« Notre préjudice s’élève à près d’un million et demi d’euros de marchandises volées »

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le 12 Déc 2018
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Huit magasins ont été pillés en marge des manifestations samedi dernier, avec un préjudice atteignant jusqu'à 1,6 million d'euros pour la boutique de luxe SHP. Malgré les dispositifs préventifs mis en place par la CCIMP et les forces de l'ordre déployées, la police avance qu'il était "difficile de contenir, au même moment" les débordements issus de plusieurs manifestations.

« C’était open-bar pour tout le monde. Même les gens installés à la terrasse d’à côté sont venus se servir ! » Samedi en fin d’après-midi, jusqu’à soixante personnes s’attaquent aux grilles de l’enseigne Saint-Honoré Paris (SHP), boulevard Longchamp, discrète adresse de marques de grand luxe, Dior, Zadig & Voltaire ou Hermès. « Ils ont commencé à piller et casser à coups de masse l’intérieur du magasin. Les murs tremblaient, on les entendait depuis l’étage », poursuit Christophe Billet, mari de la gérante, présent au moment des faits. Selon lui, le préjudice du pillage s’élèverait à 1,6 million d’euros. Un montant que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le bilan de cet après-midi d’émeute.

Au total, huit magasins ont subi les casses et pillages, selon la chambre de commerce et d’industrie Marseille Provence (CCIMP). La boutique de l’Olympique de Marseille est aujourd’hui barricadée de planches de bois et plusieurs bijouteries de la rue d’Aix ont été pillées ou lourdement vandalisées. « Les casseurs marseillais ont finalement les mêmes goûts que les casseurs parisiens : enseignes de téléphonie mobile, boutiques de luxe ou de supporteurs de foot et bien sûr les symboles de la République comme notre mairie de secteur », commente Sabine Bernasconi, maire des 1er et 7e arrondissements. En l’occurrence, le siège de la Soleam a subi le même sort, ce qui laisse à penser que le lien avec la politique municipale est plus évident que le symbole républicain.

« On va vous niquer espèces de gros riches ! »

À Longchamp, le pillage a duré six heures. « Aujourd’hui plus personne ne peut travailler dans la boutique SHP. Les quatre vendeuses, le vigile et ma femme sont choqués et au chômage technique », se lamente Christophe Billet. Dès 16 h 30, alors que les forces de l’ordre reprenaient le contrôle du Vieux-Port, les clients et employés de la boutique SHP sont surpris par un groupe de jeunes qui, à coups de pied, tentent de forcer la porte d’entrée pourtant gardée par un vigile. Pris de panique, employés et agent de sécurité se réfugient dans l’appartement de la gérante et de son mari situé à l’étage. Les grilles sont forcées, la porte blindée à l’entrée est dessertie et les casseurs deviennent voleurs. Un rapide passage des forces de l’ordre permet aux employés de faire un premier inventaire des produits disparus. Ils s’affairent à ranger. Ils se font alors insulter au travers des grilles : « On va vous niquer espèce de gros riches ! » Déjà fragilisées, les grilles ne tardent pas à céder à nouveau.

Des dispositifs de prévention insuffisants ?

Lorsque les grilles sont relevées, l’équipe retourne se réfugier à l’étage. « On a passé trois heures dans l’appartement à appeler une vingtaine de fois chacun la police. Vers 20 heures la BAC est enfin arrivée. Ils ont arrêté 6 personnes. Mais ils ont été appelés ailleurs, ils sont repartis au bout de 10 minutes. Sans laisser de vigiles ou de motards, rien. Les gens sont donc revenus jusqu’à 22 h 30, de toutes façons après il n’y avait plus rien. » Une impression d’isolement également décrite par les bijoutiers de la rue d’Aix, pourtant déjà régulièrement la cible de braquages : « Ils n’ont pas forcé les boutiques d’habits, ils visaient tout ce qui avait de la valeur et il n’y avait personne pour les arrêter. Les policiers ont mis plus d’une heure à arriver alors que dès 18 heure nous les appelions sans relâche ! »

Selon Jean-Luc Blanc, vice-président délégué au commerce de la CCIMP, un dispositif d’alerte SMS a été mis en place pour prévenir les commerçants de l’avancée de la manif. Malgré les 1500 numéros dans leur banque de données, tous les secteurs ne pouvaient être couverts. « Bien que l’on soit vigilant quels que soient les quartiers, il y a des loupés. Nous avions peut-être sous-estimé les mouvements de pillages en marge du cortège. On est perfectible ! », concède-t-il.

Du côté des forces de l’ordre, un effectif de brigade de sécurité publique, de gendarmerie, deux blindés et un dispositif dit « classique » de motards et de membres de la brigade anti-crimininalité (BAC) ont été déployés. Sans pouvoir empêcher les dégradations, vols et pillages, malgré des arrestations, notamment sur le boulevard Longchamp. La police explique que le mouvement revêtait une nouvelle fois de multiples formes : les gilets jaunes, la marche pour le climat, les revendications « post-rue d’Aubagne » et les « casseurs » et les « pilleurs ». Malgré un dispositif se déplaçant « au gré des casseurs », il restait « difficile de contenir, au même moment, tous les débordements de ce mouvement aux composantes protéiformes ».

