Les nouveaux rejets en mer d’Alteo sont hors des clous

Actualité
le 28 Juin 2016
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Le préfet des Bouches-du-Rhône a pris le 21 juin un arrêté de mise en demeure d'Alteo pour non respect des valeurs limites de pollution de ses rejets en mer. L'exploitant de l'usine d'alumine de Gardanne avait obtenu fin décembre une dérogation malgré une intense mobilisation. Lui sont reprochés la teneur en "matières en suspension" de ses rejets, ainsi que les taux de certains métaux lourds dont le mercure.

crédit : LC

crédit : LC

Les hasards de calendrier sont parfois cruels, si tant est qu’ils soient réellement aléatoires. Vendredi, à la seconde commission de suivi de site depuis le début de l’année, Alteo a du répondre du blâme reçu quelques jours plus tôt au sujet de la qualité de ses rejets en mer. Le tout devant le préfet, les élus et les représentants des associations.

Le préfet Stéphane Bouillon a pris le 21 juin un arrêté de mise en demeure de l’exploitant de l’usine d’alumine de Gardanne, au motif que celui-ci ne respecte pas les règles qui s’imposent à lui depuis le 1er janvier suite au renouvellement de son autorisation. Initialement, l’État avait fixé 2016 pour date butoir à soixante ans de déversement de “boues rouges” dans la Méditerranée. Mais malgré la mobilisation d’associations écologistes et d’élus, soutenue par la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, l’industriel a réussi fin décembre à obtenir six ans de prolongation.

Le dossier d’enquête publique présentait un rejet filtré, beaucoup plus liquide et avec des concentrations de polluants moindres. Fin avril l’industriel se félicitait même d’une nette amélioration de la qualité de ses rejets. Ce nouveau rebondissement montre le chemin qui reste à parcourir, ne serait-ce que pour respecter les nouvelles valeurs limites de pollution, pourtant dérogatoires.

Visites surprises

L’arrêté en question se base principalement sur “une inspection réalisée le 8 mars 2016 par l’inspection des installations classées”. Ces visites surprise, ou “inopinées” dans le langage administratif, à raison d’une par mois, servent à compléter l’auto-contrôle de l’industriel. Ce dernier effectue des prélèvements hebdomadaires qu’il doit faire analyser et transmettre aux services de l’État.

Lors de ce rendez-vous début mars, “les inspecteurs de l’environnement, écrit le préfet, ont notamment constaté le non respect des valeurs limites réglementaires (en concentration et/ou en flux) en pH et DBO5 sur les données présentées par l’exploitant le jour de l’inspection”. Le “DBO5” est une des mesures d’évaluation de la qualité d’une eau, à partir de la matière organique biodégradable qu’elle contient. Quant aux “matières en suspension”, la partie solide du rejet, les prélèvements effectués ce jour-là par les inspecteurs dépassent le plafond.

Le ph, le DBO5 et les “matières en suspension” représentent trois des six paramètres pour lesquels Alteo a obtenu une dérogation. À cela s’ajoutent des taux trop élevés pour trois métaux lourds, pour lesquels Alteo n’a pas de dérogation et les valeurs “normales” s’appliquent : le mercure, le zinc et l’antimoine. Pour les deux premiers, ce sont les inspecteurs de l’environnement qui ont observé ces dépassement, pour le dernier c’est Alteo lui-même.

“On ne comprend pas tout, commente Eric Duchenne, directeur du site. Il y a de vraies difficultés analytiques vu les seuils très bas. Une fois, alors que nous avions fait les prélèvements le même jour, les valeurs que nous avions pour le mercure et ceux de la Dreal (direction régionale de l’environnement, ndlr) n’étaient pas du tout les mêmes”. Notons également que ces données ne concernent pas encore la période où l’usine a connu une rupture de canalisation, ce qui a perturbé le processus de transformation et aura certainement un impact sur la qualité des rejets du mois de mars.

“Le site le plus contrôlé au monde”

Dernier point qui coince : la manière dont Alteo réalise ses relevés. “Les inspecteurs ont notamment constaté que le prélèvement en aval du bac après filtration est mal positionné et ne permet pas de mesurer les paramètres sur les eaux résiduaires avant rejet dans le milieu naturel”, précise l’arrêté. Il est donc demandé de changer de lieu de prélèvement. Rappelons que toutes les analyses existantes se font sur des eaux à la sortie de la station de traitement du site de Gardanne et non en mer.

