[Nous, la politique] “Quoi ? Tes parents sont anti-droitistes ?”

Série
le 26 Fév 2022
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Jusqu'au premier tour de l'élection présidentielle, Marsactu part à la rencontre de citoyens pour sonder leur relation à la politique et aux politiques. Et offre à un groupe de personnes, liées entre elles par un centre d'intérêt, un milieu social, un combat, un lieu de vie... l'occasion de débattre. Pour ce deuxième épisode, Marsactu se glisse parmi les lycéens du Cours Bastide qui préparent la réception des candidats à l'Élysée.

Les lycéens du cours Bastide s'essayent à la politique. (Photo : BG)

Les lycéens du cours Bastide s'essayent à la politique. (Photo : BG)

“Vous êtes plutôt ficelle picarde ou bouillabaisse ?” Les élèves lèvent un sourcil unanimement dubitatif. “On peut lui poser ça comme question flash, vous ne pensez pas ?, insiste leur professeur. J’ai cherché des recettes picardes sur Google. Vous savez qu’il est Picard, Jadot ?“. Les élèves opinent. “On peut lui demander viande ou poisson ?”, tente une élève. “Ah, ben non, c’est pas une question flash, ça, rétorque l’enseignant. Ma question, elle est sur Marseille en fait”. “Ou alors trottinette ou vélo ?, essaie un autre. “Lettre ou mail ?” “Ça, c’est mieux pour un écolo…”, se réjouit le prof avant de changer de salle.

Comme chaque vendredi depuis décembre, les salles de ce couloir du Cours Bastide (6e), bruissent de conversations politiques. Les élèves préparent activement la venue du second invité de “L’Élysée au lycée”, l’opération lancée par les enseignants et le directeur général de cet établissement privé sous contrat. Déjà, le candidat du parti communiste, Fabien Roussel, a accepté de se prêter au jeu des questions-réponses avec ces jeunes lycéens dont la plupart n’ont pas encore le droit de vote.

“Vif intérêt” du président Macron

Jeudi 3 mars, le candidat écologiste, Yannick Jadot, a promis de venir, après son meeting marseillais du mercredi. Le projet entre donc dans le concret même si personne ne sait si la liste s’allongera jusqu’au neuf candidats, visés au départ. “D’après une députée LREM, le président Macron a bien reçu la lettre que les élèves lui ont adressée et a fait part de son vif intérêt”, se réjouit Michel Lopez, le directeur, trop content d’avoir réussi à lancer son idée avant de se la faire piquer par un bahut parisien qui sont “plus près des QG…”

Dans chaque salle, des élèves travaillent sur les aspects logistiques : trouver le bon mail ou l’interlocuteur au plus près du candidat pour s’assurer de sa présence d’ici au second tour. D’autres bossent le petit portrait qui ouvre chaque rencontre ou trient les questions.

Les lycéens de tous les niveaux sont investis dans le projet.

Dans la salle “Hidalgo”, deux jeunes garçons pianotent sur leur smartphone, à la recherche d’éléments biographiques sur la maire de Paris et candidate PS. “Ana Maria Hidalgo, née en Espagne”, notent-ils avec application. L’ambiance est très “Cours Bastide” : studieuse, sans écart, ni éclat. “Les élèves de seconde et première ont tiré au sort le candidat sur lequel ils allaient travailler, raconte Sophie Turco, la professeure de philosophie qui suit ce jour-là le groupe Jadot. Ensuite, les terminales ont complété les groupes. Certains l’ont fait par affinité politique, d’autres par curiosité”.

Du cannabis à la crise en Ukraine

Sur le tableau de la salle de classe où travaille le groupe dédié à Anne Hidalgo, une des élèves liste les questions par grands thèmes : écologie, éducation, économie et sécurité. On trouve aussi société, santé, jeunesse… Dans la case société, elle vient d’ajouter Ukraine/Russie sous la légalisation du cannabis et les violences conjugales. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le conflit qui débute n’a pas bousculé l’ordre des questions.

