Plate-forme pétrolière en Méditerranée : "Marseille passe peut-être à côté d'une fantastique opportunité"

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le 14 Mar 2012
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Plate-forme pétrolière en Méditerranée : "Marseille passe peut-être à côté d'une fantastique opportunité"
Plate-forme pétrolière en Méditerranée : "Marseille passe peut-être à côté d'une fantastique opportunité"

Plate-forme pétrolière en Méditerranée : "Marseille passe peut-être à côté d'une fantastique opportunité"

C'est encore un french paradoxe. Le jour où le litre de super est passé à plus de 2 euros, les représentants des industries pétrolières des Bouches-du-Rhône tenaient une conférence de presse, avec leurs confrères des industries métallurgiques et chimiques au siège de l'UPE 13, le Medef local. Pour le pétrole dans la région, les perspectives sont plutôt moroses.

Premier paradoxe : les prix du brut ne cessent de monter, mais les marges des raffineurs ne cessent de baisser. Selon Jacques Ripoche le délégué régional PACA de l'Ufip (Union française des industries pétrolières) tous les raffineurs auraient travaillé à perte le mois dernier. Et malgré les arrêts partiels et temporaires de plusieurs raffineries, les marges n'ont pas remonté. Avenir plutôt sombre donc pour les raffineries de l'étang de Berre, comme Lyondellbasell, "mise sous cocon" et qui attend toujours l'arrivée d'un éventuel investisseur. On parle de Gary Klesch mais rien n'est fait.

Deuxième paradoxe, la France raffine de l'essence alors que les automobilistes consomment surtout du diesel. Du coup, on exporte du super aux Etats-Unis, et en Afrique (bonjour la logique), et on importe du diesel. Il suffirait donc, comme le fait déjà Ineos à Lavera, d'investir dans un hydrocraqueur (qui permet de faire du diesel) à Berre. Et qui pourrait être mutualisé entre les différents opérateurs de l'Etang pour relancer l'activité, comme le réclament notamment les syndicalistes de Lyondellbasel. "Pas si simple" tempère Jacques Ripoche : 

D'abord c'est un investissement de 600 à 700 millions d'euros. C'est beaucoup d'argent par les temps qui courent et seules les raffineries encore détenues par des pétroliers auraient de tels moyens. Mais ils préfèrent largement investir dans la recherche de nouveau gisement. Le vrai problème est qu'aujourd'hui l'Etat taxe beaucoup moins le diesel que le super. Inverser les choses pourraient aider notre industrie, mais serait très impopulaire.

Pourtant c'est une activité économique qui représente, toujours selon l'UFIP, 2000 emplois directs et 6000 indirects dans le département, 133 millions de masse salariale investis chaque année dans l'économie locale. "Et nous sommes le premier client du Port de Marseille" rappelle Ripoche :

Parce que si Marseille reste le premier port français, c'est grâce aux hydrocarbures. S'il n' y avait que les containers on serait loin (Le Havre traite 2 millions de containers/an, contre 900000 pour Marseille ndlr). Et d'ailleurs nous possédons des atouts formidables : pas besoin d'être un grand marin pour entrer dans le port de Marseille/Fos. C'est autre chose à Rotterdam.

Le dernier paradoxe et non des moindres est cette affaire de plate-forme pétrolière au large de Marseille. La seule et vraie solution pour l'avenir de l'industrie pétrolière française en général et à Berre en particulier serait bien évidemment de trouver du pétrole sur le territoire. Et c'est peut-être ce qui est en train de se passer au large de la Guyanne, à 150 km de Cayenne, où on aurait trouvé un gisement intéressant. Que pensent ces représentants des industries de la levée de bouclier des politiques locaux contre le projet de prospection au large de nos côtes ? Bien évidemment Ripoche est pour :

Ce serait une opportunité formidable, pour Marseille et pour la France, mais c'est comme les gaz de schistes, on nous interdit même de chercher. Ce ne sont que des décisions politiques

Et les risques sur l'environnement ? :

Bien sur il y a la terrible tragédie de la plate-forme BP en Louisiane, mais l'extraction pétrolière off-shore est une activité très sure, très surveillée et les accidents sont rarissimes

Une position bien évidemment "corporatiste" mais qui a le mérite de poser le débat. Car sur ce type de sujets de débats il n'y en a aucun. Si les écologistes se sont largement exprimés contre la demande de renouvellement du permis d'exploration pour ce projet de plate-forme pétrolière au large de Marseille, au nom de la protection de la Méditerranée, on n'a entendu personne d'autre. Du moins à découvert dans les médias…

Jean-Claude Gaudin par exemple a attendu que la Provence fasse un dimanche sa une avec des membres de Greenpeace avec des calicots "Monsieur Gaudin la Méditerranée vous vous en fichez !" pour dire toute son opposition au projet. Pourquoi pas. Et si du coup on passait à côté d'un immense gisement de pétrole ou de gaz, qui rendrait Marseille et sa région plus riche que le Qatar ?

Bonus : une interview sur le site du du conseil économique et social, qui a justement rendu son avis (bien plus nuancé que l'Ufip…) sur l'exploitation pétrolière off-shore :

 

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Commentaires

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  1. Céhère Céhère

    C’est vrai quoi, “l’environnement ça commence à bien faire”.

    Quelque peu interloqué par cette prise de position. Pour une fois qu’un consensus semble se dessiner en faveur de l’environnement, il faudrait venir provoquer je ne sais quel débat.
    Marsactu je le préférais quand il allait à la pêche.

    Assez atterré par votre dernière phrase et la deuxième partie de l’article plus globalement.

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  2. Céhère Céhère

    C’est vrai quoi, “l’environnement ça commence à bien faire”.

    Quelque peu interloqué par cette prise de position. Pour une fois qu’un consensus semble se dessiner en faveur de l’environnement, il faudrait venir provoquer je ne sais quel débat.
    Marsactu je le préférais quand il allait à la pêche.

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  3. titoune titoune

    En ce qui concerne le deuxième paradoxe.
    A partir d’une quantité de brut,on ne raffine pas ce que l’on veut.
    En simplifiant,à partir d’une quantité mesurée de brut,et en .commençant par le lourd,on distille d’abord du bitume ou du fuel lourd seulon le brut.Ensuite du fuel lèger,puis arrivent le gas-oil,l’essence,l’essence légère et au sommet les gaz ,butane et propane.
    On ne peut en aucun-cas décider de tout convertir en léger ou en lourd.
    On importe du gas-oil et on exporte de l’essence tout simplement parceque nous avons plus de véhicules dièsel que de véhicules essence.
    Mème avec un hydrocraqueur qui a ,il est vrai un meilleur rendement,on ne sortira que le % du carburant choisi,que contient le brut distillé.

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  4. Chris Chris

    …mais Marseille est EN SOI l’incarnation du ratage de TOUTES les fantastiques opportunités qui se sont ou se présenteront à elle…

    C’est sa NATURE, la loose, toujours et encore et surtout en le claironnant..

    Marseille est misérable parce que c’est ainsi qu’elle se veut.

    A Marseille on abhorre les réussites, seuls comptent les PETITES magouilles, le PETIT argent facile, les PETITES planques…ET L’OM !!!! Surtout ne rien changer…

    “HO JEÛÛÛÛne, DOUUUUUUcement…Pour qui tu te prengu’….”

    Ca, c’est le slogan de la ville.

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  5. chris chris

    J’aurais bien aimé que le délégué régional de l’Ufip nous explique en quoi l’exploitation pétrolière de ce gisement à proximité de nos cotes serait pour Marseille une opportunité formidable ?
    On devine que ça donnerait un supplément d’activité aux raffineries du coin, ce qui parait tout de même une bien maigre consolation au regard des risques potentiels des forages en haut profonde …
    Sur ce coup, je n’ai pas trouvé Marsactu bien curieux 😉

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  6. JPA JPA

    La TIPP devrait servir à financer la recherche ou l’innovation d’énergies alternatives pour faire rouler nous foutues bagnoles. Quand on sait comment fonctionne un moteur à explosion et qu’on connaît quantité d’autres molécules explosives (ex. l’hydrogène) ont devrait se pencher plus sérieusement sur la stabilisation d’un procédé plutôt que de forer encore et encore des trous, et se contenter d’une technologie dépassée et sale.

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  7. scotto eric scotto eric

    “plus riche que le Qatar” ? sans contreparties insupportables ? ça fait rêver disaient les clients de Madoff

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  8. Jojomigrateur Jojomigrateur

    S-il s”avérait qu’il y a effectivement beaucoup de pétrole au large de Marseille, le parc national des calanques ne pèserait pas lourd dans la balance, même si ses créateurs jureront le contraire…

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  9. Liseron duveteux Liseron duveteux

    On a le pays le plus nucléarisé du monde…
    Et une plate-forme pétrolière,qui n’existe pas encore fait peur à tout ce même monde.

