Parc Corot, la copropriété où l’insalubrité coule à ciel ouvert

Reportage
Benoît Gilles
9 Juil 2018 1

Les habitants du parc Corot vivent dans des conditions indignes que vient de constater en partie un arrêté préfectoral d'insalubrité. Faute de travaux, certains habitants se mobilisent pour rétablir un semblant d'hygiène.

L’insalubrité, le bâtiment A du parc Corot baigne dedans. Depuis plusieurs semaines, ce bâtiment à la vague couleur orangée, surnommé “la verrue” pour l’état avancé de son délabrement, est cerclé d’une nappe d’eau nauséabonde. “Les habitants ont réalisé des tranchées pour que l’eau ne stagne pas au pied de la tour”, constate Johan Mahé, président de l’association Corot debout déterminés, qui rassemble des propriétaires.

Pour ajouter un degré à l’indignité de la situation, la nappe d’eau baigne dans un mélange peu ragoûtant d’encombrants et de déchets ménagers, pour certains lancés depuis les étages de l’immeuble.

Les immondices s’amoncellent à l’arrière du bâtiment A.

Le plus choquant est que cette eau malpropre est située à quelques centimètres à peine d’un trottoir, entièrement refait à neuf. Dans le cadre du programme de rénovation urbaine des Flamants Iris, la métropole a réaménagé la traverse Signoret pour 600 000 euros d’argent public. La voie traverse Corot, de l’avenue qui lui donne son nom jusqu’à la traverse Saint-Paul, du nom de la cité rénovée qui la surplombe. Cela en fait un symbole de l’absurdité de la situation vécue par les habitants du parc Corot : la voie est publique tandis que le reste de la copropriété qu’elle traverse est privée.

A moins d’un mètre d’écart, le trottoir refait et le cloaque d’eaux usées.

Arrêté d’insalubrité

Cela ne veut pas dire que la puissance publique n’agit pas. La Ville a fini par mandater son service d’hygiène qui est venu constater l’insalubrité sous protection policière. Elle a ensuite saisi la préfecture qui a transmis le dossier à l’agence régionale de santé. Au final, la préfète déléguée pour l’égalité des chances, Marie-Emmanuelle Assidon, a pris un arrêté le 29 juin dernier, du fait du “danger grave et imminent pour la santé publique des habitants”. L’arrêté prescrit aux propriétaires de l’ensemble du parc de “débarrasser, dératiser, nettoyer les alentours du bâtiment A, prendre toute mesure pour empêcher la prolifération des rongeurs, faire cesser l’écoulement d’eaux usées” sous huit jours.

Vu le peu d’entrain qu’ils ont à mettre leurs biens en conformité avec la simple dignité humaine, il y a fort à parier qu’ils ne suivront pas les prescriptions de l’arrêté. “Dans ce cas, la Ville et l’État feront réaliser les travaux nécessaires à leurs frais”, prévient la préfète.

L’insalubrité est aussi à l’intérieur

La députée (LREM) de la circonscription, Alexandre Louis, qui a fait du parc Corot une de ses priorités locales, a salué cet arrêté par un communiqué dans lequel elle regrette toutefois que l’arrêté s’en tienne aux alentours du bâtiment A. “J’ai pu visiter certains appartements de ce bâtiment et ils relèvent tout autant de l’insalubrité, affirme-t-elle. Je crois qu’une dizaine de familles a fait des signalements auprès des services concernés. Mais je trouve dommage qu’il faille attendre le concours de la force publique pour agir. Même si je sais qu’il y a un problème de sécurité à Corot, ayant moi-même été prise à partie par certains individus.”

Ce que les agents municipaux ne veulent pas subir – à raison – dans l’exercice de leurs fonctions, les habitants le vivent au quotidien. Le réseau de revente de drogues qui s’était un temps installé au C puis au A tient désormais permanence nocturne au coin du bâtiment E. Des tags tout frais et des chaises alignées témoignent de cette présence accréditée par plusieurs témoins. Dans cette copropriété un peu refermée sur elle-même, le moindre regroupement attire d’autres habitants. La présence d’un journaliste suscite aussitôt les témoignages sur le mode de la plainte.

“J’ai arrêté de payer mes charges”

“Moi, j’ai arrêté de payer les charges, explique un vieil homme, propriétaire occupant du bâtiment G. Je paie tous les mois et je ne sais pas où ça part. Les ordures restent des semaines sans que personne ne s’en occupe”. Les autres propriétaires présents font le même constat et disent déposer ces fonds sur un compte à part. Pourtant l’incapacité à réunir les fonds nécessaires est un des casse-têtes auxquels doit faire face l’administrateur judiciaire. Celui-ci est accusé de tous les maux depuis qu’il a pris les rênes de la copro. Comme si les errements des précédents syndics professionnels relevaient d’un passé lointain.

À cet endroit de la cité, où les bâtiments sont en meilleur état, les habitants ont également décidé de se prendre en main. Les femmes notamment nettoient régulièrement les abords. C’est le cas de Farida qui, avec d’autres, a entrepris de réunir les encombrants, nettoyer les entrées… “C’est normal de faire ça, explique-t-elle. Ici, on est abandonnés. Si on ne le fait pas, personne ne le fera”.

Une porte à l’arrière du bâtiment donne sur des regards qui permettent de constater que les eaux usées débordent.

Une de ses voisines Sarah*, attire l’attention sur l’arrière d’un immeuble. Elle veut montrer deux regards par lesquels passent les tuyaux d’eaux usées. Deux sont bouchés et débordent à gros bouillon, une lessive est en cours. À l’entrée d’à côté, une entreprise d’assainissement est à l’œuvre. “Je suis allée voir l’administrateur judiciaire et j’ai payé mes charges en retard, explique-t-elle. Du coup, il a accepté d’envoyer une entreprise.” Ceux-ci vont tenter de résoudre le problème. “Si je vous trouve une ampoule, vous irez voir à la cave ?”, demande la propriétaire occupante. C’est là que finissent les eaux usées. “Si je peux y accéder sans nager, bien sûr”, sourit le technicien.

Presque en chuchotant, Sarah confie qu’elle prend garde à être à jour des charges dues. “Je dis à mes voisins de payer même si on n’est pas contents de ce qu’ils font, il faut payer. Si un jour, ils décident d’exproprier, les mauvais payeurs seront en difficulté.”

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