Le groupe Jadot s’avoue inquiet de la situation internationale mais n’a pas fait bouger son questionnaire à partir de ce pivot. “On a chacun travaillé sur des thèmes politiques qui nous intéressent, explique Florent, tout juste 18 ans. On va parler de la réforme du bac ou de l’algorithme Parcoursup, par exemple”. Pas de bouleversement à attendre en fonction de l’actualité ou de questions trop politiques sur les alliances à gauche, même si les élèves ont bien en tête les sondages qui placent les multiples candidats de gauche entre 2 et 11% des intentions de vote. “Ils ont une approche un peu scolaire, reconnaît la prof de philo, en aparté. Il faut parfois les pousser pour qu’ils sortent des questions convenues mais c’était aussi le but du jeu que de centrer les problématiques autour de la jeunesse“.

Florent assume ses idées de droite. Encore lycéens, ils sont rares à pouvoir voter à la présidentielle. (Photo : B.G.)

Questions de personnalités

Florent sait déjà pour qui il va voter. “Un des trois candidats de droite“, tranche-t-il. Une liste dont il exclut Emmanuel Macron. “S’il est face à un candidat de gauche, je voterai pour lui. En revanche, s’il est face à un candidat de droite, je voterai à droite“. Il ne dit pas pour qui. Florent est sensible aux idées d’Éric Zemmour même si cela ne va pas jusqu’à valider l’idée du grand remplacement. Quant à Valérie Pécresse, c’est sa personnalité qui pêche à ses yeux : “Avec ses discours, elle s’est décrédibilisée. Difficile après de l’imaginer présidente”.

Ses camarades opinent sur l’importance de la personnalité mais ils sont loin d’avoir des idées arrêtées sur le scrutin. Nina, 16 ans, dit “ne pas assez s’y connaître”. Clémence, du même âge, estime qu’elle “se cherche encore”. Toutes les deux trouvent Zemmour “trop clivant” et s’inquiètent de ce que son élection pourrait provoquer dans la société. Florent fait la moue, pas si soucieux.

La politique en 3D

Dans le couloir, Guillaume, 15 ans élève de seconde débat avec Olivia, 16 ans, en première. Lui est dans le groupe “Mélenchon” tandis que sa camarade a tiré “Dupont-Aignan”. Guillaume jongle facilement avec les programmes et les idées. L’Ukraine ? “Une mauvaise nouvelle pour les extrêmes qui sont tous pro-Poutine”, lance-t-il.

Il y a des candidats de gauche qui ont des idées de droite et inversement

Guillaume, 15 ans

Lui-même refuse de se positionner sur l’échiquier. “Droite ou gauche, c’est un peu basique, je pense que les idées politiques, il faut les regarder plutôt comme des éléments en trois dimensions, argumente-t-il. Il y a des candidats de gauche qui ont des idées de droite et inversement“. Olivia, pour sa part, dit avoir évolué dans son regard sur la politique au fil du travail en commission.

Le travail en commissions a débuté en décembre, toujours sur la base du volontariat, durant le temps de cantine. (Photo : B.G.)

“Par exemple, je ne m’étais pas rendue compte que Macron avait vraiment des idées de droite en matière d’économie, explique la jeune fille. Cela m’a surprise. Peut-être parce que le Covid a tout fait passer derrière”. Elle a été agréablement surprise par Fabien Roussel qu’elle connaissait peu et dont les propositions l’ont séduite. “J’ai bien aimé qu’il veuille multiplier les AVS – c’est ça le nom (les auxiliaires de vie scolaire accompagnent les élèves en situation de handicap, ndlr) ? J’ai toujours peur de me tromper dans les acronymes. Je suis d’accord aussi avec l’obligation faite aux infirmières de travailler dans le public après leurs études“.

Elle n’a pas suivi les polémiques autour du steak au soja ou du bon coup de rouge. “De toute façon, mes parents sont scientifiques et je suis assez au fait sur ce dont ont besoin les humains pour avoir une alimentation équilibrée”, glisse-t-elle. Olivia place “à gauche” ses parents chercheurs en médecine, “assez effrayés par les idées d’Éric Zemmour”. “Quoi ? Tes parents sont anti-droitistes ?”, s’étonne soudain Guillaume. Il se revendique, lui, “plutôt typé à droite”, malgré les nuances de sa vision politique “en trois dimensions”.

