’assemblée, égraine les noms des élus de tous bords et finit par le dernier : “Martine Vassal ?” “Présente”, répond la présidente (divers droite) de la métropole et du département. “Renaud Muselier ?”, embraye une voix dans les rangs du Printemps marseillais, qui récolte quelques rires appréciateurs. Le ton est donné, et la majorité municipale a bien appris son rôle. Il tient en deux mouvements : taper sur Renaud Muselier d’une part, et brosser Martine Vassal dans le sens du poil, de l’autre. Histoire d’ajouter ce qu’il faut de sel sur les plaies d’une droite clairement écartelée par le mouvement inattendu du président de la région.

Communication non verbale

Dès la première délibération sur l’approbation d’une “feuille de route” autour de la stratégie portuaire, le jeu est lancé. Isabelle Campagnola-Savon, conseillère municipale d’opposition et membre (Horizons) de la majorité régionale museliériste, provoque des rires en cherchant à harponner le maire sur le sujet. À ses yeux, les actions de la ville dans le domaine ne sont “que du vent”. Se faisant la porte-parole de la région et de sa politique dans le domaine, elle fustige un “théâtre absurde où chacun joue sa partition”. “Comme Muselier ?”, interroge en retour un conseiller municipal. Ça pouffe à gauche, ça lève les yeux au ciel à droite. Et au moment des applaudissements, les lignes de fractures sont nettes à droite : l’aile Muselier-compatible fait la claque, tandis qu’autour de Martine Vassal, on reste de marbre. Dans un conseil municipal, “il y a les débats, mais la communication non verbale, c’est important, aussi”, s’amuse, sourire en coin, un conseiller politique.

Pour l’occasion, chaque camp a affûté ses éléments de langage. La présidente de la métropole et Benoît Payan, maire (divers gauche) de Marseille, poursuivent dans la même ligne de nage que lors du dernier conseil métropolitain en affichant une non-agression de bon aloi. “Il viendra le temps de s’affronter, mais aujourd’hui, c’est le temps de la responsabilité pour avancer”, pose la première. Le second rebondit et se félicite du “travail mené en commun avec la métropole”. Le discours est policé et ferait presque passer les chicayas d’antan pour un mauvais rêve.

En revanche, le maire ne retient pas ses coups contre Renaud Muselier : “Je sais qu’il y en a qui rêvent des élections, qui pensent que les élections, c’est demain matin. Un peu de calme !” Ses troupes sont au diapason et ont bien bossé leurs punchlines. Comme Joël Canicave, l’adjoint aux finances, lors de la présentation de son budget : “Madame la Présidente, nous vous disons merci pour l’effort consenti par la métropole. Nous savons reconnaître ceux qui, par-delà les clivages, savent tenir leurs promesses. A contrario, que dire de celles et ceux qui la jouent perso (…), ceux qui abandonnent la cité du cinéma du jour au lendemain, ceux qui bradent la politique d’insertion pour préserver deux canons à neige, (…) ceux qui regardent langoureusement vers Nice ?”

“Passion su ski”

Au fil des heures et des rapports, les métaphores sur la “passion du ski” du président de région, qui porte l’organisation des Jeux olympiques dans les Alpes en 2030, font florès. En parallèle, les élus du Printemps marseillais, de Christine Juste à Patrick Amico, en font des caisses pour présenter des rapports qui ont obtenu ou réclament l’assentiment de la métropole. Sous l’œil, heureux, du maire, qui n’est pas le dernier à en rajouter dans l’onction mielleuse à l’égard de la présidente. Au détour d’une délibération sur la mission locale marseillaise qui perd des financements régionaux, le maire insiste : “La région lâche en rase campagne une des missions locales les plus importantes du pays. (…) Est-ce qu’il n’y avait pas autre chose à faire qu’une patinoire à Nice [pour les JO 2030] ? On les aurait accueillis volontiers, nous, les patineurs à Marseille.” À la région, alors qu’il reçoit à ce moment-là les journalistes pour la réunion préparatoire à la plénière de ce vendredi, Renaud Muselier doit avoir les oreilles qui sifflent. 

Et lorsque Benoît Payan “demande à celles et ceux dans la majorité de Renaud Muselier de le ramener à la raison”, le sénateur d’extrême droite Stéphane Ravier rétorque de sa voix de stentor : “On l’a déjà ramené dans le 6/8.” Et, pour une fois, fait rire dans les rangs de la gauche comme de la droite.

Le reste des discussions est à l’avenant. Tant la séquence politique ouverte par l’annonce de Renaud Muselier fige ces débats dans l’atonie. Les élus de la Ville saluent le rôle de la métropole en matière de rénovation urbaine. Martine Vassal vante son action sur les transports, la “révolution” qu’elle promet est en marche, assure-t-elle. Le tram du 4-septembre “doit avancer en concertation avec la Ville de Marseille”, déroule-t-elle par exemple, avant d’aligner les projets à venir. Fait plus que rare, son intervention est applaudie par la gauche.

“Rumeurs très complexes”

Un dialogue aux airs de lune de miel qui alimente le moteur de la machine museliériste. Attablé au siège de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier déploie son argumentaire. Il assume sa position de leader : “Dès qu’on sort une nouvelle tête, on la dézingue. La mienne est plus dure à couper.” Et explicite, pour étayer sa démarche : “Il faut additionner nos forces, ne pas avoir peur de défendre nos étiquettes, celles de la droite et du centre. J’ai été, comme vous, touché par des rumeurs très complexes qui demandaient d’autres alliances que celle-ci. C’est ce que j’ai rappelé en disant qu’il fallait un projet, une équipe, la “dream team”, et pour l’incarnation, si je dois aider mon camp, si et seulement si, alors oui, je suis candidat dans le 6/8 parce que c’est là où je vis.”