Les six hommes, âgés de 18 à 25 ans, interpellés samedi dans la boutique SHP pour vol ou tentative de vol en réunion, ont été déferrés devant le tribunal correctionnel de Marseille lundi. Cette première audience, consacrée à l’étude des personnalités, n’a pas mis en lumière des profils de voleurs professionnels. Quatre d’entre eux présentent même un casier judiciaire vierge. L’audience est renvoyée au 16 janvier 2019.

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Commentaires

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  1. julijo julijo

    Il pourrait s’installer dans les vestiaires, au cercle des nageurs ??
    Là les voleurs, casseurs, pilleurs sont d’un genre très différent !

    Bien évidemment je reste hostile à ces agressions, vols et pillages en tout genre, il ne faut pas le faire, pas le laisser faire…mais les assurances sont là pour ça quand c’est fait.
    Je n’y peux rien (mais j’ai du mal à compatir sérieusement), pour moi la violence vraiment ultime, ce sont les gens qui n’arrivent pas à bouffer, se loger, vivre normalement en france en 2018, 6eme puissance mondiale…..

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  2. LaPlaine _ LaPlaine _

    Il semble nécessaire de ne pas tomber dans le discours qui met sur le même plan les difficultés à vivre et le fait de piller des boutiques de luxe même si des assurances peuvent prendre en charge les dégâts. On arrive rapidement au discours « le monde est violent alors c’est normal que les gens soient violents ». Tout cela naturellement peut amener au chaos ou tout un chacun peut se sentir autoriser, qui à piller une épicerie, qui une pharmacie en fonction de ses besoins propres. Je ne veux personnellement pas être confronté à ce type de société de la rue. Les réponses doivent être politiques et il faut peut-être expliquer aux gens que le vote çà a quand même une utilité. Tous ceux qui agissent par violence aujourd’hui ne votent pas et leurs réactions incontrôlées sont un danger pour la démocratie.

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    • julijo julijo

      JE CONFIRME : « Bien évidemment je reste hostile à ces agressions, vols et pillages en tout genre, il ne faut pas le faire, pas le laisser faire…mais les assurances sont là pour ça quand c’est fait ».

      Le danger réel pour la démocratie : [combinaison de dêmos, « territoire » (de daiesthai, « partager ») puis « peuple », et kratein, « commander »] c’est l’injustice flagrante et institutionnalisée de notre société, exacerbée sous la direction de macron.
      Oui, ces gens là, ces jeunes là ne votent pas forcément…oui c’est inadmissible luxe ou pas on ne casse pas des magasins, on ne pille pas…. bien sûr que cela amène au chaos et personne n’a envie de ça.
      Mon propos n’est même pas d’expliquer ce qui peut amener des jeunes -et moins jeunes- à se lancer dans ces destructions…
      On n ‘est pas dans le monde des bisounours, et moi, sa boutique, je déplore, je ne veux plus que ça se reproduise où que ce soit, mais, et c’est dommage, je m’en fiche un peu…..

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  3. Dark Vador Dark Vador

    Casser pour piller… Ces marchandises de consommation courante (pour ceux qui peuvent se les offrir) sont là, exposées merveilleusement (surtout en cette période), à la vue de tous. Et notamment de ceux qui ne peuvent que les contempler sans pouvoir jamais, hélas, les posséder.
    Une forte frustration, j’imagine, envahie le coeur de ces gens qui ne consomment que des yeux. Alors que des événements exceptionnels surviennent et dans la cacophonie ambiante, dans la panique générale, on prend, on dérobe, on grapille.
    Pensant que ce n’est que justice sans doute. Je n’excuse rien, n’encourage rien, je constate. Tous ces « gueux » des temps modernes, ces gens « qui ne sont rien » (assurément pas de cadres ou CSP+ dans cette foule qui se sert…). Au même moment, des élus/notables/propriétaires, censés s’occuper du logement indigne, encaissent de ces mêmes gens de bons loyers, dont certains ne payerons plus. Ils étaient sous les décombres.
    Bonnes fêtes de fin d’année à tous.

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  4. P38 P38

    Sans nier les faits et le traumatisme vécu par le personnel, on peut légitimement s’interroger sur cette curieuse enseigne : montant faramineux du préjudice annoncé, magasin gigantesque sans clientèle qui dure depuis près de 10 ans, boutique qui vend des marques sans en être un point de vente officiel, aucun porte-parole, si ce n’est le mari de la gérante…

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    • patrick patrick

      je ma posais les mêmes questions, qui peut venir dans cette boutique qui se trouve à l’abri des clients ?

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