Recours et fantasmes du “prince saoudien” : la CCI peine à s’ancrer sur le Vieux-Port

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Julien Vinzent_
5 Déc 2018 1

Gestionnaire de l'anse de la Réserve depuis septembre, la chambre de commerce suscite la défiance de certains plaisanciers. En toile de fond, la perte de confiance touche aussi la direction de leur club historique, l'Union nautique marseillaise, qui négocie un partenariat avec son successeur.

L'anse de la Réserve, 190 anneaux était jusqu'ici gérée par l'UNM. (Image JV)

L'anse de la Réserve, 190 anneaux était jusqu'ici gérée par l'UNM. (Image JV)

Trois mois après, encore cette accusation de vouloir “faire du pognon”. Parmi les plaisanciers de l’anse de la Réserve, 190 anneaux sur le Vieux-Port, la prise en main du plan d’eau par la chambre de commerce et d’industrie (CCI) alimente toujours les craintes (lire notre article publié en août). “Quand je suis arrivé, on m’a exprimé un certain nombre d’inquiétudes légitimes. J’ai essayé de les lever, sur l’augmentation des tarifs, sur le fait qu’on allait virer tout le monde”, commente Jérôme Giraud, nouveau directeur du port, qui officie également à Toulon, géré par la CCI du Var.

Dernier grief en date : le nouveau contrat d’occupation de poste à flot que les plaisanciers doivent signer ce mois-ci, pour une application au 1er janvier. Jean-François Borély, qui revendique 36 ans de présence sur le port, est furieux :

On nous demande d’accepter de déplacer notre bateau en étant prévenus 48 heures à l’avance. Il n’y a pas de problème pour une manifestation sportive, mais pas si c’est pour accueillir un prince saoudien ou l’anniversaire de la cousine.

Perte de confiance

Pas sûr que les yachts logent dans les pannes en contrebas du Pharo, mais l’image revient souvent dans nos conversations avec ce groupe de plaisanciers. Parmi eux, Marc Cabanes souligne qu’en l’absence de réaction, l’embarcation sera déplacée par les gestionnaires “aux frais, risques et péril du propriétaire” et dénonce “un contrat léonin”. “Vous imaginez pour ceux qui habitent loin de Marseille ?, reprend-il. Je suis en train de créer un petit groupe bénévole pour aider à déplacer les bateaux des propriétaires malades ou absents.”

Les trois secteurs du Vieux-Port concernés par le renouvellement de délégation de service public en 2018. (Image JV)

Vice-président de l’UNM, la société nautique qui gérait auparavant le plan d’eau, Michel Lamberti s’étonne de ces remous parmi ses adhérents : “Nous avions exactement le même article dans le contrat.” Renseignement pris, la formule “régates et autres manifestations” se transforme en “tout événement, manifestation sportive ou de promotion”. Mais, s’agissant de la chambre de commerce, il n’en faut pas plus pour fertiliser les imaginations. “Ce n’est aucunement dans nos intentions d’accueillir des activités commerciales. C’est catégorique, ce n’est pas dans le projet que nous avons présenté à la métropole”, certifie Jérôme Giraud. Dans ce document, qui figure en annexe de la décision d’attribution votée le 28 juin, on trouve tout de même la volonté d’ouvrir la programmation au “business”, mais plutôt via un “salon top plaisance” ou un “congrès ports du futur” que des sauteries jet-set.

Un recours en préambule des négociations

“Je pense qu’il y a des personnes qui ont envie que la confusion règne sur le port”, commente son nouveau directeur. Une chose est sûre, une partie des plaisanciers n’ont pas digéré la stratégie des dirigeants de l’UNM, qui n’ont pas voulu candidater en commun avec le CNTL, le club voisin et plus huppé, en espérant bénéficier de leur propre espace. Depuis, l’UNM négocie avec le vainqueur, la CCIMP, pour passer un partenariat sur les 12 ans du contrat. “Le bureau a pris fait et cause pour eux”, estime l’usager Jean-François Borély. Michel Lamberti de l’UNM tente de recadrer :

Pour nous il y a deux périodes. Celle de la concurrence, où l’on a défendu notre projet et c’était logique de critiquer certaines propositions. Ensuite, à partir du moment où la CCIMP a été désigné, il y en a qui disent qu’il faut mettre le feu. Et après on fait quoi ? Notre objectif c’est continuer à assurer les missions de l’UNM, organiser des régates et des événements festifs.

En guise d’entame des discussions, l’UNM a toutefois déposé un recours contre l’attribution du contrat, après un premier référé sans succès pendant l’été. “On est en meilleure position pour négocier lorsqu’on braque un revolver sur la tempe”, image Michel Lamberti. Parmi les arguments que prépare l’avocat du club, des analyses contradictoires de la métropole sur la capacité financière des deux candidats ou “des propositions pas réalisables qui ont été prises en compte de manière acrobatique comme l’augmentation du nombre de places via une zone de mouillage léger, située hors du périmètre de la délégation”.

Un financement de 20 000 euros par an ?

Mais sur le fond, l’ambiance est à l’apaisement entre les deux structures. “En 3 mois, on a mis en place une relation constructive avec l’UNM et la signature de la convention amènera sans doute l’arrêt des procédures”, veut croire Jérôme Giraud. “Ils ont tout à prouver avec la seule DSP qu’ils ont gagnée”, analyse Michel Lamberti.

Une panne initialement dédiée par la CCI aux passagers, “dont les tarifs sont à la journée et plus chers, mais qui ne sont pas là 12 mois par an”, va ainsi être réaffectée à un projet de “pôle course”, se félicite Michel Lamberti. “Cela profite à tout le monde car l’UNM touchera les cotisations des membres, contrairement aux plaisanciers de passage.” Marsactu a déjà raconté comment ces droits d’entrée, 5000 euros pour l’UNM puis une cotisation annuelle, étaient au cœur des finances de ces associations.

Mais l’essentiel de l’enjeu tient à la programmation événementielle, pour lequel la CCI est prête à financer l’UNM. Comme le relevait la métropole lors de l’analyse de sa candidature, la CCI “se positionne en donneur d’ordre qui confiera l’organisation opérationnelle
des animations et manifestations de son programme à des prestataires avec qui il contractualisera“. Sur les 22 événements listés dans son projet, 12 devaient être assurés par l’UNM. Dans un projet de convention que Marsactu a pu consulter, un budget annuel de 20 000 euros est évoqué. Une relation qui a encore du mal à être envisagée par certains voileux. “Je refuse de travailler pour la CCI”, tranche Marc Cabanes, qui affirme avoir “participé à toutes les régates depuis deux ans”.

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