Entre l’hôtel de Ville et celui de la région, il n’y a guère plus d’un kilomètre à vol d’oiseau. Et ce jeudi, les trois têtes des exécutifs locaux se répondent à distance. Payan comme Vassal évacuent, chacun à sa manière, ces “rumeurs”. Le maire de Marseille : “Vous seriez devenue de gauche et moi de droite : des inepties qui ne contentent que ceux qui les profèrent et ceux qui les croient”, dit-il. La présidente de la métropole : “Nous n’avons pas même vision des choses. Mais notre vision doit être respectée comme votre vision doit être respectée.”

“On s’en fout de la méthode. L’important, c’est d’avancer ensemble.”

Valérie Boyer

En-dehors des travées de bois blond de l’assemblée, les différentes composantes du paysage municipal continuent de commenter cette “entente”. Valérie Boyer (sénatrice Les Républicains), que les alliances “avec le NFP électrise”, et Sylvain Souvestre (maire LR du 11/12) se font les porte-paroles enthousiastes de “l’union derrière Renaud Muselier et Martine Vassal“. Qu’importe si la façon d’imposer son leadership du président de région peut paraitre brutale. “On s’en fout de la méthode, balaye Valérie Boyer. L’important, c’est d’avancer ensemble.”

Candidat à tout

Retour dans l’hémicycle. Il faut le débat sur le budget pour voir les échanges se faire un peu discordants. Et se muscler un peu. Moins que d’ordinaire, toutefois. Les interventions de Pierre Robin (Une volonté pour Marseille) puis de Lionel Royer-Perreaut (Renaissance) sont rendues inaudibles par une majorité volontairement indisciplinée, chahuteuse et bruyante. Benoît Payan fait mine de ne pas pouvoir calmer ses troupes. LRP, qui a affiché son soutien à Renaud Muselier la veille, s’en irrite : “Il n’est pas nécessaire de subir des invectives”, dit-il. Il pointe la “fébrilité” de la majorité sous les rires du Printemps marseillais. “Nous au moins, on sait où on est !”, se gausse un élu majoritaire. Et Benoît Payan de rétorquer à Lionel Royer Perreaut — ancien député et maire de secteur du 9/10 qui ambitionne de regagner son fauteuil, voire d’accéder à celui de la mairie centrale : “C’est vous qui êtes candidat à tout, tout le temps. Vous et votre ami, enfin… votre nouvel ami.”

À cette occasion, Martine Vassal s’offre un petit rappel à l’ordre : “J’en appelle à la responsabilité de chacun. Nos débats sont vus. Vous croyez qu’ils sont fiers, les Marseillais, de voir qu’on s’étripe comme à l’Assemblée nationale ? Eh bien moi, j’ai honte. Le « c’est pas moi, c’est l’autre », le « on aurait mieux fait pendant vingt-cinq ans »… laissons-le dans notre poche !” Cela ne trompe personne, l’injonction, piquante, s’adresse autant à la gauche qu’à la droite.

Avec Benoît Gilles

Cet article vous est offert par Marsactu
Marsactu est un journal local d'investigation indépendant. Nous n'avons pas de propriétaire milliardaire, pas de publicité ni subvention des collectivités locales. Ce sont nos abonné.e.s qui nous financent.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. MarsKaa MarsKaa

    J’aurais préféré ne pas lire cet article.
    Ce n’est pas l’article qui est en cause, mais ce qu’il relate. Tout ce cirque.

    Signaler
  2. julijo julijo

    Oui c est un cirque. Et entre punchlines et rires croisés on se rappelle que le conseil municipal est censé gérer la ville et éventuellement améliorer le quotidien des Marseillais….
    Tout ça dégouline de bonnes intentions y aura-t-il un jour des faits ?

    Signaler
    • RML RML

      Il y en a. Les 118 résolution ont tout de même été votées.

      Signaler
  3. Richard Mouren Richard Mouren

    Bon, là nous avons un article sur les “grandes” manœuvres de nos édiles en vue des municipales. J’espère que nous aurons également un compte-rendu des décisions prises (ou non-prises). Cet article est peut-être en préparation? Je l’ose espérer…..

    Signaler
  4. Frank Omanane-Kircule Frank Omanane-Kircule

    Les inepties ne seraient-elles pas plutôt “proférées” ?

    Signaler
    • Coralie Bonnefoy Coralie Bonnefoy

      Oui, vous avez tout à fait raison ! Nous corrigeons cette erreur, merci de nous l’avoir signalée.

      Signaler
  5. RML RML

    Si la bêtise crasse de Muselier permet à la Ville et à la Métropole d’enfin pouvoir dialoguer et avancer, eh bien, franchement, je vais pas m’en plaindre! Au moins que des projets avancent et que tout ne sout pas bloqué!

    Signaler
  6. Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

    On se souvient du mot de Mumuse à l’époque où il était secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères : « Villepin fait tout, je fais le reste. » Souhaitons lui d’en faire autant à Marseille.

    Signaler
  7. Zumbi Zumbi

    “Dès qu’on sort une nouvelle tête, on la dézingue. La mienne est plus dure à couper.” dixit Muselier.
    En d’autres termes, Mumu prend acte que l’opération Sammarino (son propre dircab), censée promouvoir rajeunissement et renouvellement des têtes de la droite marseillaise, n’a trompé personne et a déjà échoué. C’est bien, il comprend vite.
    Donc, on en est à la séquence : nouveau ! ça vient de sortir ! je reviens !

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire