Pavillon de Partage des Eaux, monument historique à l'abandon

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Violette Artaud
7 février 2013 10

A l’angle de deux rues, dans le 4ème arrondissement, un étrange bâtiment domine le quartier des Chutes-Lavie depuis plus de cent ans. Cet édifice est un hybride architectural entre la maison hantée et le phare. Nul besoin d’être un fin observateur pour remarquer son état d'abandon : fenêtres murées, vitres du haut cassées, toit bâché et portail soudé. En revanche, il faut s’approcher de la singulière construction pour découvrir une plaque indiquant qu’il s’agit bien d’un monument historique. Enfin, en posant son regard au dessus de l’entrée principale (côté maison hantée), on peut relever un indice sur la fonction passée du bâtiment. Sur le mur, il est inscrit en lettre majuscules : canal de Marseille.

Il s’agit là du Pavillon de partage des eaux, propriété de la Ville également dénommé "Le Tore". Il faisait jadis partie du système hydraulique de Longchamp et avait pour but d'améliorer la distribution de l’eau dans les nouveaux quartiers prolétaires du nord de la ville. Il permettait d'obtenir de l'eau sous pression grâce à un ingénieux système de siphon. Inscrit au titre de monuments historiques depuis 1998 et labélisé patrimoine du XXème siècle en 2011, le bâtiment est aujourd’hui désaffecté.

Une tuile sur la tête

D’après André Malrait, adjoint au Patrimoine, "le Tore a été protégé afin qu’il ne se dégrade pas". S’agit-il des bâches et filets qui pendent du toit et s’envolent avec le vent ? L'élu répond par l'affirmative. Espérons que cela suffise à éviter qu’un accident ne se reproduise. Car, selon Jacques Rouzaud, président du CIQ des Chutes-Lavie, "il y a quelque temps, un riverain s’est prit une tuile du toit sur la tête". Le président du CIQ parle donc plus volontiers de "rafistolage" que de réels travaux de mise en sécurité. 

Pourtant, au début des années 2000, une restauration du Tore était prévue dans le cadre du projet dit du Grand Longchamp. Si certaines opérations ont été engagés sous cette appellation, le Tore fait partie des nombreux projets mis de côté. Pour Eric Mullard, membre du collectif SOS Longchamp  "la rénovation du Tore a fait long feu au regard des sommes importantes engagées dans le  projet du Grand Longchamp".

Processus de dégradation

En 2004, en effet, la Ville prévoyait de transformer le Tore en lieu d'exposition et de faire de son aqueduc une promenade piétonne. Mais la réalité financière a vite rattrapé ces grands projets et le Pavillon a été laissé à l'abandon. Les projets se sont alors orientés vers des travaux d'urgence pour "assurer le clos et le couvert et sécuriser l’accès". Une autorisation de programme de 220 000 euros a même été votée en 2010 pour les réaliser. Sans suite. L'été dernier, un nouveau rapport était proposé au vote pour "pallier au processus de dégradation du Tore".  

Le texte soumis au vote mentionnait pudiquement la délibération précédente en indiquant qu'elle n'avait pas suffit à "assurer la conservation du bâtiment". Une nouvelle autorisation de programme de 250 000 euros a alors été votée. Curieusement, cette somme ne finance plus des travaux mais uniquement des études. Pour le sénateur maire UMP, Bruno Gilles, si la rénovation du Tore tarde c'est du fait d'un désaccord avec l'architecte des bâtiments de France qui supervise tous les travaux sur les monuments historiques. A contrario, pour le chef de service des ABF, Gilles Bouillon, la rénovation du Tore "c'est l'histoire de la mairie". Et pendant ce temps, le Pavillon de partage des eaux perd des tuiles.

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commentaires

Commentaires

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  1. Electeur du 8e

    On pourrait certainement multiplier les articles sur les monuments, bastides, équipements, historiques ou non, laissés à l’abandon par la ville. Et dont l’histoire s’achève par la vente du terrain à un promoteur lorsqu’il n’est plus possible de sauver ce qu’on a laissé pourrir. Entre le maire du secteur et l’architecte des bâtiments de France, qui faut-il croire ? Curieux, j’ai une petite idée…

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  2. largo

    bla bla bla tous les travaux coutent à marseille beaucoup plus cher qu’ailleurs … bizarre

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  3. Aaa

    En revanche la mairie a de quoi payer quand il s’agit de dépenser 400.000 € pour un concert de David Guetta au parc Borély (dans le cadre de Marseille capitale de la culture !!!).

