Pour sa rentrée déconfinée, Martine Vassal met le doigt sur la couture

Reportage
le 19 Mai 2020
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Vendredi 15 mai, la présidente du département et de la métropole, Martine Vassal, visitait l'usine éphémère créée dans un hangar du parc Chanot pour offrir des masques aux habitants. Mais si les millions d'unités annoncées sont bien mis sous plis sur place, ils sont loin d'y être tous fabriqués.

Martine Vassal et Annie Carrai, dans l'usine éphémère du parc Chanot. Photo : Emilio Guzman.

Martine Vassal et Annie Carrai, dans l'usine éphémère du parc Chanot. Photo : Emilio Guzman.

Le lieu porte la délicieuse appellation d’atelier de campagne. Depuis trois semaines, la métropole y a installé une petite usine clef en main dans un des hangars vides de la Safim, au parc Chanot. Cet atelier qui bourdonne du bruit des machines à coudre reçoit aujourd’hui la reine des abeilles ouvrières. L’expression est un peu osée pour qualifier la présidente du département et de la métropole, Martine Vassal, par ailleurs toujours en campagne pour succéder à Jean-Claude Gaudin à la mairie de Marseille. Mais, à voir Martine Vassal passer d’un poste à l’autre entourée des journalistes conviés pour l’occasion, elle donne pleinement l’impression de naviguer dans un univers familier.

Celui d’une visite de presse au ballet millimétré, d’abord, mais qui prend pour décor une usine de confection. Là même où elle a fait ses premiers pas de cheffe d’entreprise en prenant la suite de son père, fondateur d’une société de bonneterie qui a longtemps fourni l’armée en éléments d’uniforme. Ici, il est question du masque, la pièce d’uniforme la plus en vogue du déconfinement, celle dont la pénurie a convaincu les élus de tous bords à se transformer tantôt en exportateur zélé, tantôt en fabricant improvisé.

“Pourquoi ne les font-il pas en surjet ?”

Par le truchement de sa double fonction, la présidente Vassal a goûté des deux rôles. Avec le département, elle a commandé des masques jetables en Chine avant de se les faire chiper par la préfète du Grand Est. Avec la métropole, c’est désormais en cheffe d’atelier qu’elle entend communiquer. “Quand j’ai montré votre masque à mon père, il m’a tout de suite dit «mais pourquoi ne les font-ils pas en surjet» ?”, demande-t-elle à Annie Carrai, la vraie patronne du Fil rouge et d’Insermode, les deux sociétés qui pilotent cet atelier. Celle-ci acquiesce en montrant les nouveaux masques que les salariés de la Régie service 13 mettent sous plis en bout de chaîne. Les masques qui partent sous le double logo de la métropole et du département offrent des coutures en surjet, le point serré qui permet de relier deux tissus, bord à bord.

L’usine Fil rouge, construite dans un hall du parc chanot. Photo Emilio Guzman.

Plus loin, Martine Vassal intervient auprès d’une surjeteuse justement, pour lui indiquer comment d’un simple geste, elle peut couper le fil sans utiliser de ciseau. “Chaque geste compte si on veut tenir la cadence”, insiste l’élue auprès de la jeune fille qui tente de dire qu’elle le faisait déjà avant de se raviser, intimidée par la double présence de l’élue et de la patronne du lieu.

“Ce n’est pas politique”

Les deux femmes se connaissent bien même si Annie Carrai, le reconnaît avec un certain embarras. “Ce n’est pas politique”, élude-t-elle d’abord. En effet, avant de présider la chambre syndicale du textile et de l’habillement, la directrice a travaillé pour les grandes boîtes locales, dont la société Gilles créée par le père de Martine Vassal. “Je vous en prie, ne l’écrivez pas sans qu’elle ne le vous confirme directement”, demande instamment la directrice. Entre deux conseils autour de la surjeteuse, Martine Vassal reconnaît qu’Annie Carrai a effectivement été “formatrice dans la société créée par mon père”.

