Quartier sans queue ni tête, la Capelette se cherche un avenir

Actualité
le 24 Nov 2021
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Ce lundi, la métropole et la Ville présentaient les résultats d'une première phase de concertation autour du quartier de la Capelette (10e). Une tentative de relancer une dynamique après 25 ans de projets inaboutis.

Un jardin éphémère occupe le terrain de l'ancien projet Bleu Capelette, avec au fond le palais omnisports. (Photo : BG)

Un jardin éphémère occupe le terrain de l'ancien projet Bleu Capelette, avec au fond le palais omnisports. (Photo : BG)

La Capelette est un monstre urbain que l’on pourrait présenter dans les écoles d’urbanisme. Un équipement grand public – la patinoire – y a été construit pour 56 millions d’euros sans parking ni lignes de transports publics dignes de ce nom. Le grand terrain vague qui le jouxte était censé accueillir le centre commercial Bleu Capelette. Il ne verra jamais le jour.

La zone d’aménagement concerté existe depuis 25 ans avec 141 millions investis sans déboucher sur un quartier fini. Dans cette ZAC d’un quart de siècle, on ne peut pas marcher sur les trottoirs, encombrés de voiture. Çà et là, des tas d’encombrants, de pneus, de gravats laissés sur la chaussée signalent la présence d’un centre de transfert des déchets.

“Aire de jeux dangereuse”

Longtemps, il a été question qu’une route le traverse, encapsulant la déchetterie pour la bagatelle de 100 millions d’euros. Tout ceci est resté lettre morte. Le dernier acte de cette ZAC qui n’en finit plus de mourir était un jardin éphémère, lancé en 2016 pour 250 000 euros, au sud du centre de tri. La Soleam, société d’aménagement publique, qui pilote la ZAC y prévoyait des potagers, des jeux pour enfants, des food trucks…

L’éphémère a versé dans l’abandon. Le petit parc pour enfants est fermé avec un panneau en rouge “aire de jeux dangereuse fermée”. Le parc sert à promener les chiens. Trois habitantes y bavardent, leurs animaux courant autour.

Dans le jardin éphémère inhospitalier, l’aire de jeux est fermée. (Photo : BG)

Le sujet du jour est la réunion du lundi soir, à l’initiative de la métropole. Le maire de secteur Les Républicains et président de la Soleam, Lionel Royer-Perreaut y présentait le résultat d’une première concertation gelée depuis 2019 pour cause de crise sanitaire, permettant de relancer le projet de la Capelette. Il y était accompagné par Mathilde Chaboche, l’adjointe à l’urbanisme (Printemps marseillais) et Laure-Agnès Caradec, son alter ego LR à la métropole.

Ville et métropole sur la même ligne

La Capelette part de si loin qu’elle permet aux élus de bords opposés de parler d’une même voix sans discordance. Le maire de secteur en profite pour vanter “une nouvelle génération d’élus” capables d’avoir “une vision partagée”. Volontiers directe lors de ses prises de parole dans les assemblées, l’adjointe Mathilde Chaboche met du miel dans sa voix, rappelant la nécessité d’être “dans une fabrique commune de la ville”.

L’existence d’un fort risque d’inondation a rebattu les cartes.

Depuis que le plan de prévention du risque inondation (PPRI) de l’Huveaune a coloré en rouge une grande partie du quartier, une page blanche fait office de projet urbain. Dans les zones rouges qui bordent l’Huveaune, le PPRI interdit toute construction en dehors de la reconstruction des bâtiments existants. “Le risque inondation est un élément fondateur du dossier”, reconnaît Fabien Grosjean, directeur de l’aménagement durable à la métropole. De fait, tout ceci invite les décideurs à la modestie. La métropole a fait appel à un cabinet d’urbanisme, Attitudes urbaines, et à la Compagnie des rêves urbains, pour la concertation.

Pour cette soirée de restitution, pas question de balancer un projet clef en main avec force images d’architecte vues d’oiseau. L’ébauche de projet tient en une seule image qui dessine une coulée verte entre le palais omnisports Grand Est et la zone d’activités en bord d’Huveaune. Les premières ébauches concrètes doivent arriver en mars prochain, à l’issue d’une nouvelle phase de concertation  qui débute en décembre avec une balade urbaine et se poursuit d’ici là sous forme d’ateliers.

Compactage du centre de transfert des déchets

D’ici là, les seules nouvelles concrètes tiennent en peu de mots : le projet ne comprend plus la grande voie traversante Est qui butait à la fois sur le centre de transfert en son milieu et sur deux terrains privés de part et d’autres. Le centre de déchets devrait rester là : il sera “compacté” afin de libérer de l’espace pour un parking en silo pour les amateurs de glisse. “Et pourquoi pas une prolongation du parc du XXVIe centenaire”, ose le maire de secteur.

Deux verrous aux projets d'aménagement ont par ailleurs fini par être levés. Il aura fallu vingt ans avant de convaincre les Ultras - qui ont leur siège sur Rabatau - d'un côté et l'entreprise Sanitor de l'autre d'accepter les propositions de relocalisation pour pouvoir faire place aux différents projets. "C'est fait, nous avons trouvé un nouveau local aux supporters dans un bâtiment qui appartient à la Soleam", se réjouit son président. Sanitor, situé en bordure du parc éphémère, sera relogé ailleurs à la Capelette.