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  4. favouille13

    400.000 euros pour un concert de david guetta et rien pour
    un monument historique en plein Marseille 2013
    Chercher l’erreur!!!!!

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  5. Vieux-Port

    Entre le Pavillon de partage des eaux et le MK2 Canebière, les architectes des Bâtiments de France ont bon dos. En attendant, c’est Marseille qui n’avance pas.

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  6. Marius

    Il existe à Marseille une très ancienne tradition municipale : le fréquent désintérêt pour le patrimoine historique, quand ce n’est pas le vandalisme municipal lors des aménagements successifs de la ville.

    La plus ancienne ville d’Europe après Rome a très peu de monuments par rapport à sa longue histoire.

    Ont disparu : les temples gréco-romains, le théâtre antique (il en reste quelques gradins au pied de St-Laurent), les 2/3 du port antique (vandalisme municipal récent, années 60),l’Arsenal des galères, les 2/3 de la Vieille Major (vandalisme municipal du XIXe siècle), etc. etc.

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  7. biz

    L’argument du manque d’argent ne tient qu’en partie. Du moins,quand on en manque on arbitre. Visiblement, ces cinq dernières années, la commune a réussi à trouver les fonds pour réaliser une patinoire (ce projet est un immondice, cher de surcroît), un musée Pagnol au château de la Buzine (qui a déjà vu ce merveilleux projet?)ou encore un mémorial de la Marseillaise (indispensable). Il s’agit bien d’une question de choix politique. Dommage pour le Palais Longchamp. Ce projet méritait mieux.

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  8. Ro g

    On, enfin, « Ils » pourraient en faire un musée de l’eau à Marseille, la SEM en aurait les moyens, non ?
    Les moyens à Marseille, quand on veut on les a, mais la volonté, là c’est autre chose

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  9. Anonyme

    Le « manque d’argent » n’a pas empêché d’engloutir des sommes énormes dans du rafistolage. Pendant des années, le Tore a été squatté et vandalisé, sans que M Gilles qui passe devant tous les matins (dans sa voiture de fonction) lève le petit doigt. Idem pour l’aqueduc, classé également et régulièrement dégradé par des énergumènes qui ne respectent rien et ont commencé à en emporter des morceaux sous le nez des « gardiens ». Il faut dire que la mairie du 3ème secteur a donné l’exemple en adossant à ce Monument Historique un stade de foot, réalisation hideuse qui défigure et abîme le monument, et lieu de rencontre nocturne privilégié de toute la faune urbaine indésirable. Qui a donné l’autorisation de pourrir ainsi ce vénérable monument? sûrement pas l’architecte des Bâtiments de France qui n’a sans doute même pas été prévenu.Pourquoi ce laxisme? la réponse est sans doute dans la volonté d’urbanisation à tout crin du 4/5. Juste à coté du Tore, là où la mairie avait promis d’implanter un parking de proximité, un immeuble de luxe « avec piscine » va voir le jour. Dans le jardin zoologique laissé à l’abandon, un parking géant est prévu. La Commission Départementale des Monuments Historiques n’a même pas été consultée, la décision lui est passée par dessus la tête. Partout le même système : on laisse les lieux se dégrader pour à la fin dire : maintenant on ne peut plus rien faire, rasons tout et bétonnons.

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  10. Daguerre

    En face du pavillon (label XX, inscription MH) une fosse pour construire un de ces médiocres immeuble dont rève tant le marseillais: avé la piscine comme yen aura jamais dans ‘l kartchier. Tout ça au dessus des voies SNCF. Et puis un soir le pavillon de partage des eaux brulera par inadvertance et la DRAC et les ABF annuleront des mesures de protection qui n’auront jamais été effectives. Un maire conjurateur au service des épiciers c’est Stendhal invité à diner chez les Pécuchet.

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