Pollution : dans le port de Marseille, des navires électrifiés mais pas toujours branchés

Décryptage
le 25 Oct 2021
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Depuis plusieurs mois, le Grand port maritime de Marseille communique autour de l'électrification de ses quais. Une mesure qui permet aux navires de couper les moteurs et ainsi, d'améliorer la qualité de l'air. Mais ce chantier est loin d'être terminé.

Photo : Violette Artaud

Photo : Violette Artaud

“Ici, nos navires sont électriques”. En arrivant à Marseille par l’autoroute du littoral, difficile de rater le panneau. Voire, de ne pas tomber dedans. Dans le Grand port maritime de Marseille, tous les bateaux sont électriques ? La réalité est un peu plus complexe. Tout d’abord, il s’agit moins de navires électriques que de navires pouvant, lorsqu’ils sont à quai, se brancher à une prise se trouvant à terre et ainsi, couper leurs moteurs.

Cette affiche est une publicité de la compagnie de ferries La Méridionale. Celle-ci dispose de quatre navires, dont trois sont effectivement équipés pour le branchement à quai. Mais ces derniers ne peuvent pas forcément se brancher une fois dans le port. Qu’est-ce qui est aujourd’hui en place ? Quels sont les projets du port et à quelles échéances ? Marsactu fait le point sur la connexion électrique des navires à quai.

La compagnie affiche ses avancées en bordure de l’autoroute du littoral. (Capture d’écran de Google maps)

Les ferries corses ouvrent la voie mais manquent de prises

La Méridionale est en effet la première compagnie basée à Marseille à avoir enclenché le mouvement. Dès 2015, elle annonçait équiper ses ferries pour qu’ils puissent se brancher à terre. Mais c’était sans compter la réactivité du port qui n’a, dans un premier temps, pas été en mesure de fournir les prises nécessaires. Il aura fallu attendre 2017 pour que la compagnie puisse, pour la première fois, couper ses moteurs en escale. Mais tous les navires équipés ne peuvent pas se brancher à chacune de leurs escales marseillaises. Le secteur Corse du Grand port de Marseille ne dispose en effet que de quatre postes équipés pour le branchement électrique à quai en haute tension. Le dernier a été livré ce mois-ci. Or, la Méridionale n’est pas la seule à les utiliser : elle les partage avec la Corsica Linea, “depuis 2019”, précise le port.

La compagnie a été la première à équiper ses ferries à Marseille. (Photo : La Méridionale)

Sur ses six navires qui font la desserte pour la Corse, la Corsica Linea en a équipé trois pour le branchement à quai. Ce qui fait donc six navires corses équipés pour quatre postes à quai avec les prises adéquates. Si le GPMM assure que sur le “secteur Corse il y a en escale chaque semaine entre deux et quatre navires qui sont donc tous branchés à quai”, là encore, la réalité est un peu plus complexe. Car c’est bien vite oublier la digue du Large, non équipée en haute tension et qui reçoit aussi des ferries pour la Corse. C’était justement le cas le 20 octobre, où comme on le voit sur cette capture d’écran d’un site de suivi des navires en temps réel, le Jean Niccoli et le Paglia Orba, deux bateaux de la Corsica Linea équipés pour le branchement à quai, sont amarrés sur cette digue. Ils ne sont donc pas branchés à ce moment-là.

L’occupation de la digue du Large le 20 octobre (Capture d’écran du site Myshiptracking effectuée le 20 octobre)

Il arrive, précise la compagnie, que la météo oblige les capitaines à amarrer leur navire à cet endroit. Mais aussi qu’aucune borne ne soit disponible. “Il arrive qu’il n’y ait plus de place. Actuellement, nous sommes à près de 40 % de branchement effectif, nos trois navires confondus. Cela prend en compte à la fois les hypothèses où les trois navires sont à quai [et ne disposent donc pas de bornes suffisantes, ndlr] et aussi, essentiellement, le facteur météo”, précise le service de communication de Corsica Linea. La Méridionale, quant à elle, n’est pas en mesure de fournir de taux de branchement, mais précise que seule la météo est responsable lorsque ses navires équipés ne sont pas branchés.

Au printemps, le président de région Renaud Muselier déclarait pourtant, comme le rapporte Businews, qu’“à Marseille, 90% des escales Corse [étaient] aujourd’hui connectées électriquement.” Il ajoutait : “Nous avons apporté 750 000 € d’aide régionale en 2018 à Corsica Linea. Il en est de même pour la Méridionale.” La faute au Mistral ou faute de place, le pourcentage annoncé semble plutôt appartenir au futur. Les aides publiques aux compagnies, elles, ont bien été versées.

Le cap Janet équipé à temps ?