Dans les couloirs de la métropole, on fait montre du même embarras. D’après ce qu’on y entend, le lien professionnel n’est pas à l’origine de cette usine éphémère, elle aurait même surgi après coup. Depuis plusieurs jours, certains soulignent que les deux femmes ont posé pour une même photo dans une boutique du centre-ville, en pleine campagne électorale. Car la fourniture du masque grand public est devenu un enjeu politique, du plus petit territoire jusqu’au plus haut sommet de l’État. Après la course aux masques jetables, la quête des masques “grand public” en est l’épisode deux.

Un fil rouge incontournable

Dans cette course locale, Fil rouge, le bureau d’études fondé par Annie Carrai est soudain devenu incontournable. Elle seule pouvait se targuer de produire local tout en satisfaisant les normes en vigueur. La métropole a donc acheté 30 000 masques pour ses agents avant de filer le tuyau au département pour le même volume, la Ville emboîtant le pas pour un volume équivalent pour un coût relativement prohibitif de “cinq euros 25”, explique Annie Carrai qui annonce un coût de 2 euros 20 pour ceux qui sortiront de sa nouvelle usine en circuit court. “Je me bats depuis 2014 pour faire valoir cette idée du made in France, alors si cette crise permet de pérenniser une activité textile sur le territoire, je ne vais pas me plaindre”, insiste-t-elle en montrant le petit drapeau cousu dans un coin du bec.

En l’occurrence, ce sont 60 emplois notamment d’insertion qui sont ainsi créés pour livrer les deux millions de masques promis par la métropole et le département pour accompagner le déconfinement des bucco-rhodaniens.

Les faux millions du parc Chanot

Martine Vassal en promet 1,35 millions fabriqués au parc Chanot. Mais, dès que l’on gratte un peu, on s’aperçoit vite qu’un volume bien moindre sera fabriqué ici. Même si à terme, l’objectif métropolitain est bien de pérenniser cet atelier d’insertion au-delà de la fin août.

En effet, sur place l’Esat des Catalans et la régie 13 ne mettent pas sous plis que des masques made in Chanot. La majeure partie a été achetée par le département et la métropole à des fournisseurs un peu partout, notamment en Italie, pour fournir les habitants dans la perspective du déconfinement. Ces marchés de gros font la jonction en attendant que l’usine naissante puisse tenir la cadence promise de 40 000 masques par semaine.

Tous ces masques partiront dans les communes sous enveloppes siglées des deux collectivités, pour assurer une livraison finale qui respecte les normes sanitaires et une meilleure traçabilité de la communication. Rien ne se perd…

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    “… Une meilleure traçabilité de la communication.” 😂 Merci pour cette pointe d’ironie.

    Il faut savoir reconnaître à nos élu•e•s leurs réussites, elles sont peu nombreuses. Dans le cas de la multi-présidente de toutes les Provences, il y a un talent indéniable pour la mise en scène, le “moi je me montre et moi je parle de moi” et le sourire artificiel sur toutes les photos.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Que Martine fasse attention et qu’elle ne finisse pas comme “La Princesse” de la “Belle au bois dormant” qui en se piquant le doigt avec une aiguille s’est endormie pour cent ans, car au milieu de ses nombreux parrains et marraines il y a toujours comme le dit le conte , un méchant ou une méchante.
    La politique marseillaise Gôdino/Vâssalienne est de nous raconter des contes depuis des décennies, tous à dormir debout d’ailleurs .La fonction du conte est d’amener entre autres les enfants ( ou électeurs) à maturité . En espérant que cette dernière soit maintenant atteinte et que les enfants (les électeurs) ouvrent enfin les yeux.