Le préfet donne deux mois à l’industriel pour régulariser tout cela. Amenée à s’expliquer sur ces dépassements, la direction d’Alteo a répondu en mettant en avant les progrès déjà réalisés et surtout, en apportant une explication quelque peu inattendue sur les “matières en suspension” excédentaires du rejet. “Le calcium de l’eau du canal se précipite dans le bac où est retenue l’eau avant d’être envoyée vers la mer, jure Eric Duchenne. Cela fait augmenter le taux de matières en suspension. Nous avons du mal à identifier les causes.” Ce dernier joue toujours les bons élèves, promettant “de bonnes performances” pour le mois de juin, sans que l’on puisse accéder à ses relevés complets.

L’explication a convaincu le député écologiste François Michel Lambert, présent à la commission de suivi de site la semaine dernière : “Les choses avancent. C’est le site le plus contrôlé au monde. La seule question qui vaille aujourd’hui est : qu’est-ce qu’il faut faire ?”. L’impression est tout autre chez le président du parc national des calanques Didier Réault, lui aussi du rendez-vous avec l’industriel : “Ce qui arrive en mer aujourd’hui n’est pas conforme. Le résultat n’est pas encore là. L’État joue enfin son rôle de contrôle. Je demandais à cor et à cris qu’il fasse ses propres analyses.” L’élu LR se dit pour autant “optimiste sur la capacité de l’industriel à trouver une solution”.

Une taxe pour pollution qui pourrait grimper

Autre hasard du calendrier pour l’usine d’alumine, l’agence de l’eau est en train de calculer sa redevance pour les nouveaux rejets, qu’elle paiera à partir de 2017. “Il devrait y avoir une baisse, estime Eric Duchenne. On rejette moins donc mathématiquement on va payer moins”. Ce n’est pas ce qui semble se tramer à l’agence de l’eau qui décide du prix à payer en fonction du volume et de la nature du rejet. Selon nos informations, il a été proposé la semaine dernière de relever les plafonds des redevances pour quatre paramètres dont la toxicité dite aiguë et les matières en suspension.

Jusqu’ici Alteo bénéficiait d’un joli cadeau de l’ancien député et actuel maire de Bouc-Bel-Air Richard Maillé, qui lui permettait de minorer ses redevances grâce au fait que ses rejets soient “loin dans la mer”. Au lieu des 12 millions d’euros théoriques, elle a ainsi payé 2,6 millions d’euros en 2012. Avec son nouveau type de rejet, elle espérait bien se délester d’une grande partie de cette redevance. Or Alteo devrait, selon les premières estimations, payer 1,7 puis 2 millions d’euros pour ses rejets de 2016 et 2017. Surtout, l’agence de l’eau a décidé de faire financer des analyses des rejets à la sortie du tuyau. Une première dans ce dossier en plus de soixante ans à déverser des résidus de fabrication dans la mer. Mais le tout doit encore être validé à la rentrée.

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Accéder à notre dossier sur les rejets en mer de l’usine de Gardanne

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Commentaires

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  1. Berami22 Berami22

    Cynisme de l’industriel + laxisme de l’Etat + vue à court terme des politiques locaux + incompétence et impuissance des “commissions de suivi” annoncent, après 50 ans de rejets de l’industriel, une catastrophe écologique.
    En 2016, un frémissement voire un sursaut des Autorités pour qu’Alteo mette enfin en place la solution ou…disparaisse et aille polluer ailleurs, bien loin?

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    • Jeremy Noé Jeremy Noé

      Berami, oui peut-être. Sauf sur la fin : “polluer ailleurs, bien loin”, ça reste polluer tout court. On le sait depuis Tchernobyl.

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  2. Blaah Blaah

    SPOILER ALERT – Dans les épisodes suivants, rien ne s’arrange, les menaces de pénalités pleuvent, élus locaux et dirigeants de l’entreprise jouent leur joker “attention, si on est punis, l’emploi est menacé”. Et continuent de s’en battre les couilles pendant que l’Etat fait vaguement semblant d’être préoccupé.

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    • neomars neomars

      Oh oui, c’est le plus probable ! Et le bel écologiste sur place va trouver un siège de ministre ;o)

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