Regards sur le Printemps arabe

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le 22 Mar 2012
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17 décembre 2010. Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de 26 ans, s’immole par le feu dans le bourg tunisien de Sidi Bouzid après que des policiers lui ont confisqué sa marchandise. Son geste désespéré déclenche un mouvement de révolte sans précédent en Tunisie, qui va se propager à l’ensemble du monde arabe et à quelques État du Golfe. Le ver est dans le fruit pour les régimes dictatoriaux, engagés dans une lutte à mort contre leurs propres peuples. La répression est sanglante, mais le souffle de liberté, la soif inextinguible de démocratie, le rejet de la corruption ne feront que gagner en écho, ébranlant de manière irréversible le mur de la peur.

La rétrospective Printemps arabe présente près de 194 photos qui dessinent les contours des révolutions à travers les différents pays : la place Tahrir en Egypte, la ville de Saana au Yémen, la Libye, les faubourgs d’Homs en Syrie, l’avenue Bourguiba en Tunisie et le Bahreïn. Des documentaires et des reportages filmés sont proposés, tels que Syrie interdite, un film réalisé pour Envoyé spécial par la journaliste Manon Loiseau, entrée clandestinement en Syrie avec la complicité des rebelles engagés contre le régime du président Bachar Al-Assad.

(Crédit: Yuri Kozyrev Noor)

Les noms et les clichés de huit envoyés spéciaux, témoins de l'histoire en marche fauchés par les balles tapissent les murs d’un vibrant hommage : Luca Dolega, Tim Hetherington, Chris Handros, Anton Hammerl, Shoukri Ahmed Ratib Abu Bourghoul, Marie Colvin, Gilles Jacquier, Rémi Ochlik.

Sur fond sonore de slogans et de chants révolutionnaires – enregistrés par Nicolas Mathias, Radio France, lors d’une manifestation sur la place Tahrir en Egypte – , le regard est captivé par des calligraphies arabes, porteuses d’un puissant message qui n’a d’autre signification qu’un « Dégage ! » sans équivoque adressé aux dictateurs. Ainsi, on peut lire « la Tunisie est un peuple, pas un gouvernement », « Leila la coiffeuse (femme de Ben Ali ndrl.), tu voles l’argent des orphelins ! », ou encore « Nous ne t’oublions pas, Mohamed Bouazizi. Nous ferons pleurer ceux qui t’ont fait pleurer ».

Ces héroïnes

Dans un étroit couloir, le visiteur est cerné par des portraits saisissants, tel celui de la jeune blogueuse tunisienne Lina Ben Mhenni, réalisé par Peter Hayak pour Time. Derrière son regard incandescent, elle semble apostropher l’observateur. A l’instar de cette blogueuse emblématique d’une jeunesse frondeuse, la journaliste franco-syrienne Hola Kodmani rappelle l’importance de ces artisanes du Printemps arabe, les femmes, descendues en masse dans les rues :

Sans les femmes, les rassemblements qui ont fait le printemps arabe seraient restés bien ternes. Balayant les clichés elles en font ressortir les couleurs. Celles des drapeaux de leur pays qu’elles agitent ou peignent sur leurs visages ou celles des foulards turquoise, fuchsia ou imprimés couvrant leur tête.

( Crédit : Alain Buu)

Sur une autre série de clichés – dont on devine le thème – apparaît un ordinateur, lumière singulière éclairant des kalachnikov, symbole percutant de la force inattendue et primordiale des réseaux sociaux. Des murs recouverts du seul mot « facebook », lettres tracées à la peinture noire par des héros anonymes, lancent un ultime défi au pouvoir, floué par la circulation d’une parole presque impossible à museler. Pour Hola Kodmani,

Ils ont accompagné les jeunesses arabes dans leur révolte, permettant tantôt de dénoncer les mensonges et les intrigues du régime, tantôt de partager des aspirations et des valeurs communes. (…) Si les réseaux sociaux ont permis d’ébranler le mur de la peur, c’est le militantisme et l’organisation, moins visibles, moins dans l’air du temps qui sont les vrais moteurs des soulèvements arabes.

Les acteurs des réseaux sociaux, justement, cette jeunesse désespérée et furieuse privée d’avenir, se situe au cœur du Printemps arabe, et partant, de l’exposition. Jean-Pierre Perrin, journaliste grand reporter à Libération écrit en guise d’introduction:

Sans eux, pas de manifestations, pas de soulèvement et pas de révolution. C’est pourquoi les chebab, tantôt gamins des rues, tantôt étudiants mais toujours en première ligne, ont payé au prix lourd leur engagement dans la contestation démocratique.

( Crédit Alfred Yagotzabeh)

Enfin, en marge, mais cependant inhérent à ces révolutions, le sort terrible des migrants est lui aussi abordé dans la rétrospective. Ce chapitre est présenté en quelques mots par Hola Kodmani:

 Victimes collatérales du printemps arabe ou misérables opportunistes, des dizaines de milliers de réfugiés ou de migrants se sont retrouvés sur les routes désertiques ou maritimes à la suite des révolutions et des conflits en Afrique du Nord, notamment.

Condamnés à l’errance dans une misère crasse, leurs valises défoncées soulevant la poussière, ces déracinés nourrissent le flot incommensurable des exilés politiques. Et fustigent en silence la coupable inertie et parfois l’indifférence de la communauté internationale.

(Crédit Olivier Jobard)

Jusqu’au 28 juin 2012, exposition Printemps arabe, à l’Hôtel de région, place Jules Guesde (2e). Entrée libre du lundi au samedi de 9 h à 19 h, fermeture exceptionnelle les 11, 12 et 13 avril. Renseignements au 04 91 57 52 11. 

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