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  3. Pascal L Pascal L

    Espérons qu’il sera précisé “masque gracieusement offert par les contribuables”

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  4. Jacques Jacques

    Dans les oeuvres de Martine Vassal, avez vous vu l’aberrante piste cyclable du Prado, coincée entre les bus, les taxis et les voitures, avec la division par 2 des voies de circulation automobiles sur un boulevard déjà saturé.

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    • Zumbi Zumbi

      Pas d’accord. C’est nettement plus agréable et moins dangereux que zigzaguer entre les piétons ou les houspiller pour passer. Pour une fois que j’apprécie une réalisation de nos édiles !
      Maintenant si les cyclistes font la fine bouche, MV aura beau jeu de continuer à avoir 40 ans de retard, et les automobilistes — les motards encore plus — usurperont la voie qui nous est dédiée.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Elle n’est pas aberrante : elle est exactement là où il faut. Il est temps de commencer à réduire la place de la voiture dans cette ville très en retard sur ce sujet, et de faire plus de place à d’autres modes de déplacement. Si on ne le fait pas sur les avenues qui ont un profil quasi-autoroutier, où le fera-t-on ?

      Il n’y a plus qu’à espérer que ce n’est qu’un début, et pas un simple feu de paille préélectoral.

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    • Fabien Huet Fabien Huet

      Très bien cette piste cyclable! Je l’emprunte régulièrement, c’est plus sécurisant qu’avant. Quand à l’ancienne piste qui passait dans le marché, entre les terrasses et stressait les piétons c’était une énorme erreur.
      Vous dites que l’avenue est saturée de voitures en 2×2 voies , elle le serai aussi en 2×3 voies. Dans toutes les villes on a compris que pour réduire la circulation automobile il fallait d’une part proposer d’autres transports pertinents, d’autre part réduite l’espace dévolu aux auto. L’espace en centre ville étant limité, les pistes cyclables se font automatiquement sur les anciennes voies de circulation automobile.
      J’espère juste qu’elle vivra et fera des petits 😉

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Malheureusement, cette piste cyclable ne vivra pas : https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5998122/breve-push.html.

      Les cyclophobes de la métropole ont conclu qu’elle “n’a pas trouvé son public”… une semaine après sa création ! Les réactionnaires des CIQ qui pensent que même sur une autoroute, il n’y a pas de place pour le vélo et que celui-ci n’a qu’à zigzaguer entres les piétons et les obstacles ont été efficaces. Cela en dit long sur les promesses de réseau cyclable de Martine Vassal : c’est du vent.

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Cher 8e , Martine entame la danse des 7 voiles. Elle est en train de prendre le wagon de l’après COVID, très tendance en ce moment Vous voulez du cyclable , et bien en voilà. Vous voulez du vert , vous en aurez. Le cas des masques est illustratif au plus haut point. Vous voulez des masques marseillais, vous n’en aurez pas car l’effet d’annonce se retourne contre elle et GAUDIN, nous en avons l’habitude des projets foireux J’attends toujours ma convocation entre parenthèses. Vous voulez nettoyer les rues avec un désinfectant qui pourrit tout, vous en avez eus sur la Canebiére avec la photo dans la Provence.
    Elle vous dit ce que vous souhaitez entendre , et si demain tout Marseille veut de la choucroute , et bien elle vous fera une Bierparty.

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Vassal lors d’un interview concernant la date des élections :”ne faisons pas de politique politicienne, ne faisons pas cas de notre cas personnel”
    BFM aujourd’hui.
    C’est bien la fifille de ce qui nous sert de maire

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  7. marieroujob marieroujob

    Les masques que j’ai reçus de la Ville de Marseille, estampillés Hom, ont été fabriqués en… Bosnie….

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Pas de chance. Je viens de récupérer les miens : ils n’ont pas de marque mais sont, selon la notice qui leur est jointe, fabriqués dans les Vosges.

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  8. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Elle s’ est fait offrir une pub gratuite sur la Chaine TV France-info (alias “intox”) Résumé : votez pour moi “les rouges” sont aux portes de Marseille !

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