Olivia finit par amener le débat sur un autre plan. Philosophique : “Le problème, c’est que ces candidats, Le Pen ou Zemmour, utilisent sans cesse les émotions. Or, la politique doit d’abord s’adresser à la raison, non ?

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Commentaires

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  1. vékiya vékiya

    bonne idée, dommage que cette initiative ne fédère pas d’autres lycées marseillais car le cours bastide n’est pas représentatif.

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  2. MaxMama13 MaxMama13

    Quand on voit les idées préconçues que ces lycéens enfilent comme des perles – lycéens issus d’un lycée privé pas représentatifs du tout ni du quartier ni de la ville- on espère que ce travail va leur permettre de sortir des poncifs et d’arriver a une vraie réflexion. Sinon

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    • Patafanari Patafanari

      Sinon, il faudra les soustraire de gré ou de force à l’influence pernicieuse du milieu (Géniteurs et camarades) où ils baignent, reproduisant un entre-soi communautariste et leurs faire bénéficier d’une déconstruction purificatrice afin qu’ils intègrent dans la joie les vérités libératrices de l’inclusion et de la diversité.

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  3. julijo julijo

    Oui, évidemment, le cours bastide n’est pas un établissement réellement représentatif. quelque part c’est un commerce d’éducation, certes. mais je trouve que les lycéens interrogés sont quand même un peu partout les mêmes que ceux ci…ils sont dans le flou de ce qu’est la “politique” en général. ils répètent souvent ce que disent les parents, et essentiellement les informations qu’ils détiennent proviennent des réseaux sociaux….on trouve quelques fulgurances intéressantes. espérons que ce soit juste des maturités non abouties et que le désir de s’informer réellement arrive avec les mois et les années.
    l’initiative est extrêmement intéressante. il faut essaimer aussi en dehors des périodes électorale.

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  4. jasmin jasmin

    Cher Benoît Gilles, je ne sais pas sous quelle forme, mais je trouve que ça serait super de sonder aussi les abonnés de Marsactu. Je ne sais pas comment assurer leur anonymat pour qu’ils soient actifs dans leurs commentaires. Peut etre ne pas utiliser leur pseudonyme habituel et leur attribuer provisoirement des numéros? En tout cas, la ligne éditoriale de Marsactu est très marquée et ses abonnés sont plus variés que sa ligne éditoriale.

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    • julijo julijo

      ???? pourquoi faire ? quel intérêt ?
      la ligne éditoriale de marsactu étant pour moi, marquée surtout par la réalité des infos transmises avec honnêteté, je trouve plutôt enrichissant que les abonnés soient variés !

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Étonnant ces quelques commentaires sur les élèves du cours Bastide. Pas représentatifs de quoi que ce soit,Patafanari veut inculquer à ces ados un lavage de cerveau et un camp de rééducation à la Polpot.
    Voilà un langage d’ouverture,de tolérance bien caractéristique des révolutionnaires de comptoirs.
    Il est vrai que les critiques qui tapent sur ces jeunes ont tous été de brillants intellectuels , ayant tous délivré de sublimes fulgurances dans leurs jeunesses.
    Alors il faudrait à l’occasion nous préciser ce qu’est un marseillais suivant vos standards, chers critiques,j’en suis gourmand par avance face à cette remarque du fait que vous ne les considériez pas comme citoyens de la cité phocéenne.
    Des jeunes bien il n’y en a partout, au même titre que les petits cons, et au cours Bastide c’est la même chose.
    Précision,je ne suis pas un ancien de cet établissement, mais d’un lycée d’un quartier populaire.

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    • Patafanari Patafanari

      Brallaisse, vous dévier dangereusement de notre ligne Stalinowoke
      Mais en raison de votre grand-àge, nous vous condamnons seulement à trente ans de récurage des toilettes du Lycée Lacordaire..

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    • Pascal L Pascal L

      Patafarani n’est pas un révolutionnaire, juste un vulgaire troll que je vous conseille d(‘ignorer totalement.

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  6. Brallaisse Brallaisse

    Au moins elles seront bien entretenues et propres, contrairement aux “lieux” que vous fréquentez.

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