Pourquoi personne ne réclame la démission du premier adjoint Dominique Tian

Actualité
Jean-Marie Leforestier
2 Fév 2018 21

Alors que la moindre affaire judiciaire concernant des hommes et femmes politiques suscite désormais des condamnations unanimes, personne dans la majorité LR marseillaise, comme dans son opposition, n'a jusqu'ici demandé la démission de Dominique Tian. L'élu LR a pourtant été condamné en première instance pour blanchiment de fraude fiscale.

Dominique Tian, le soir de sa défaite aux législatives.

Dominique Tian, le soir de sa défaite aux législatives.

C’est une tradition du lundi à la mairie de Marseille. Au « château » se retrouvent autour de Jean-Claude Gaudin les plus importants élus de la majorité pour un tour d’horizon politique. Cette réunion d’état-major, selon le vocabulaire aussi officiel que martial, s’annonce sous un double jour inhabituel ce 29 janvier. Bien sûr, il y a les charges du président de la région Renaud Muselier sur la gestion municipale, mais un dossier encore plus inhabituel est arrivé sur la table. Le vendredi précédent, le premier adjoint Dominique Tian a été lourdement condamné en première instance pour « blanchiment de fraude fiscale » et « déclaration mensongère de patrimoine » à un an de prison avec sursis. A cela se sont ajoutés trois ans d’inéligibilité et une amende de 1,45 million d’euros.

S’il a été ébranlé par la condamnation, Dominique Tian fait face ce lundi à ses amis politiques. Finalement, la question ne va pas occuper la réunion très longtemps. Les voix qui s’expriment sont compatissantes. Jean-Claude Gaudin prend la parole pour juger qu’il s’agit d’une condamnation politique. Dès le vendredi après-midi, il a fait tweeter son soutien à son numéro 2 :

Le parti Les Républicains fait bloc autour de l’ancien député, à l’image de Lionel Royer-Perreaut, maire des 9e et 10e arrondissements : « Moi, je crois que dans ce genre de situation, il faut s’en tenir à ce que le droit permet. Il y a des procédures qui permettent de faire appel. Il fait appel, la justice va travailler. » Quand on lui demande si cela ne pose pas un problème politique, il est très clair : « Dominique est un ami et je ne dirai rien qui soit de nature à l’affecter. »

« À quoi bon tirer sur l’ambulance ? »

Mais le mutisme politique sur la condamnation s’étend bien au-delà des rangs de la droite. De la gauche au Front national, aucune réaction officielle n’est venue commenter la décision. Contactée, la députée La République en marche Claire Pitollat, qui a ravi la circonscription du sud de la ville à Dominique Tian, a fait répondre son attachée de presse : « Je n’ai pas à commenter un jugement de justice, du point de vue de mes valeurs mais aussi pour le respect de la séparation des pouvoirs. »

Autre opposante de Tian, la conseillère municipale socialiste Annie Lévy-Mozziconacci a plusieurs fois mis sur la place publique l’affaire pour laquelle était poursuivie son rival LR. Mais pas cette fois : « Oui, j’aurais pu faire un communiqué, un post sur Facebook, un message sur Twitter. Mais à quoi bon tirer sur l’ambulance ? La justice a fait son travail, elle a tranché. Après, bien sûr que je crois qu’il se grandirait à tirer lui-même les conséquences de cette sanction qui n’est pas faible en se retirant du conseil municipal. »

Un comportement qui « nourrit la méfiance des citoyens »

Malgré cette ultime phrase, plus piquante que les autres, la situation a une conséquence concrète. Alors qu’au niveau national, tout embryon d’enquête déclenche un appel à la démission, au niveau local, personne n’ose mettre la question sur le devant de la scène. La juge Bénédicte de Perthuis semble alors bien seule pour dénoncer des faits de nature à « nourrir la méfiance des citoyens envers ceux qui les représentent », comme elle l’a fait lors du prononcé du jugement. Elle y a fustigé « des faits d’une particulière gravité » constituant « une violation de la loi et de l’égalité devant l’impôt », loin du devoir d’« exemplarité » des élus.

Malgré une lourde condamnation, comme l’appel le lui permet, l’élu reste en poste. Et il continue à dénoncer dans différents médias une décision inique. « Je n’ai jamais détourné un franc d’argent public, a-t-il expliqué à La Provence. Et le fisc n’a pas demandé de poursuite. C’est une décision politique : je ne suis poursuivi que parce que je suis un élu. » Il oublie ainsi qu’il n’a déclaré son exil fiscal à Bercy que la veille de sa première déclaration de patrimoine. Il omet aussi de dire qu’il a bien, pendant des années, soustrait de l’argent à l’impôt et donc aux caisses de l’État. Mais Dominique Tian reste premier adjoint avec l’assentiment quasi général.

Son entourage aussi a constaté l’état des réactions. « Il n’y a pas eu de buzz négatif monstrueux. Cela tient sûrement à sa personnalité. Tout le monde sait depuis trente ans qu’il ne fait pas de la politique pour vivre et qu’il a conservé son activité professionnelle [notamment de cliniques privées, ndlr]. En plus, tout le monde sait qu’il est plus qu’actif et qu’il a une certaine forme d’élégance dans sa manière de faire de la politique. Cela aurait été d’autres catégories d’élus, peut-être que ça se serait plus lâché ».

Un poste de premier adjoint peu envié

Cette façon de rester courtois et de ne pas jouer perso est en effet décrite de tous bords. Elle lui permet aussi de prévenir les attaques de son propre camp, souvent les plus acides dans ce genre de contexte. « Ce n’est pas quelqu’un qui est dans la rancune. Vous pouvez être en désaccord un jour et travailler correctement avec lui le lendemain, commente un élu de la majorité. Cette année, il a déjà perdu les législatives en juin. Personne n’a envie d’être celui qui l’enfoncera encore plus. » Et ce même élu d’ajouter, soudain plus vachard : « Et puis, vous avez vu ce qui arrive à tous les premiers adjoints de Jean-Claude Gaudin ? Ce n’est pas très rassurant. Pas sûr, à deux ans des élections, que beaucoup de monde se bouscule pour prendre le poste ».

À ce poste, Tian qui, lors des municipales en 2014, avait été le symbole de la victoire éclatante de son camp en battant le candidat PS Patrick Mennucci dans son propre secteur, a finalement vu sa carrière politique décliner. Des attributions – l’emploi et les transports – où une mairie n’a que peu de pouvoir, une affaire qui l’a poursuivi dès 2015, une défaite aux législatives en juin 2017 et finalement cette condamnation ont terni un avenir qu’il imaginait à la tête de la mairie. Mais lui aussi a constaté que les critiques étaient restées modérées après le verdict du tribunal. Alors qu’il a dans un premier temps annoncé au Monde qu’il « finirait sa carrière avec Jean-Claude Gaudin », Dominique Tian serait désormais bien moins catégorique en privé et se verrait bien rempiler en 2020. Si la justice lui en laisse le droit.

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