“Après avoir équipé les navires desservant la Corse avec quatre postes à quai raccordés pour 15 millions d’euros, la prochaine étape sera l’équipement de la gare internationale du Cap Janet en 2022”, rappelait le même jour le directeur du port Hervé Martel qui bénéficie aussi d’aide des collectivités pour ces travaux. Comme le détaillait Marsactu en 2018, dans ses premiers plans, le port n’avait pourtant pas prévu de branchement à quai pour cette nouvelle gare de desserte internationale. Cette fois-ci, c’est promis, la nouvelle gare ouvrira avec des bornes électriques. “L’ensemble des quais du Cap Janet sera équipé de la connexion électrique des navires à quai, soit quatre postes à quai.” Mais à quelles échéances ? En 2022, lors de l’ouverture annoncée, “seulement une partie” des postes le seront, admet le port qui n’est pas en mesure de dire combien.

Les ferries sont pour le moment, les principaux navires équipés de prises à Marseille. (Photo : La Méridionale)

Les navires qui desservent le Maghreb nécessitent une puissance plus importante que ceux pour la Corse. Une installation plus complexe est donc à prévoir. Le 16 avril dernier, Enedis présentait sur le port son nouveau poste électrique de 38 mégawatts destiné à alimenter les ferries du Maghreb et les paquebots. En ce qui concerne les futures potences du cap Janet, “les études techniques ont été réalisées, les appels d’offres pour les travaux sont clos. Les offres du marché de travaux sont en cours d’analyse et la notification interviendra en cette fin d’année pour un démarrage des travaux dans la foulée”, assure le port.

Lors de l’ouverture du cap Janet, des navires équipés risquent-ils de faire la queue pour se brancher, comme cela arrive pour le secteur Corse ? Ou à l’inverse, des prises pourraient-elles rester inutilisées ? Selon Le Marin, le Badji Mokhtar III d’Algérie ferries est d’ores et déjà équipé ainsi que deux navires français. Au total, 10 navires desservent le Maghreb depuis le port de Marseille. Trois sont déjà équipés, confirme le port. Notre objectif est qu’il y en ait au moins cinq de plus. Nous travaillons avec les compagnies pour cela. Et ça avance.” Des promesses qui pour le moment se passent de dates.

Pour les croisières, deux branchements à l’horizon 2025

Après la phase 0 et la phase 1, comme les nomme le Grand port, arrivera donc, à l’horizon 2025, la phase 2 qui concerne le terminal croisières. À cette date, le défi est de brancher non pas la totalité, mais deux paquebots simultanément, alors que le port accueille jusqu’à six navires en période estivale. Mais cela constitue déjà une prouesse technique, sur laquelle l’État et la région se sont engagés. Reste à le réaliser concrètement ce qui n’est pas gagné.

“Cela n’a encore jamais été fait. Aujourd’hui les études ne permettent pas de dire combien ça coûte, tient à signaler Jean-François Suhas, du Club de la croisière. Il y a un flou sur le prix des machines nécessaires pour convertir la fréquence.” Du côté des compagnies, on assure se tenir prêt. Mais là encore, difficile d’obtenir un chiffre. “Plusieurs navires de la flotte Costa sont déjà prêts à être branchés, dont la plupart qui feront escale à Marseille”, indique le groupe Carnival qui ajoute que “le plan suivra de près l’évolution de la disponibilité des installations d’alimentation à quai dans les différents ports, y compris Marseille.” Le problème semble donc plutôt se trouver à terre qu’en mer.

Restera ensuite la question du chantier naval. “C’est censé être la dernière étape dans le plan d’électrification du port”, regrette Charles Chanut de l’association de riverains des 15e et 16e arrondissements Cap au Nord. Contacté, le directeur du chantier naval de Marseille ne dit pas autre chose. Selon Jacques Hardelay, seuls les navires de charges (dont les porte-containers) peuvent actuellement être branchés, à basse tension. Pour le reste, aucune forme de réparation navale n’est équipée pour la connexion électrique haute tension, ce qui fait que “90 % des navires reçus ne peuvent pas être branchés”. “Nous passerons après le terminal croisière, c’est tout ce que l’on sait. Il n’y a aucun calendrier, aucune date qui circule”, confirme ce dernier. Dans le Grand port maritime de Marseille, le courant est encore loin de passer partout.

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Commentaires

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  1. Zumbi Zumbi

    Ici le greenwashing est subventionné.

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  2. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Plutôt que délivrer des dividendes aux actionnaires des bateaux de croisières qu’ils deviennent écolos en versant une part de leur argent en finançant les ”prises électriques”; mais, peut-être, est ce cela fait??
    L’article ne le dit pas…!
    Merci.

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  3. Pascal L Pascal L

    Un bateau de croisière à quai c’est la circulation de 20 000 voitures, 5 à10 fois plus en mer (source Air Paca).

    Si je calcule bien, en une semaine sur un bateau qui fait route 1/3 du temps c’est comme si chacun des 5000 passagers faisait rouler en permanence 8 voitures (avec un moteur diesel pourri).

    Il semble que ce soit les vacances les plus polluantes qui existent.

    Et on récupère l’effet de toutes ces nuisances en échange de la vente de quelques souvenirs dont les morceaux de faux savon de Marseille.