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  10. Céhère Céhère

    “Une fantastique opportunité”, “la seule et vraie solution pour l’avenir de l’industrie pétrolière française en général et à Berre en particulier serait bien évidemment de trouver du pétrole sur le territoire” ou “si du coup on passait à côté d’un immense gisement de pétrole ou de gaz”, ces phrases me semblait ne pas relever de la simple neutralité narrative.

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  11. Ricou 24. Ricou 24.

    Et dire que nous roulons tous en voiture,que nous voulons 21 ° dans nos maisons,aller au Frioul ,en aller retour tous les jours,mais nous ne voulons pas d usine,de risque,de fumée ou d entreprises.
    Tout çà on le veut ……’mais chez les autres ,loin de nos yeux.
    C est comme les fralib qui portent des tea shirt ou des baskets made in china pendant les manifs et qui sont fabriqués par des esclaves de 10 ans,ou des femmes qui ne voient pas le jour ou encore ce pauvre Poutou qui ne veut pas rouler dans la marque de voiture de son usine………et qui manifestera…….le jour de sa fermeture,en basket,made in china!
    On peut de courage et de sens de responsabilité pour aller au bout de ses idées et de ses envies.

    Ricou 24.

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  12. Agir pour la crau Agir pour la crau

    Comme si la Méditerranée, qui figure parmi les mers les plus polluées au monde, n’était pas assez éprouvée… Voilà plusieurs années que le groupe pétrolier britannique Melrose Resources lorgne sur le gaz et le pétrole de mare nostrum. En 2005, il a récupéré le permis exclusif de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux octroyé trois ans plus tôt à la société TGS-Nopec. Celui-ci a été prolongé de cinq ans et couvre une zone de douze mille cinq cents kilomètres carrés (soit grosso modo l’équivalent de la superficie du Qatar mais deux fois moins qu’initialement) au large des côtes provençales, non loin du sanctuaire Pelagos. Celui-ci abrite une biodiversité d’une variété exceptionnelle, avec en particulier quatre espèces de tortues marines, des baleines, des dauphins et des orques.
    http://www.agirpourlacrau.fr

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  13. Agir pour la crau Agir pour la crau

    Comme si la Méditerranée, qui figure parmi les mers les plus polluées au monde, n’était pas assez éprouvée… Voilà plusieurs années que le groupe pétrolier britannique Melrose Resources lorgne sur le gaz et le pétrole de mare nostrum. En 2005, il a récupéré le permis exclusif de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux octroyé trois ans plus tôt à la société TGS-Nopec. Celui-ci a été prolongé de cinq ans et couvre une zone de douze mille cinq cents kilomètres carrés (soit grosso modo l’équivalent de la superficie du Qatar mais deux fois moins qu’initialement) au large des côtes provençales, non loin du sanctuaire Pelagos. Celui-ci abrite une biodiversité d’une variété exceptionnelle, avec en particulier quatre espèces de tortues marines, des baleines, des dauphins et des orques.
    http://www.agirpourlacrau.fr

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  14. Ricou 24. Ricou 24.

    Très bien pierre,vous avez raison sur le besoin de débat sur le sujet ou alors il faut dire la vérité sur l avenir de notre mode de vie,sur nos envies et sur les conséquence de nos choix.

    Ricou 24.

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  15. Liseron duveteux Liseron duveteux

    Le pétrole est synonyme de richesse et de puissance partout dans le monde.
    Qu’il soit exploité sur terre ou en mer.heureusement qu’il en a été trouvé en mer depuis 1973.
    On aurait peut-être cette chance,et il ne faudrait pas la saisir?

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  16. Anonyme Anonyme

    Bonjour Pierre Boucaud,
    A la fin de votre article vous ecrivez: “Et si du coup on passait à côté d’un immense gisement de pétrole ou de gaz, qui rendrait Marseille et sa région plus riche que le Qatar ?”
    Ma question est: y a-t-il deja eu des recherches sismiques sur la zone? Est-ce qu’il y a des indices indiquant la presence d’un champ de petrole au large des cotes francaises? Merci pour toute information et pour votre article!

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  17. druide67 druide67

    C’est une abberation par les temps qui courrent de ne pas saisir une telle opportunité.
    Nos décideurs sont réellement trés mauvais et franchement d’un dynamisme plus que médiocre.
    Comment peut on encore hésiter et se poser des questions alors que notre pays va si mal?

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