Patrons et commerçants attaquent le tram d'Aubagne

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Julien Vinzent_
22 Avr 2013 11

Avis aux élus des Bouches-du-Rhône : "À l'heure où l'argent public se fait très rare, il faut l'utiliser le mieux possible. On a décidé de ne plus accepter les gaspillages". La mise en garde est signée Jean-Luc Chauvin, président de l'UPE13, avec comme travaux pratiques le tramway d'Aubagne. Le Medef local a déposé un recours au tribunal administratif contre la déclaration d'utilité publique (DUP) accordée au projet par le préfet. À ses côtés, deux associations de commerçants, une de professions libérales et un syndicat, la CFE-CGC.

"Ce n'est pas un problème politique avec Aubagne, assure Chauvin. Demain, la question pourrait se poser avec une autre collectivité." Par exemple avec Marseille Provence métropole (MPM) à propos d'un autre tramway coûteux, celui de la rue de Rome ? "Il est passé entre les gouttes", répond Chauvin. Sous-entendu il est trop tard et l'UPE n'était à l'époque pas aussi exigeante : "J'assume". Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille et un des fervents partisans du projet, peut souffler. Pour la communauté du pays d'Aubagne et de l'Étoile, ce n'est d'ailleurs pas la seule contestation du tram : la conseillère municipale d'opposition Sylvia Barthélémy (UDI) a déposé un référé-suspension contre les travaux, qui sera examiné par la justice mercredi.

Trop cher pour ce que c'est

Au siège de l'association patronale, tous avaient un chiffre à la bouche : 200 millions d'euros. Comme les usagers pourront le prendre gratuitement, ce coût sera in fine financé par le seul versement transport payé par les entreprises. Ces dernières "en ont un peu marre de payer et surtout marre de ne pas être écoutées sur les projets qu'elles financent", glisse Thierry Berger, président de l'UPE Aubagne-Gémenos-La Ciotat.

Précisons tout de même qu'il s'agit d'un coût TTC, sur lequel la communauté d'agglomération va récupérer la TVA. Surtout, avec 166 M€ HT pour un peu moins de 10 km, il est un des trams les moins chers de France. Pour boucler son budget, l'agglo mise sur 40 % de subventions publiques (Europe, État et collectivités) qu'elle est loin d'avoir obtenu pour le moment. Qui plus est, "normalement, le minimum retenu pour un tramway est de 35 000 voyageurs par jour", souligne Jean-Luc Chauvin. Or, les prévisions de fréquentation vont de 16 700 à 20 000.

C'est là le point principal de l'argumentation du recours déposé au tribunal [1] : beaucoup d'argent pour un intérêt limité. "43% des salariés du pays d'Aubagne et de l'Étoile ne travaillent pas dans l'intercommunalité. Cela veut dire que ce tramway ne répond pas à leurs besoins", chiffre Jean-Luc Chauvin. L'attaque s'attarde en particulier sur l'absence de raccordement avec Marseille du projet, qui s'arrête à La Penne-sur-Huveaune. Le président de MPM Eugène Caselli "nous a dit que pour l'instant il n'y avait pas de projet commun" pour relier les trams, tranche Pierre Albarrazin, président de l'union des professions libérales.

Partir d'Aubagne oui, mais pour aller à Aix

On ne sait pas si ce sont vraiment les Aubagnais qu'il faut blâmer dans cette affaire, mais de toute façon "il va y avoir une troisième voie de TER Marseille-Aubagne", poursuit Pierre Albarrazin. Un tram sur ce même trajet serait donc superflu. Ce n'est pas la vision des porteurs du projet, qui misent sur une complémentarité des réseaux via les pôles d'échange prévus en gare de la Penne-sur-Huveaune et Aubagne, ainsi qu'avec les lignes de bus et cars sur la zone de la Palud. Si l'on ajoute l'argument de l'écartement des rails qui ne serait pas le même, c'est clochemerle. Heureusement que cette non-compatibilité n'est qu'une légende…

Mais ce que veulent les porteurs du recours, car il faut bien porter un projet alternatif, c'est une liaison Toulon-Aubagne-Aix. "Si vous habitez La Ciotat ou Aubagne et que vous trouvez un poste sur Aix, vous êtes obligé de renoncer si vous n'avez pas de voiture, qui vous coûtera par ailleurs 400 euros par mois. Pour les étudiants, c'est la même chose, les parents sont obligés de payer un appartement à Aix ou une voiture", lance Jean-Luc Chauvin. Il faut donc selon lui rouvrir la voie de Valdonne, un projet dans les cartons mais qui avance au ralenti, ou créer une ligne de bus à haut niveau de service.

Plus simplement, on pourrait imaginer de renforcer la ligne 72 du réseau Cartreize, qui relie La Ciotat à Aix… Las, il y a aussi pour Jean-Luc Chauvin la desserte de Fos, mal reliée si ce n'est à Martigues. Bref, c'est tout un réseau métropolitain – sauf le tram d'Aubagne – que les pétitionnaires voudraient voir se mettre en place. Qu'ils se préparent pour le financer à subir une nouvelle augmentation du fameux versement transports, proposée en 2010 par le président de la chambre de commerce lui-même.

[1] Le recours porte aussi sur la forme de la procédure. Il reproche à la collectivité de ne pas avoir publié d'avis dans un journal national, comme l'imposerait la loi pour les projets de cette envergure. Il estime également que l'enquête publique aurait dû porter sur la mise en compatibilité du plan d'occupation des sols de la Penne-sur-Huveaune. Lequel serait cependant déjà compatible selon le dossier soumis à l'avis de la population.

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