    Amener des lignes de 100 à 120 MW et des convertisseurs 50-60 Hz de même calibre pour chacun de ces bateaux est en effet un investissement considérable. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Fait-on payer l’escale à son juste prix ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Résultat de la politique de Vlasto , en précisant que les compagnies de croisières sont de véritables pirates , surtout les majors. Et que les villes portuaires font du dumping pour attirer les croisières avec les résultats catastrophiques que nous connaissons. Venise en étant le plus terrible exemple.Les pertes de volumes du port de Marseille , hydrocarbures, décrochage sur les conteneurs, les ferrys qui se ramassent avec la conccurence de Toulon. Alors on cherche du volume à tout prix afin de compenser la rétrogadation du port de commerce ( Marseille/Fos) qui à force d’avoir 15 ou 20 années de retrad se retrouve en 2° division.
      Si cette éléctrification , pour laquelle des décénnies vont êtres nécéssaires sans parler des couillonades locales comme la grande forme qui n’a plus de porte, se réalise nous verrons encore plus d’acheteurs de faux savons de Marseille et à la suite la conception de projets délirants pour monter ce beau monde à la Vierge, le téléphérique en étant le plus ridicule.
      Mais pendant ce temps , le Club de la Croisière avec son président Suas, aura du boulot pour se mettre au courant , lui qui a défendu le fioul pourri pendant des années et qui se passionne pour la Fée éléctrique.

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    • jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

      La voiture électrique me semble une bonne illustration de votre dernier paragraphe…

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    • Magnaval Magnaval

      En l’occurrence, les pires pirates sont les dockers et leur syndicat de malfaiteurs, qui ont tout fait pour plomber la compétitivité et la fiabilité du port depuis 70 ans. La monoactivité croisière en découle directement.

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  4. Patafanari Patafanari

    Des pauvres visitent des pauvres.
    Et personne ne veut payer le chauffage et les lumières clignotantes de ces gros casinos flottants qui emboucannent le populo. Pensez aux moins aux petits chinois qui fabriquent les savonnettes violettes «  de Marseille « qui vont perdre leur emploi si on continue à jouer les chochottes.

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  5. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Le ”grand déménagement du Monde” persiste et je ne vois pas en quoi les ”touristes” en seraient exempts…!
    Se balader sur un gros bateau qui fait des ronds-c’est le cas de le dire- dans l’eau de la Méditerranée (ou ailleurs) me semble imbécile.
    Mais je pense que les jeunes générations vont devoir lutter concernant le climat, car désormais ce me semble la priorité avec l’autoritarisme du bloc bourgeois

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  6. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    il est totalement exclu que je consacre le moindre centime à un voyage sur ces navires, ou se font piéger souvent des braves retraités. Ceux-ci vont claquer une grande partie des économies de toute une vie pour « découvrir la Méditerranée. », Parfois ils navigueront dans une cabine sans vue sur la mer pour un « voyage de noces » qu’ils n’avaient pu s’offrir, en son temps, faute de moyens. À défaut de vue sur la mer ils auront la ressource de dépenser le reste de leurs économies en jouant avec les machines à sous, ou les autres jeux du casino à bord, aux dépens des rares circuits payants organisés dans les pays visités. S’ajoutant à l’avantage, pour les épouses, de ne pas avoir à faire la cuisine, telles sont les principales différences ces navires de croisière et l’habitat collectif intermédiaire des « résidences » de certaines villes européennes…. Quant au déclin du port de Marseille, il découle d’abord de. L’ouverture des frontières de l’Europe des six dès la fin des années 50 – 60 auquel s’est ajoutée la perte du monopole du pavillon concomitante avec la fin de l’empire colonial. Ainsi alors qu’il avait été jusque-là et notamment grâce à son port en eau profonde et sans marée, « la porte de la France » Marseille est devenue excentrée par rapport aux régions, de Normandie, d’Île-de-France, du Nord, du Nord-Est, ou jusque dans les années 1980, les industries étaient florissantes. Par ailleurs que ce soit avec la gauche (Gaston Defferre) ou avec la droite (Jean-Claude Gaudin) il n’y a jamais eu une véritable volonté politique, de désenclaver Marseille en en créant un hinterland desservi par le canal à grand gabarit Rhin-Rhône(On parle toujours bien sûr). Les ports de Rotterdam et d’Anvers ayant résolu leurs problèmes de marées, sont par l’autoroute à 450 et 350 km de distance de la région parisienne par exemple, Le port de Marseille situé à près de 800 km n’était plus géographiquement compétitif. Pour le redevenir il était tentant de « contraindre » les salaires des dockers, et en faire une variable d’ajustement : d’où une guérilla permanente entre ces derniers et les armateurs.. Par ailleurs, la menace des « rouges » est prétextée de façon récurrente et encore tout récemment par une certaine bourgeoisie marseillaise. Celle-ci s’est montrée davantage attirée par le négoce, L’immobilier ou la politique que par le maintien ou la création d’industries(Qu’il s’agisse de la construction navale ou de la fabrication de sous-vêtements pour les armées). Le tourisme a été le joker de Jean-Claude Gaudin pendant 25 ans. Une activité fragile s’il en fut, car exposée aux crises sanitaires, financières et sécuritaires, comme cela a été le cas en Égypte, ou en Tunisie, parmi les destinations méditerranéennes

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