Sur cette emprise, la Ville prévoit de construire une école, en lieu et place de l'école Curtel, provisoire. "Cette école aura un jardin public et un parking ainsi qu'une voie destinée aux modes de déplacements doux", affirme Lionel Royer-Perreaut. "Attention ce parc est une bonne idée, mais il n'est pas budgeté, riposte Mathilde Chaboche. Sera-t-il financé par la ZAC ?" Ce sera la seule anicroche de la soirée. Pour le reste, métropole, Soleam et Ville ont accordé leurs violons.

Bleu Capelette, version trois

Les trois institutions planchent ainsi en atelier sur le devenir du projet Bleu Capelette. En 2016, le projet de centre commercial est devenu un projet mixte de logements et de bureaux. Après un avis défavorable de la mairie de secteur et de la mairie centrale sur son permis de construire le patron de la société Sifer, Éric Lasery, a été prié de revoir sa copie. "Construire des logements au bord de l'autoroute, on dit non", grince l'adjointe à l'urbanisme. On y imagine donc des logements "qui se protègeraient de l'autoroute", des bureaux avec parking et un espace vert. "Nous avons la volonté de sortir de l'impasse, poursuit Mathilde Chaboche. C'est un morceau de ville, on ne va pas le traiter avec un simple permis de construire". Elle imagine trouver un accord dans le courant de l'année prochaine.

Le cinéma qui était inclus dans le projet initial de centre commercial va finalement éclore en bordure du boulevard Schlœsing, là où le tramway est attendu en 2025. Son futur propriétaire, déjà implanté à la Valentine, Didier Tarizzo est en pourparler avec la Soleam pour acquérir l'ancien parking provisoire de la patinoire qui jouxte la déchetterie. "Mon projet n'a pas changé. Je prévois de construire un cinéma de 11 salles avec un espace de vie et de restauration", explique l'exploitant. Il compte y investir 30 millions d'euros. Dans l'ancien jardin éphémère en friche, les habitantes se réjouissent de cette nouvelle, la seule à laquelle elles croient un peu. Leurs chiens ont encore plusieurs années de promenade assurée.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Je suis partagé entre “enfin” les acteurs parlent d’une même voix, cherchent à travailler ensemble dans l’intérêt des citoyens et “mouais” attendons de voir si toutes ces belles paroles vont se concrétiser.

    Il y a quand même deux gros problèmes non évoqués :

    – la saturation du trafic : le bus bloqué par les bouchons et le stationnement anarchique sur l’avenue de la Capelette ; la sortie d’autoroute qui debouche sur un carrefour mal dessiné (au niveau de la plateforme du bâtiment), l’emprise même de l’autoroute qui isole la capelette de l’avenue de Toulon (et donc du centre ville Castellane-Lodi-Conception), toute la pollution automobile de ce quartier encerclé et traversé.
    – et la degradation du bâti ancien dans le coeur du quartier.

    Ajouter un parc, un cinéma, des logements, c’est bien beau mais ces problèmes -qui ne donnent pas envie de s’y promener à pieds- seront-ils pris en charge ?

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  2. Stéphane Coppey Stéphane Coppey

    Oui, n’oublions pas le tracé du tramway “du Prado” utilisant (en plus du train quotidien des bordilles)) la voie ferrée depuis La Blancarde et se prolongeant vers la place Ferrié, le bd Rabatau et 2ème Prado, en profitant de la requalification du Parc Chanot.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    La Capellette est un exemple de la foultitude de quartiers marseillais abandonnés au sens de l’aménagement et de la conception de la ville.La raison, très simple, elle n’a pas fait partie de périmètre d’affichage de la Gaudinie.
    La Capellette est totalement scélosée, sans parler de tous les problèmes connexes et récurents à cette cité.
    Le sujet est sur la table comme disent les policards,j’ai bien peur que comme le reste il y reste un bon moment.

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Surtout avec le Lionel Royer Perreaut aux commandes de la Soleam, synonyme d’un échec annoncé,un de plus.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Et LRP maire de secteur, qui s’opposera systématiquement à tout, sa seule ambition étant de renverser la Martine pour “sauver” Marseille en 2026.
      De toutes façons, à La Capelette, on vote peu, et le peu qui vote, ça n’a jamais été pour Gaudin et ce n’est pas pour LRP. Si les habitants votaient un petit peu mieux ils n’en seraient pas là.

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  5. Patafanari Patafanari

    Il faut refaire le coup du terrain de motocross. Juste à côté du palais de la glisse, ça aurait de la gueule.

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  6. Haçaira Haçaira

    Çà et là, des tas d’encombrants, de pneus, de gravats laissés sur la chaussée ! C’est comme ça dans presque tout Marseille.

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  7. samatak samatak

    Le quartier a été “modelé” tranché pour en faire un axe de communication et non un lieu de vie . sous les pavés du parc le tunnel nord sud ,est ouest ,il manque ESE ONO (l’autoroute )ca donne une idée ? .

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