Candidature de Paris aux Jeux olympiques : le site de voile marseillais menacé

Actualité
Jean-Marie Leforestier
3 Jan 2017 9

Marseille se tient aux côtés de la candidature de Paris pour accueillir les Jeux olympiques en 2024. La base nautique du Roucas-Blanc doit servir de marina pour les épreuves de voile. Mais le nouveau plan de prévention des risques inondation de l'Huveaune pourrait rendre inconstructibles les lieux et faire capoter le projet.

(copyright Gilles Martin-Raget)

Ce pourrait être pour la mairie l’apogée de l’année capitale du sport, le 13 septembre. C’est à cette date que l’on connaîtra la ville retenue pour organiser les Jeux olympiques 2024. Dans cette affaire, Marseille soutient Paris pour se voir déléguer quelques matches de foot au Vélodrome et surtout les épreuves de voile. Elle a gagné une primaire contre cinq villes dont Hyères pour faire de sa rade le « stade nautique » de l’événement. Mais une embûche administrative fait encore rempart au projet, le plan de prévention des risques d’inondation (PPRI) de l’Huveaune.

La direction des territoires et de la mer (DDTM), un service de l’État, a au début de l’année dernière mis en ligne un projet chargé de prévoir les conséquences d’éventuelles crues du fleuve côtier. Il s’agit essentiellement de poser des restrictions d’urbanisme sur les zones inondables. Cela a des conséquences sur tout le parcours du fleuve, à la Capelette par exemple, mais surtout sur le stade maritime du Roucas-Blanc. Celui-ci apparaît en zone rouge, ce qui désigne soit une zone à fort risque d’inondation soit une zone « d’expansion de crue » vers laquelle diriger le trop-plein. Avec ce zonage, il deviendrait inconstructible.

Extrait du projet de plan de prévention des risques inondation annoté par nos soins

Ce plan de prévention impacterait tous les aménagements nécessaires du stade nautique – évalués pour l’heure à un maximum 12 millions d’euros – et condamnerait de facto le rêve de voile olympique de Marseille. Alors, la Ville de Marseille qui porte la candidature a profité de l’enquête publique à l’automne pour déposer une contribution. Son esprit est résumé dans une délibération du conseil municipal du 5 décembre qui n’a pas fait débat en séance :

Ce zonage est établi sans tenir compte d’une distinction entre un aléa modéré et un aléa faible ce qui conduit à un règlement restrictif qui bride toute potentialité d’évolution des espaces construits dans ce secteur (Escale Borély ; Stade Nautique du Roucas Blanc), quand bien même les aménagements amélioreraient la vulnérabilité des constructions.

Les possibilités de réaménagement et de réorganisation du Parc Balnéaire du Prado, et plus particulièrement du Stade Nautique du Roucas Blanc au regard du projet de Marina Olympique sont donc avec le projet de PPRI présenté à l’enquête publique compromis par ce zonage. En conséquence il est demandé, pour les zones d’ores et déjà bâties du littoral, d’afficher un zonage bleu clair qui correspond plus à la réalité du terrain et n’en compromet pas l’évolution.

« La DDTM a pris en compte tous les scénarios les plus pessimistes pour son classement, ce n’est pas possible. On demande juste à ne pas être mis au niveau le plus haut, explique l’adjoint au littoral Didier Réault. Il ne s’agit pas de construire des habitations mais des hangars de stockage et des bureaux. Il s’agit aussi d’intégrer les bungalows dans les buttes de terre de la plage et libérer l’accès à l’eau. » L’aménagement est tout de même conséquent avec notamment la création d’un restaurant de 800 mètres carrés et d’une « zone repos » de 1000 mètres carrés.

Ces souhaits de modification ont été transmis en parallèle aux services de l’État pour essayer de trouver un terrain d’entente. Le commissaire-enquêteur doit lui rendre son avis la semaine prochaine. De sources concordantes, un aménagement serait effectivement sur le point d’être trouvé pour préserver le rêve d’anneaux de Marseille. Il faut dire que le dossier a reçu le soutien politique de l’État et Paris ne voit pas forcément d’un bon œil cet obstacle administratif. Pour Didier Réault, le temps presse : « Nos adversaires [Los Angeles et Budapest, ndlr] ne dorment pas. Chaque détail peut être exploité. Mais Paris sait qu’un stade nautique dans une métropole est un atout, en terme d’accueil des athlètes et des médias mais aussi en terme d’image. »

L’image est aussi le principal leitmotiv de la candidature marseillaise. La mairie vante « des conditions exceptionnelles et inédites pour suivre les épreuves de voile » avec des tribunes payantes sur le littoral mais aussi la possibilité de regarder les courses depuis la corniche ou les îles du Frioul. Le projet prévoit ainsi un « live site », réplique de la fan zone de l’Euro 2016, qui prendrait place sur le J4 au pied du Mucem. Celle-ci est prévue pour pouvoir accueillir jusqu’à 15 000 personnes… et porter la carte postale de Marseille à travers le monde.

9
commentaires

Vous venez d’accéder à un contenu en accès libre. Marsactu est un journal en ligne indépendant sur abonnement, sans publicité. Pour nous soutenir, c’est simple :


Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire