Pour freiner la propagation du virus, la RTM tente la distanciation de ses bus

Actualité
le 11 Jan 2022
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Depuis ce lundi, la RTM réduit la fréquence sur de nombreuses lignes. À l'heure où la distanciation sociale est de rigueur, la régie des transports justifie la mesure par les effets du Covid et notamment le télétravail. Du côté des syndicats, on y voit un problème de manque de personnel.

(Photo : JML)

(Photo : JML)

Dans le bus 81 qui tire une ligne serpentine entre Saint-Just et le Pharo, trois mémés tassées dans les fauteuils réservés aux “personnes prioritaires” pestent. “C’est pas possible d’attendre comme ça dans le vent, râle la plus âgée aux jambes courbes et cheveux teintés. Plus de 20 minutes pour avoir le bus, mais ils se croient où la RTM ?”. En face d’elle, une autre mamie opine. Montée aux Chutes-Lavie, elle a dû attendre “dans le froid de l’hiver” que le bus montre son nez et “sans aucune espèce d’explication“.

L’une et l’autre n’ont pas vu les feuilles de papier collées sur les abribus qui précisent que “les lignes 40/54/55/61/80/81/83 passent en horaires verts dès le lundi 10 janvier 2022”. Dans un esprit très sapin de Noël, le vert, contrairement aux horaires bleus, s’applique aux périodes de vacances. La couleur orange étant, elle, réservée au creux absolu du mois d’août.

Moins de bus pour “une meilleure régularité”

Sur la ligne 72 qui file sur le boulevard de Plombières pour rejoindre le rond-point du Prado, le message est plus sibyllin encore : “Dans le contexte actuel et pour garantir une meilleure régularité, les lignes 38 et 72 passent en horaires verts (vacances)” à partir de la même date. Bref, la RTM espace la fréquence des passages sur 24 lignes de bus, les trois lignes de tramway et les deux métros. Il faut donc attendre près de huit minutes sur les quais pour voir arriver les rames.

L’unique raison mise en avant est l’épidémie de Covid qui, à Marseille, comme dans le reste de la France accélère de manière exponentielle. Mais dans sa communication grand public, la régie des transports métropolitains ne fait pas la part des choses entre les effets des mesures gouvernementales imposant le télétravail trois jours par semaine et les effets du virus dans ses propres effectifs.

“C’est un mélange des deux, indique-t-on au service communication. Comme toutes les entreprises, nous sommes impactés par les effets du virus et nous avons du personnel touché. Mais nous adaptons aussi notre offre à la réalité de la fréquentation”.

La RTM observe une baisse de 30% de la fréquentation.

La décision de la régie répondrait donc en partie à une baisse de la fréquentation sur l’ensemble du réseau, et notamment sur celles qui concernent des trajets domicile-travail. “Nous avons constaté une baisse de la fréquentation de 30% sur l’ensemble du réseau et en particulier sur ces lignes-là, indique la même source. C’est à mettre en regard avec la réduction de fréquence qui n’affecte que 7% du réseau“. Difficile d’y voir clair dans cette confrontation des pourcentages. Du coup, la RTM déploie l’exemple massue : la ligne 21 Jet est suspendue car elle dessert Luminy et est fréquentée par des étudiants, invités à travailler de chez eux au moins jusqu’à la fin du mois. C’est donc bien une adaptation aux mesures gouvernementales dont il est question.

Problème d’anticipation

Du côté des syndicats, le discours est moins ambigu : “Nous avons un gros problème d’absentéisme dû au Covid, estime Franck d’Amato, qui siège au CSE pour la CGT. Soit les chauffeurs sont cas contacts, soit ils sont malades”. Le syndicaliste pointe notamment une mauvaise anticipation des départs à la retraite et une logique d’économie. “Chaque année, on a recours à des CDD qui sont ensuite titularisés pour remplacer les départs, explique le cégétiste. Mais depuis la crise sanitaire, ils ont épuisé les CDD dont beaucoup ont démissionné. Et très peu ont été titularisés. En tout cas, en dessous des besoins“.

Avec les effectifs que l’on a aujourd’hui, nous ne sommes absolument pas en situation d’offrir un service à 100%.

Patrick Rossi, CFDT

Côté direction, on se refuse à communiquer “sur les chiffres de l’absentéisme”, se bornant à pointer les difficultés rencontrées sur tous les réseaux de transports de France en raison de la vitesse de propagation du nouveau variant. “Il ne faut pas se voiler la face : avec les effectifs que l’on a aujourd’hui, nous ne sommes absolument pas en situation d’offrir un service à 100%, martèle Patrick Rossi pour la CFDT.  Ce n’est pas une réponse satisfaisante parce que cela entraîne des bus plus remplis”. “Le calcul est simple : si vous avez moins de chauffeurs, vous avez moins de bus et une charge qui augmente. Or, des bus pleins, cela contribue forcément à faire circuler le virus”, appuie France D’Amato.

