Le président Gaudin dernier disciple de sa méthode

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Jean-Marie Leforestier
18 Mar 2016 14

Jean-Claude Gaudin a été confortablement réélu à la tête de la métropole. En revanche, sa méthode basée sur le consensus au-delà des clivages politiques a échoué. Désavoués dans leur propre camp, les candidats socialistes qu'il proposait au poste de vice-président ont été sèchement battus. Mais les failles sont aussi visibles au sein de la droite.

Jean-Claude Gaudin arrive en tribune et prend place entre le doyen et le benjamin de l'assemblée.

Jean-Claude Gaudin arrive en tribune et prend place entre le doyen et le benjamin de l'assemblée.

À la tribune du conseil métropolitain, Jean-Claude Gaudin a fini par marmonner alors que son micro était ouvert : “Tout le travail d’équilibre est déséquilibré.” Son projet d’ouverture à gauche de la gouvernance de la métropole venait de tomber à l’eau. Tour à tour, les maires PS de Vitrolles et de Miramas, Loïc Gachon et Frédéric Vigouroux, viennent d’être battus dans l’élection des vice-présidents de la métropole. Avec eux, c’est toute la stratégie œcuménique de Gaudin qui s’étiole sous le regard hagard de son allié de papier, Jean-David Ciot, premier secrétaire fédéral du PS 13. Ce dernier a fini par jeter l’éponge et renoncer à présenter les autres candidatures prévues en accord avec Gaudin, dont la sienne… À leur place, des élus LR, UDI ou apparentés souvent peu connus ont tenté leur chance et gagné les galons de vice-présidents.

Jean-Claude Gaudin et les siens ne pleureront certainement pas longtemps les camarades victimes du désormais célèbre “tir aux pigeons”. Mais c’est bien son leadership et sa stratégie qui ont ainsi été mis en cause. Et la droite s’est joyeusement divisée le jour de son triomphe.

Tout semblait pourtant avoir été calé, Gaudin se multipliant à la dernière minute pour tenter de trouver l’équilibre fragile qui contenterait tout le monde. Il avait fini par arrêter une liste de 28 noms (20 vice-présidents et 8 conseillers métropolitains délégués) à laquelle devaient se conformer les siens. La matinée commence fort bien avec sa seconde élection à la présidence, après celle très houleuse du 9 novembre. Sa majorité semble alors confortable avec 152 voix sur 240 contre 32 à Stéphane Ravier (FN), 22 à Gaby Charroux (PCF) et 17 pour Florence Masse (PS). Celle-ci aura fait le plein des seuls socialistes marseillais qui affirment vouloir faire leur groupe à part avec Samia Ghali à sa tête.

De son côté, Jean-David Ciot affirme être le seul leader d’un groupe socialiste qui apparaît battu. Les querelles intestines du PS des Bouches-du Rhône sont un spectacle habituel. Mais la méthode Gaudin basée sur l’équilibre politique et territorial a fait des déçus dans son propre camp. Des “difficultés dans le département” que même son entourage le plus proche n’avait pas vu venir.

Les socialistes torpillés

La maire de Saint-Estève-Janson Martine Cesari obtient 100 voix contre 80 pour Loïc Gachon puis le premier adjoint de Salon-de-Provence Michel Roux (UDI) l’emporte face à Vigouroux avec 95 contre 87. La première, couchée sur la liste des vice-présidents potentiels par Maryse Joissains, a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffré le second, bien aidé par le maire LR de Salon, Nicolas Isnard.

Dans les allées du Pharo, chacun y est allé de ses analyses, toutes limitées par le secret des votes, même s’ils sont effectués sur des boîtiers électroniques et sans isoloir. Influence de la présidente du département, esprit de corps des maires de droite, exigences de la maire d’Aix Maryse Joissains ? Sûrement un peu de tout ça à la fois. Ainsi, Loïc Gachon voyait dans son éviction la trace d’“inimitiés au sein du pays d’Aix en raison de ses positions pas assez anti-métropole”. A droite, d’autres assumaient avoir désobéi à Gaudin. Habitué du geste, l’ex président de la communauté urbaine de Marseille Guy Teissier s’en explique même : “J’aurais respecté l’accord s’il n’y avait pas eu d’autres candidatures. Nous avons des candidats aux départementales qui ont gagné plutôt brillamment sur une terre de mission pour nous contre Loïc Gachon et je trouvais que pour mes amis, ce n’était pas un bon signal de le remettre en selle.”

