Remous autour d’un possible chargement d’armes pour le Yémen dans le port de Marseille-Fos

Actualité
le 29 Mai 2019
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L'annonce de l'arrivée dans le port de Marseille-Fos d'un cargo venu récupérer des armes françaises vendues à l'Arabie Saoudite a suscité la confusion mardi. Si armateurs et dockers démentent l'information, l'affaire a soulevé interrogations et indignation.

Remous autour d’un possible chargement d’armes pour le Yémen dans le port de Marseille-Fos
Remous autour d’un possible chargement d’armes pour le Yémen dans le port de Marseille-Fos

Remous autour d’un possible chargement d’armes pour le Yémen dans le port de Marseille-Fos

Un petit triangle jaune sur une carte maritime. Mardi après-midi, le Bahri Tabuk, cargo qui bat pavillon saoudien, est représenté sur le site de traçage de navire Vesselfinder à l’entrée du port de Marseille-Fos. Il s’agirait, selon nos confrères et partenaires du média d’investigation Disclose, d’un bateau venu recevoir une cargaison d’armes de fabrication française. “Le gouvernement français n’entend pas renoncer à ses livraisons d’armes en direction de l’Arabie Saoudite. Alors qu’un cargo de la société saoudienne Bahri a été empêché de charger huit canons Caesar au port du Havre début mai, un nouveau chargement d’armes doit avoir lieu en toute discrétion ce mardi 28 mai”, écrivent les journalistes de ce média indépendant. Cette fois-ci, la livraison est censée avoir lieu dans le port de Marseille-Fos. Publiée mardi matin, l’information a créé une vague d’indignation et de confusion autour des bassins du port.

En avril, Disclose révélait des documents classés secret défense impliquant la France dans la vente d’armes utilisées contre des civils par l’Arabie Saoudite dans la guerre au Yémen. Une guerre qui constitue l’un des plus grands désastres humanitaires actuel et a fait depuis 2015 des dizaines de milliers de morts, selon l’ONU.

Mention explosif pas systématique

Selon Disclose, les armes en question devant être chargées à Fos seraient des munitions pour des canons Caesar, utilisés par l’armée saoudienne au Yémen. Contacté par Marsactu, le Grand port maritime de Marseille refuse de confirmer ou d’infirmer l’information, renvoyant vers l’armateur Bahri. Son agent en France nie en bloc ce chargement d’armes. “Tous le monde affabule dans cette histoire, c’est une fausse information. Il ne s’agit en aucun cas de matériel militaire mais de transformateurs sur remorque pour un client qui fait de l’énergie”, a répondu à nos questions ce dernier qui a indiqué à l’AFP qu’il s’agit de Siemens. L’entreprise allemande a confirmé auprès de 20minutes cette information.

“Sur ce bateau, la configuration du chargement n’a rien à voir avec des armes, a aussi assuré à Marsactu un docker responsable des opérations en lien avec les colis lourds. J’ai vu le colisage et il s’agit de colis industriel, je peux vous le garantir.” Mais le chargement d’armes se fait parfois de manière discrète. “Il s’agit de charges modulaires qui peuvent ne pas être classées explosives. Ces munitions sont dans des containers. Il se peut que ce ne soit pas indiqué dessus”, explique Geoffrey Livolsi, journaliste à Disclose, qui s’en réfère à des sources internes au fabricant. Aussi, toujours selon Disclose, le port de Marseille et du Havre seraient régulièrement utilisés pour la livraison d’armes à l’Arabie Saoudite.

Une information que n’a pas réfuté Florence Parly. Lors des questions au gouvernement mardi après-midi, la ministre des armées a répondu à une question de la France insoumise au sujet de la nature du chargement au port de Marseille-Fos. “Nous sommes en train de le vérifier, a-t-elle déclaré. Est-ce que ce serait étonnant ? Non, car nous avons un partenariat avec l’Arabie Saoudite.”

“On sera présents pour vérifier”

Dans une interview à l’AFP, Laurent Pastor, le secrétaire général CGT des dockers de Fos-sur-Mer a pourtant assuré que le port de Marseille-Fos “ne servira pas à charger des armes ou des munitions”. Selon lui, le chargement a été présenté aux dockers comme du “matériel civil pour un projet lié à l’énergie”. Laurent Pastor se montre toutefois prudent : “On sera présents pour vérifier ce chargement, car la confiance a ses limites.” Les opérations pourraient par ailleurs être retardées “en raison du mauvais temps”, a-t-il ajouté.

Armes de guerre ou pas, la nouvelle a rapidement provoqué indignation et réactions dans la classe politique. “Stop au chargement d’armes en cours à Marseille !”, a réagi le député de Marseille Jean-Luc Mélenchon (FI). “Par ces livraisons d’armes, la France se rend complice des exactions commises dans le conflit au Yémen”, a-t-il déclaré par communiqué.

La sénatrice socialiste Samia Ghali a de son côté demandé un moratoire “sur la livraison d’armes en direction des pays de l’Arabie Saoudite”, tout comme le député PCF Pierre Dharréville. Dans un communiqué, la fédération départementale de son parti a déclaré rester “vigilante en attendant les confirmations et/ou infirmations, en vu d’une éventuelle mobilisation”. En début de soirée, Disclose, se basant sur des sources internes au fabricant, affirm pour finir que la cargaison d’armes a finalement été détournée, vers une destination pour le moment inconnue…

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Commentaires

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  1. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    Les dockers de Gènes en Italie suspectent eux aussi ce chargement d’armes à destination de l’Arabie Saoudite. Les fabricants d’arme et le gouvernement français leur complice jouent à cache cache et pendant ce temps les enfants du Yemen sont blessés, souffrent de la faim ou meurent sous des bombes “perdues”.

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