La régie affirme pour sa part offrir un service normal sur les lignes les plus fréquentées, notamment “par les scolaires”. Ainsi, sur de nombreuses lignes qui partent du centre pour rejoindre le Nord de la ville, les horaires dits “verts” sont les mêmes que ceux normaux. C’est le cas pour le bus 89 qui dévale le chemin de Gibbes et traverse Saint-Mauront pour rejoindre la Canebière à la Bourse. Vert ou bleu, hiver comme été, les gens y sont serrés comme des sardines.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Le “cas contact” super aubaine pour prendre un peu beaucoup de repos

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Si je comprends bien, l’objectif stratégique de la RTM est de proposer une offre de transport inférieure aux besoins, quelles que soient les circonstances, et y compris sur les lignes les plus saturées.

    Le covid est en partie un prétexte bien commode, quand l’idée première est surtout de faire des économies et de ne pas recruter.

    Franchement, ici les usagers du service public sont trop souvent des usagés du sévice public.

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  3. MarsKaa MarsKaa

    Gestion calamiteuse.
    Tout cela n’a aucun sens.
    L’agonie de l’hôpital public, l’effondrement de l’enseignement public, la déliquescence de tous les services publics (ici les transports publics), la financiarisation de tout (protection sociale, energie, téléphonie…).
    Quand est-ce que l’on va se lever contre cette machine qui broie tout ? Massivement ? Quelles personnalités politiques s’engagent à arrêter cette casse qui est au détriment de nous tous.

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    • printemps ete 2020 printemps ete 2020

      Merci Marskaa !

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    • AlabArque AlabArque

      ‘Quand TOUT sera privé, on sera privés de TOUT’ …

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  4. zebulon13 zebulon13

    Bonjour,
    Une diminution de l’offre alors que au contraire il faudrait l’augmenter !! En effet moins il y a de bus, plus on est nombreux dedans (donc fi de la distanciation). Et vue la capacité de la RTM à garantir une sécurité relative dans ses transports……
    Comment la RTM peut estimer une diminution de la fréquentation vu le nombre de resquilleurs ?

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    • Haçaira Haçaira

      Évidemment, c’est complètement crétin

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  5. vékiya vékiya

    la bien nommée Retarde Tout Marseille

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    • gabeloupasfou gabeloupasfou

      Retard Très Marginal!

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  6. MilaH MilaH

    100 % d’accord avec Zebulon13 quand on sera encore plus serrés c’est omicron qui va gagner

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Toujours le même argument de la part de la gaudinette Pila , elle justifie ses mesures par la baisse de la fréquentation qu’elle organise elle même. Oh fan ! y a moins de monde , et sûrement y a moins de bus. !
    Pendant ce temps la RTM en télétravail se forme à la NITENDO sur “Grand Turismo 5” version bus.
    Je sens que nous approchons des 30 %, à jamais les premiers , n’en déplaise à Patrick R

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  8. Zumbi Zumbi

    J’aurais tout autant que d’autres envie de râler, et ça complique beaucoup la vie de mes enfants lycéens. Mais les commentateurs.trices pourraient peut-être remarquer que dans leur atelier, leur bureau, leur magasin, leur école… les absences perlées ou longues se multiplient de manière peu prévisible, et qu’énormément d’entreprises ou de services perturbées doivent sans cesse réorganiser ou réduire leur charge de travail, donc leurs prestations à la clientèle ou au public. Or les travailleurs.euses de la RTM ont beaucoup de défauts, et j’ai souvent râlé contre certain.e.s, mais ils ont une qualité, ce sont des humain.e.s aussi vulnérables que les autres, pas des Supermen.women.
    Ne faisons pas comme ces braves gens qui après avoir vitupéré que la Covid19, le confinement ou la vaccination, était une invention pour terroriser la population se sont précipité.e.s à engorger les urgences quand la maladie les atteignait, et hurlent alors contre la lenteur de leur prise en charge et les salauds de personnels payés à rien foutre et malades de la Covid19, alors qu’ils.elles sont payé.e.s pour être invulnérables, c’est bien connu.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Sans doute cher Zumbi,mais vous oubliez le contexte marseillais si particulier et si déviant quelques fois.Je ne vais pas vous vanter les qualités de nos zėlus, zyndicalistes et zéros locaux , à tel point que l’État est obligé de créer des structures particulières pour gérer les transports et les écoles.Ici tout est exagéré et cela frise le ridicule, sauf bien entendu pour les bénéficiaires qui profitent bien de ces déviances

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Sur le fond, je suis d’accord avec vous, Zumbi, mais avec une nuance : comme je l’ai écrit dans un commentaire par ailleurs, on ne constate nulle part un taux d’absentéisme de 20 % dû au covid. Or la RTM réduit de 20 % l’offre de métro et supprime carrément des lignes de bus. Dans d’autres réseaux urbains et dans les TER, la réduction d’offre avoisine 10 %. Le covid est une vraie difficulté, mais il sert aussi de mauvais prétexte pour masquer une gestion déficiente des ressources humaines et la volonté de faire des économies au détriment des usagers (qui continuent de payer 100 % du prix de l’abonnement tout en “bénéficiant” d’un service dégradé).