Martine Vassal impose sa marque

Les 12 voix supplémentaires gagnés par le Front par rapport à son score théorique lors de l’élection du président avaient averti Gaudin qu’une fronde venue de son camp le guettait. Elle ne s’est finalement manifestée que sur des pièces rapportées, exception faite d’un, Robert Assante. Ancien membre du cabinet de Jean-Claude Gaudin, adjoint au maire et vice-président réputé bosseur de la communauté urbaine, Assante avait un handicap. Depuis les dernières municipales où il avait choisi la dissidence dans les 11e et 12e arrondissements, ses collègues de droite lui ont régulièrement fait payer ce combat à coup d’humiliations plus ou moins grandes. Ses inimitiés nombreuses ouvraient la possibilité de contestations.

C’est la fenêtre qu’a choisi Martine Vassal, la présidente du département élue première vice-présidente de la métropole. En recueillant 34 voix de plus que Gaudin, elle a marqué son pouvoir et sa prise sur les élus locaux, le portefeuille départemental aidant certainement à se faire des amis. Le 18e poste de vice-président promis à Robert Assante est sa sucrerie supplémentaire. Elle lui a fait préférer le maire d’Eyguières, Henri Pons. Vice-président du Département aux transports, ce dernier était envoyé en mission pour rafler cette compétence clef à la métropole contre Assante, jusqu’à lors chargé des transports à la communauté urbaine.

“Le département consacre 300 millions d’euros sur cinq ans aux transports”, justifiait son entourage pour adoucir l’attaque. Le vote s’est déroulé sans accroc pour Vassal avec 118 voix pour son protégé contre 70 à celui présenté par Gaudin. Ce vote confirme que Martine Vassal s’installe en dauphine du maire de Marseille au sein de la nouvelle institution.

Une métropole à pas comptés

A chaque fois, Gaudin aura laissé la démocratie faire son œuvre, comme s’il s’était finalement résigné à voir son plan partir en fumée. Une seule fois, il sera venu aux côtés de Maryse Joissains, soutenir un de ses candidats. Le président de l’union des maires et édile de Mimet Georges Cristiani doit sûrement à ce double coup de pouce son élection à la vice-présidence. Dans un geste un peu désespéré, il met “les honneurs et ses indemnités” en jeu et refuse de se présenter s’il a un adversaire face à lui.

Gaudin fait d’abord mine de ne pas comprendre : “Vous retirez votre candidature ?” avant de comprendre que le président de l’union des maires lui demande de respecter l’accord passé en novembre : le représentant des maires et la présidente du conseil départemental devaient être sortis du jeu d’équilibres entre les territoires. Résultat, Cristiani aura quand même un rival, Philippe Ardhuin maire LR de Simiane-Collongue. Mais le message est passé. Après le vote, il lâche  : “C’est quand même dur d’avoir un maire face à soi quand on a passé tant d’années à les défendre…”

Seule maigre consolation pour Gaudin, avoir fait rentrer deux élus de ses proches pour occuper des postes clés, les finances pour son adjoint Roland Blum et la commission d’appel d’offres pour le spécialiste Bernard Jacquier. “Ils sont expérimentés mais ce ne sont pas des cadors. On ne pourra pas dire que Marseille est hégémonique”, sourit un élu marseillais. Gaudin, les dix-huit membres de son cabinet et son staff, tenteront de rééquilibrer les forces dans un exécutif finalement très frileux sur la métropole. Celle-ci se prépare à avancer à pas comptés.

Par Jean-Marie Leforestier et Benoît Gilles

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