Pas de plan social mais un tour-de-vis “complémentaire” à Airbus Helicopters

Actualité
le 20 Sep 2016
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Lors de son traditionnel discours de rentrée devant les salariés de Marignane, le PDG d'Airbus Helicopters, Guillaume Faury a évoqué des "mesures d'adaptation complémentaires" pour faire face aux difficultés attendues en 2017 et 2018. La discussion avec les partenaires sociaux débutera en octobre.

Une image du Super Puma H225. Crédits : Airbus Helicopters.

Une image du Super Puma H225. Crédits : Airbus Helicopters.

On ne connaît pas encore le petit nom des mesures, ni leur nature exacte. Mais après un vaste plan d’économies enclenché dès son arrivée, un appel à la mobilité pour les salariés des sites français, le plan “Care” cet hiver, les réductions drastiques d’intérimaires et un coup de balais chez les sous-traitants… Le PDG d’Airbus Helicopters Guillaume Faury a annoncé des “mesures d’adaptation complémentaires” ce lundi, lors de son discours de rentrée sur le site de Marignane. Ce discours – ou plutôt les trois qu’il a tenus devant quelques-uns des 8500 salariés – n’a pas rassuré ces derniers, déjà inquiets des rumeurs de plan social qui hantent l’entreprise depuis des mois. Ces derniers jours, le démenti de la direction n’avait pas été à même d’éloigner les sombres nuages.

Les discussions avec les partenaires sociaux sur la nature, la portée et la durée de ces “mesures d’adaptation” commenceront début octobre. Le calendrier social de l’entreprise prévoit la tenue d’un comité européen qui réunit des salariés de l’ensemble des sites de la firme sur le continent, puis un comité central d’entreprise (CCE) où siègent les représentants syndicaux des sites français. “Il n’a pas employé le terme de plan social parce qu’il ne peut pas le faire mais il a évoqué des mesures complémentaires à celles déjà prises, explique Didier Hacquart pour la CFDT, syndicat signataire du plan Care sur la durée des temps de travail. Il a surtout évoqué les quatre prochains mois qui seront cruciaux pour l’entreprise.”

Quatre mois cruciaux

En effet, le fabricant d’hélicoptères attend des nouvelles fermes de la Pologne avec qui les négociations pour l’achat de 50 Caracals ne se concrétisent toujours pas. Guillaume Faury a également évoqué les commandes de deux pays de la zone Asie/Pacifique qui, elles aussi, pourraient déboucher dans les prochains mois. “En début d’été, nos collègues de Force ouvrière ont évoqué la rumeur d’un plan social de 400 personnes, reprend le cédétiste. Si l’ensemble des commandes se concrétisent cela peut être 400 embauches. Tous les scénarios sont sur la table. La réduction du personnel n’est pas le seul levier possible.”

Aucun de ces leviers n’empêchera le trou d’air attendu dans la production pour les années 2017 et 2018. Les commandes d’appareils même fermes ne se concrétisent sur les chaînes de montage qu’un an ou deux après la date de signature. Mais cela donne une perspective positive à l’entreprise et permet de voir venir. Dans le cas contraire, l’avenir serait beaucoup plus sombre pour les sites français et notamment Marignane. “Les sites français qui sont à 100% sur de la production d’hélicos alors que le site allemand produit aussi des portes pour les avions d’Airbus, illustre le syndicaliste CFDT. Oui, le site de Marignane serait touché si aucune de ces commandes ne se concrétisent.”

Crainte de réduction des personnels

Les commandes d’appareils militaires sont également soumises aux aléas géopolitiques. “Nous ne savons jamais comment ces négociations peuvent évoluer, constate pour sa part Sylvain Dolza pour Force ouvrière. Nous y verrons plus clair en fin d’année mais cela n’empêchera pas les mesures d’adaptation dont parle le PDG.” Elles peuvent être de plusieurs ordres, mais la société a déjà connu plusieurs tours de vis et le délégué FO craint que ces mesures comprennent des réductions de personnels plus ou moins contraintes.

En effet, l’entreprise doit faire face à un effondrement des commandes d’hélicoptères civils sur le marché mondial, notamment face à la montée en puissance des drones. Elle est donc tributaire du marché des appareils militaires. Difficulté supplémentaire, les Super Puma H225 actuellement en vol sont tous cloués au sol suite à un accident mortel survenu après la casse d’une pièce du rotor en avril en Norvège causant la mort de 13 personnes. Cela a un impact direct sur l’activité du site de Marignane, le Super Puma étant 100% marignanais.

Le PDG a tenté de se projeter plus loin que les difficultés actuelles de l’entreprise en évoquant les pistes possibles dans le développement de drones civils. “Il s’agit du projet Skyways de livraison de colis comme le développe déjà Amazon, explique Didier Hacquart. Quant au projet Citycopter, il s’agit de drones permettant le transport de personnes comme dans le 5e élément.” Ces perspectives certes alléchantes n’amèneront pas du travail sur les chaînes de production du groupe avant plusieurs décennies. Presque de la science fiction.

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Commentaires

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  1. JL41 JL41

    Quelques rappels utiles et quelques hypothèses à propos du Caracal et de l’implantation d’Airbus Helicopters à Marignane.

    Airbus a obtenu le marché en avril 2015 après avoir été mieux disant face à deux autres constructeurs implantés en Pologne : l’Américain Sikorsky et AugustaWestland (groupe italien-britannique Leonardo-Finmeccanica) en avril 2015.

    Le parti arrivé au pouvoir en Pologne avait milité contre cet achat à la France. La Pologne et la France se battent maintenant autour d’interprétations différentes des contreparties. La Pologne dit vouloir ménager ces deux concurrents implantés chez elle et sa propre industrie aéronautique. Difficile d’avoir un avis sans être expert.

    En Europe la Pologne passe encore pour un petit pays, alors que ce n’est pas le cas, mais la Pologne se fout de l’Europe, elle est atlantiste et pro-américaine, réclamant toujours plus de protection armée à l’égard de la Russie. Les Américains se frottent les mains, après le Brexit, les voilà aussi avec une tête de pont de remplacement en Europe. La Pologne abat ses cartes dans un autre jeu politique, la politique des grands pays, plutôt que dans le petit concert (à fausses notes) des pays européens. Nous découvrons seulement cette realpolitik.

    Une catastrophe pour le site de Marignane, mais relativisons un peu. Des salariés avaient déjà été invités à se recaser en Allemagne et nous fabriquons quand même une trentaine de Caracal pour le Koweït.

    Les salariés du site sont d’un niveau de qualification et de savoir faire obtenu par des formations au sein du groupe, supérieur à ce qui est obtenu ici en région et qui ne booste guère notre économie. Ils deviennent maintenant du plomb, mais ce plomb peut être transformé en or. Comment ? J’ai à diverses reprises expliqué comment, donc pas de panique.

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