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    • Assedix Assedix

      “les absences perlées ou longues se multiplient de manière peu prévisible, et qu’énormément d’entreprises ou de services perturbées doivent sans cesse réorganiser ou réduire leur charge de travail, donc leurs prestations à la clientèle ou au public.”

      Justement Zumbi, on voit partout des gens qui se démènent pour ne pas perdre de l’activité. Vous voyez beaucoup de restaus qui annulent des services ? De cinémas qui annulent des projections? Etc., Etc.
      J’ai au contraire l’impression que tout le monde s’efforce d’assurer le service malgré tout…

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  9. Andre Andre

    Réduire l’offre en raison d’une baisse de fréquentation alors qu’on pourrait en profiter pour favoriser une meilleure distanciation physique dans les TC. On marche sur la tête. La RATP et la SNCF ont fait de même. De la même veine, en 2020 dans le métro, la RTM avait condamné un siège sur deux tandis que les usagers s’entassaient dans les passages!
    Depuis le début de cette crise on a le sentiment qu’on se moque de nous et que, pire encore, le bon sens et la raison s’effacent devant des dogmes, du prêt à penser, des directives mal calibrées, et un rejet de responsabilité de la part des autorités. Pour reprendre mon dernier exemple du métro, la RTM devant respecter à tout prix et contre toute logique les règles de distanciation imposees par l’ Etat, on reportait la responsabilité de ne pas monter dans des rames bondées sur les usagers!
    On pourrait reporter le raisonnement, en bien plus grave, sur le rapport entre crise de l’hôpital et obligation vaccinale.

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  10. TINO TINO

    le service public a un coût. L’absence de service public a un coût encore plus grand. Les coûts sont différents. L’un est financier. L’autre est humain. L’un se compte en euro. L’autre se compte en mépris des besoins de mobilité des marseillais qui n’ont que le bus, le tram et le métro comme moyen de transport.

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    • julijo julijo

      oui, c’est ce qui est le plus évident : le mepris.

      alors évidemment, tout le monde à des raisons en ces temps troublés, de bonnes et encore plus de mauvaises.

      le mépris des usagers est ce qui est le mieux partagé par ce gouvernement qui ne gouverne plus, mais fait oeuvre de mépris. normal que tout les “organismes” gestionnaires de service public fassent pareil

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  11. Brallaisse Brallaisse

    Julijo les institutions marseillaises et périphériques n’ont pas attendus ce gouvernement pour appliquer cette attidude de mépris . Si vous voulez nous pouvons en énnoncer les principaux acteurs notamment dans le transport, le GPMM,l’éducation, le logement et les zélus qui méprisent la Loi pour des intérêts purement personnels. Faites la liste de ces derniers qui ont maille à partir avec la justice. Vous en avez pour un bon moment.
    A jamais les premiers !

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  12. Calamity J Calamity J

    Benoît Gilles, pourquoi donner à cet article un titre aussi ironique? (ou humoristique?)

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    • julijo julijo

      oh, il le mérite. il vaut mieux en rire….
      on aurait aussi pu dire : la rtm s’oblige à mettre en place le télétravail !!
      c’est tellement consternant cette décision, tellement incohérent.
      C’est compliqué pour le service de com, la rtm aurait mieux fait de dire carrément qu’elle tente de gagner du pognon en n’embauchant pas le personnel nécessaire.

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  13. jasmin jasmin

    Est ce que la RTM peut exiger la vaccination de ses conducteurs? J’en vois beaucoup assis aux commandes sans masque. S’il y a une crise d’effectif, la premiere chose est de s’assurer que l’effectif réel est vacciné et ne peut que rarement être cas contact. On sent bien en montant dans les bus que les conducteurs ne sont pas assez sensibilisés aux risques de contamination du public. La ventilation est souvent condamnée, le mépris total du port du masque est ignoré par les conducteurs et les contrôleurs. On sent que personne ne croit à rien. Il n’y a que les gens vaccinés et stressés masqués qui regardent affolés tous les autres. C’est terrifiant de prendre les transports en commun quand les garants du service et de l’ordre ignorent le problème. Maintenant il faut qu’ils gèrent le personnel absent. C’est lamentable.

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    • MilaH MilaH

      Absolument, les conducteurs ne sont pas masqués et laissent entrer des gens sans masque et je ne compte plus les personnes qui ignorent qu’elles ont un nez et que le masque doit être dessus. . La raréfaction des bus empire la situation : tout le monde est entassé . Le Covid a de beaux jours devant lui à Marseille.

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