Provence Azur, la télé préférée d’Estrosi lâchée par la région

Actualité
le 7 Juin 2019
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Deux ans après son lancement, la chaîne Provence Azur joue sa survie. La région a annoncé mettre fin à sa subvention annuelle de 850 000 euros, forçant le groupe niçois Azur TV à séduire un nouvel investisseur. Plusieurs groupes de presse, dont BFM TV, sont pressentis.

Capture d'écran.

Capture d'écran.

C’est la chaîne numéro 30 de la TNT. Choisie par le CSA parmi quatre candidates, Provence Azur a repris le canal de TV Sud Provence (ex-LCM) en 2017. À Toulon, c’est Var Azur qui est sortie de terre. Une existence toute fraîche que les deux chaînes, petites sœurs et filiales de la niçoise Azur TV, doivent à la générosité de la région : 1,25 millions d’euros de subventions annuelles. Sauf que le 25 janvier dernier, la collectivité a informé la direction des chaînes qu’elle mettait fin à leurs contrats d’objectifs et de moyens. De quoi rendre impérative l’arrivée d’un nouvel investisseur, dans la mesure où l’enveloppe qui disparaît correspond à 60 % du chiffre d’affaire de la société, avance son directeur Hervé Raynaud.

“Ce coup d’arrêt a été une immense surprise”, souffle ce dernier, qui assure que la région ne lui a pas livré davantage d’explications. Le courrier qu’elle lui adresse en janvier exprime sa simple volonté de “mettre fin” aux deux contrats “avant le terme de l’année en cours, prévue le 20 février 2019”. La lettre ne manque pas de rappeler que les deux contrats mis en place en 2017 couraient sur « un an renouvelable tacitement quatre fois »… Pourquoi donner une fin si brutale à un partenariat qui était conçu pour durer ? La région ne s’étend pas sur le sujet dans le courrier et n’a pas donné suite à notre demande de précisions. Premières hypothèses côté salariés : « notre direction était censée développer d’autres financements, notamment privés. Or, on n’a même pas de commercial et on le sait depuis longtemps », glisse un journaliste.

“Les résultats n’ont pas été au rendez-vous”

En effet, on peut lire dans le contrat d’objectifs et de moyens que le groupe “Azur TV s’engage à développer (…) de nouvelles recettes. Ces autres ressources proviennent notamment de la diffusion de messages publicitaires, d’opérations de parrainage d’émissions ou de programmes de communication institutionnelle. » Mais deux ans plus tard, dans le rapport de diffusion de Provence Azur daté d’août 2018, la direction indique être « à la recherche » d’un mode de régie publicitaire. La chaîne a d’abord travaillé avec la régie de La Provence, Eurosud, mais « les résultats n’ont pas été au rendez-vous », conclut-elle. Le constat est le même à Toulon : « la vente d’espace sur Var Azur n’a toujours pas décollé en ce début d’année 2018″, regrette-t-on dans un document interne, le « rapport de diffusion ».

Autre engagement non-tenu : “solliciter le soutien financier d’autres collectivités locales”, peut-on lire dans le contrat d’objectifs et de moyens de Provence Azur. Ce que semble avoir oublié Hervé Raynaud, puisqu’il affirme l’inverse devant Marsactu comme devant ses salariés, nous rapporte l’un d’eux : “le contrat signé avec la région nous interdisait de soulever d’autres subventions publiques”.

Si bien qu’en l’absence de nouveaux financements conséquents, la société s’est montrée incapable de réunir les objectifs convenus avec la région : 300 000 euros de recettes publicitaires projetés pour 2017, et 500 000 euros pour 2018. “L’objectif était d’arriver à 60’% de financements publics, et 40 % de privés. Là, on est à seulement 15 % de publicité privée, pour les trois chaînes confondues”, résume Hervé Raynaud.

Présidence Christian Estrosi

Outre la région, c’est la métropole de Nice qui assure la survie du groupe via la chaîne locale Azur TV, qui émet depuis 2013. Christian Estrosi, maire de Nice et président de sa métropole, reste un soutien financier central du canal. En 2016, lorsque le CSA lance un appel d’offres pour émettre à Toulon et Marseille, le Niçois est également président de région. C’est donc lui qui promet les copieuses subventions à Provence Azur (850 000 euros annuels) et Var Azur (400 000 euros), permettant aux deux candidates de gagner leur place sur la grille. Selon plusieurs connaisseurs du dossier, le partenariat n’aurait pas survécu à l’arrivée de Renaud Muselier à la tête de la collectivité au printemps 2017.

Les 11 salariés de Provence Azur et Var Azur ont été informés de la situation le 6 mars. L’un d’eux confie attendre toujours « des nouvelles de la direction, qui a promis de revenir vers nous ». Hervé Raynaud déclare quant à lui à Marsactu être entré le 20 mai en “négociations exclusives » avec un “investisseur”. La date limite des négociations est fixée au 15 juillet. Le temps surtout de se mettre au clair sur les deux lignes rouges avancées par la direction d’Azur TV : « le maintien de nos salariés, et le respect de notre ligne éditoriale, qui est celle d’une chaîne d’information locale de qualité. »

Concernant la conservation des emplois, 8 à Marseille et 3 à Toulon, le directeur assure « faire le maximum« . Pas suffisant pour rassurer les journalistes, dont l’un regrette que « la direction ne nous offre aucune garantie et nous laisse dans l’attente ». Si l’identité du futur investisseur ne sera dévoilée qu’au terme des négociations, le PDG précise qu’il se trouve parmi le « tiercé final » composé de BFM TV, CNews, et Valeurs Actuelles. Nous n’avons pas pu confirmer cette information chez tous les intéressés : seule une source à la rédaction de Valeurs actuelles soutient que le sujet a été évoqué lors d’une réunion. BFM TV a déjà acquis Télé Lyon métropole l’année dernière avec le souhait de bâtir BFM TV Lyon, sur le modèle de leur chaîne locale francilienne. Un scénario qui n’arrivera pas d’ici demain, tempère Hervé Raynaud : « le futur investisseur fera une simple entrée au capital mais nous resterons majoritaires. Pour le moment, le projet de Provence Azur reste le même qu’en 2016″. Sans pour autant fermer des portes : « cet investissement pourra grandir dans quelques années ».

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